UNSP: Appel à la Marche du Grand Paris

Les Sans-papiers et Migrants de l’Union nationale des Sans-papiers (UNSP)

APPEL à la MARCHE DU GRAND PARIS du 7 septembre  au 6 octobre 2013

 

Pendant un mois, en cette prochaine rentrée de septembre, alors que la Crise s’approfondit partout en Europe, et parce que ce sera le moment où le gouvernement  et le Parlement français se trouveront face à leurs prochaines grandes décisions (retraites, justice, lutte contre le chômage et pour l’emploi, chasse à l’évasion fiscale, préparation des municipales …), le mouvement des Sans-papiers et Migrants ressent le besoin urgent de faire connaître une fois de plus le niveau de ses préoccupations et de ses attentes. D’autant que cette rentrée de septembre devrait voir aussi discutée et votée au Parlement la loi sur l’immigration. A plus forte raison lorsque le Ministre Manuel Valls parle aujourd’hui de la nécessité d’un « apaisement » sur le sujet, répétant en guise de commentaire qu’il était « très attentif à ce que pensent nos compatriotes en cette période de crise ». Selon un sondage récent, 69% des français pensent qu’il y a « trop d’immigrés » dans le pays (1). Alors que, dans le même temps, c’est l’extrême-droite la plus brutale qui sonne en Europe et en France le réveil de la réaction fasciste, xénophobe et raciste…

 

Afin d’être visibles et audibles, nous avons expérimenté depuis plusieurs années la vérité du vieil adage qu’on n’était jamais mieux servi que par soi-même. C’est pourquoi, depuis 1996, avec l’occupation de l’Eglise St Bernard à Paris, en décidant de prendre nos affaires en main, nous, Sans-papiers et Migrants, sommes sortis de la clandestinité et de la peur pour réclamer nos droits fondamentaux et prouver notre volonté d’intégration. Dans les dernières années, en plus des manifestations hebdomadaires destinées à réclamer notre « droit de cité », nous avons mené plusieurs campagnes ciblées. En mai 2010, ce fut Paris-Nice à pied pour interpeller la Françafrique au Sommet des chefs d’Etat africains. En février 2012, notre Caravane au FSM de Dakar apporta notre contribution à la Charte mondiale des Migrants. En juin 2012, ce fut notre Marche européenne, qui franchira neuf frontières pour prouver concrètement la liberté de circulation et d’installation, dont nous porterons la revendication auprès du Parlement européen. Du 19 mars au 2 avril dernier, en compagnie de 15 Sans-papiers, nus avons traversé en bateau la Méditerranée, pour dire au Forum social mondial de Tunis notre conception de ce qui en était le thème central, et dieu sait que nous en connaissons un bout sur le sujet, « la dignité ». En réponse, malgré un soutien de principe du Forum social à notre démarche, nous fûmes confrontés à la « Realpolitik » de « l’Europe-forteresse », et renvoyés par la Tunisie interposée, sur les rives italiennes. Bonne leçon qui ne peut que nous encourager, contre vents et marées, à poursuivre résolument notre travail et notre lutte pour convaincre de ce « droit de cité » des Sans-papiers et des Migrants.

 

Ainsi, cette longue marche pour le droit et l’égalité va se poursuivre cette fois en Ile de France, dans le cadre de ce que désormais l’on nomme « Le Grand Paris ». Au départ, même si l’idée date du 19ème siècle, ce titre désigne un projet institutionnel initié sous le gouvernement Fillon en 2007-2008, se donnant pour objectif la transformation à l’échelle d’une vingtaine d’années de l’agglomération parisienne en une métropole à dimension européenne et mondiale. Rien, dans cette transformation, n’est laissé de côté : logement et urbanisme, emploi et contrats de développement territorial, énergie et transports, réorganisation urbaine, espaces verts et agriculture, révision du schéma directeur de la région Ile de France etc…Un « Atelier international du Grand Paris » planche sur la question d’ « Habiter le Grand Paris » pour faire du logement un « outil du développement urbain et de l’égalité des territoires ». Pour nous autres, Sans-papiers et migrants, il va de soi que ce « Grand Paris », loin de nous inquiéter, suscite notre plus grande curiosité et tout notre intérêt, quand on songe que la plupart d’entre nous participent ou vont le faire, par leur travail, à son édification. C’est bien de notre avenir aussi qu’il s’agit, si l’on veut bien admettre ce que disent toutes les prévisions s’agissant du besoin croissant de travailleurs migrants qu’aura l’Europe dans les années à venir. Si nous avons choisi de mener cette Marche dans le « Grand Paris », ce n’est donc pas seulement sur un motif géographique, tourner autour de la Capitale et interpeller le pouvoir sur notre condition, c’est aussi pour cette raison historique : le moment est venu d’apporter notre contribution à ce que représente et engage le « Grand Paris » pour l’avenir et plus largement encore pour la transformation de la société française.

 

Certes, notre « Grand Paris » ne saurait et ne pourrait être celui de la « Gouvernance » à l’oeuvre dans cette gigantesque entreprise. Nous l’envisageons nécessairement du point de vue des Précaires que nous sommes, en solidarité avec tous ceux et celles qui sont nos frères et sœurs en « précariat », si l’on peut dire. Aussi bien notre Marche délivrera un Récit qui veillera à attirer l’attention de tous, et des pouvoirs publics en particulier, sur les interstices, les zones fragiles, les angles morts, les parts d’ombres, les hors-champ, tout ce monde des « Sans » que le projet magistral aura négligés, oubliés. Et en premier lieu, puisque nous en avons l’expérience et l’expertise, sur tout ce qui concerne la population immigrée, nombreuse en Ile de France, pour qui nous souhaitons que notre Marche soit l’occasion, lors de notre passage, d’une information précise, d’une réflexion approfondie, d’une mobilisation la plus large possible. Ce sera bien évidemment aussi le moment pour les Sans-papiers de rappeler et de mettre en débat leurs revendications principales : régularisation de tous les Sans-papiers, fermeture des centres de rétention, arrêt des expulsions, respect du droit d’asile, promulgation du droit de vote, reconnaissance de l’égalité entre nationaux et migrants, liberté de circulation et d’installation

 

Plantons le décor. Du point de vue de l’espace, la Marche du Grand Paris des Sans-papiers et Migrants projette , en partant du centre de rétention du Mesnil-Amelot, de parcourir du Nord au Sud et d’Est en Ouest les 3 cercles principaux du  « Grand Paris », depuis sa périphérie la plus large correspondant à l’ « Unité du Grand Paris »(10 millions d’h), puis le cercle plus restreint de « Paris-Métropole » , pour passer en « Petite Couronne »( 6 millions d’h), avant de rentrer dans Paris pour se rendre auprès du Pouvoir , suivant ainsi un chemin en spirale qui dira notre volonté patiente de résister aux logiques et aux forces qui tiennent à nous « éloigner »du centre.

Du point de vue du temps, la Marche voudrait se dérouler entre le  7 septembre et le 7 octobre 2013. Le calendrier précis et la chronologie des étapes est en cours de préparation. Mais l’on peut d’ores et déjà dire que  nous visons à ce que chacun des départements d’Ile de France, chaque préfecture, les centres de rétention, reçoivent  notre visite. Ensuite, le parcours et les étapes dépendront des possibilités locales, des accueils, de l’hospitalité que nous allons rencontrer dans les contacts que nous commençons à prendre auprès des mairies, des collectivités, des associations, des centres culturels etc…pour la réalisation de notre projet.

Du point de vue de l’action, la Marche, marcher, sont évidemment la ligne de force. Le mouvement de la marche, lente, patiente, dans une direction déterminée, disponible pour les rassemblements, offerte à l’exposition publique de ce que et de qui nous sommes, ouverte aux rencontres et à la connaissance des autres, joyeuse dans la revendication, non violente dans la lutte, sérieuse dans le témoignage qu’elle veut porter sur la place faite et à faire aux étrangers dans le monde tel qu’il ne va pas bien du tout, tout cela nous en avons conscience et nous  en avons fait l’expérience dans les précédentes marches. Nous comptons bien, dans celle du « Grand Paris », multiplier la Marche par le coefficient de manifestations, cercles de silence, conférences de presse, débats, concerts, réunions de travail, par tout ce qui peut donner lieu, partout où l’on passe, à un réveil des raisons de croire en la possibilité et la nécessité de lutter pour plus de justice et de liberté.

 

En résumé, la Marche du Grand Paris des Sans-papiers et Migrants a pour objectifs :

 

            – Susciter un mois d’information, de discussion et de réflexion sur le « droit de cité » pour les Sans-papiers et Migrants, en s’appuyant sur l’initiative et la mobilisation des collectifs locaux et des associations de chaque département et chaque ville traversés.

            – Dénoncer la circulaire de novembre 2012  sur le droit au séjour des étrangers. La régularisation des Sans-papiers telle qu’elle y est traitée ne peut régler le sort que d’un petit nombre d’entre eux, vouant la majorité à perdurer dans la clandestinité ou à y plonger. Nous ne pouvons accepter d’un gouvernement socialiste  qu’il ne fasse pas mieux, voire pire que le gouvernement précédent sur cette question cruciale. Nous exigeons qu’il revoie sa copie, à la lumière de tout ce que les acteurs dans la question de l’immigration ont démontré depuis longtemps comme réformes indispensables et changement nécessaire de vision. Nous sollicitons vivement le Parlement pour qu’à la rentrée son travail pour la loi sur l’immigration soit vraiment à la hauteur ! Au cours de ce mois de marche, nous voulons multiplier les réunions de travail sur ce sujet de la circulaire et recueillir le maximum de témoignages des personnes concernées.

            Protester contre le traitement répressif des Sans-papiers, Roms et demandeurs d’asile, criminalisés sans raison et internés en CRA avant l’expulsion la plus brutale. La Marche sera orchestrée par la demande répétée de la fermeture de ces centres de rétention, en réclamant la mise en œuvre de procédures d’examen de la situation de chacun respectant la dignité des personnes.

            – Revendiquer à nouveau le droit de vote pour les étrangers non-communautaires, tant attendu, et qui devait être l’annonce des bonnes dispositions du gouvernement pour le traitement du droit au séjour des étrangers. Nous souhaitons recueillir au cours de ce périple la position des municipalités qui nous feront l’honneur de nous recevoir.

            – Encourager toutes les formes de créativité existantes sur notre parcours à se manifester et à participer à leur manière au passage de la marche (musique, théâtre, slam, projections, danse, contes etc…). Dans cette perspective, il sera précieux d’intéresser centres culturels, maisons de jeunes, associations culturelles, à la préparation d’évènements autour du passage de la Marche. Nous sommes persuadés que la véritable compréhension, le développement constructif, la société qui tient le coup, passent par la création et la culture.

            – Commémorer les trente ans de la Marche pour l’Egalité. C’est dans son héritage que nous nous situons. On peut s’inquiéter du peu de chemin parcouru depuis. Raison de plus pour reprendre à notre tour le « bâton de pèlerin ».

(1) AFP, publié le 17/06/2013 à 09 :14

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