Autour du premier film sur la Marche

Cette page, qu’on essaie de mettre régulièrement à jour, rend compte de l’actualité de la première œuvre cinématographique sur la Marche.

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Dossier « 1983. La Marche pour l’égalité et contre le racisme », Migrance, n°41, 2013.

1983. La Marche pour l’égalité et contre le racisme

Numéro coordonné par Louisa Zanoun

Ce numéro de la revue Migrance s’inscrit dans le cadre de la commémoration du trentième anniversaire de la Marche pour l’égalité des droits et contre le racisme.

Partie de Marseille le 15 octobre et arrivée à Paris le 3 décembre 1983, la Marche est un moment véritablement fondateur dans l’histoire de l’immigration. Elle est organisée à Vénissieux à l’été 1983 à l’initiative de jeunes issus de l’immigration maghrébine qui, avec le concours d’associations et de militants des droits humains, souhaitent dénoncer les violences racistes et policières dont ils sont victimes. Véritable acte citoyen en faveur du vivre-ensemble et de l’accès au droit, elle donne à voir à la société française une de ses composantes essentielles : la jeunesse issue de l’immigration.

Ce numéro de Migrance s’est d’abord attaché à donner la parole à certains acteurs majeurs de la Marche, dont deux marcheurs permanents, Toumi DJAIDJA et Marilaure MAHE. Il se penche également sur l’histoire des marches comme mode d’action collective au XXe siècle ; les liens entre la Marche et les associations ; les modes d’expression de la Marche telles que la bande dessinée et le Web ; les enjeux citoyens, sociaux et identitaires de la Marche ; la Marche au prisme des contextes lyonnais et marseillais ; et finalement les archives de la Marche.

Sommaire

Avant-propos
Jamel OUBECHOU, Président de Génériques et Daniel DUCHEMIN, Secrétaire général de Génériques

Introduction
Louisa ZANOUN, responsable du pôle scientifique et culturel à Génériques

Témoignages

: : Une marche pour le vivre ensemble
Toumi DJAIDJA

: : Marcher avec mes frères
Marilaure MAHE

: : Radio Beur et la Marche
Samia MESSAOUDI

: : La Marche et le Relais Ménilmontant
Daniel DUCHEMIN

Pour une histoire des marches comme mode d’action collective

: : L’histoire en marches, de l’inscription de la « Marche des beurs » dans l’histoire d’un mode d’action protestataire
Pierre-Marie TERRAL

: : De l’invisibilité à la visibilité. L’influence de la stratégie revendicatrice de Martin Luther King, les médias et le projet C.
Christine LARRAZET

La Marche et les associations

: : Les associations de solidarité avec les immigrés face à la cause des « jeunes issus de l’immigration » (1980-1984)
Adèle MOMMEJA

: : La Marche pour l’égalité et contre le racisme au prisme de la presse associative immigrée : l’exemple de Sans Frontière
Louisa ZANOUN

: : Les effets de la Marche sur les associations de Marocains
Antoine DUMONT

Les modes d’expression de la Marche

: : La Marche de 1983 et Convergence 84 chez les dessinateurs de bande dessinée issus de l’immigration, ou la contre-bande-dessinée
Mark McKINNEY

: : Le Web, lieu de mémoire alternatif pour une Marche oubliée ?
Sophie GEBEIL

Des enjeux citoyens, sociaux et identitaires de la Marche

: : « Ensemble, refaire la ville ». L’enjeu de la citoyenneté urbaine dans les prémices de la politique de la ville (1973-1983)
Thibault TELLIER

: : Le « mouvement beur » et la grève des ouvriers immigrés de Talbot : ruptures ou continuités ?
Vincent GAY

: : 1983- 2013 : encore et toujours l’égalité pour les jeunes descendants d’immigrés ?
Leyla ARSLAN

Au prisme des contextes locaux : Lyon et Marseille

: : La Marche pour l’égalité et contre le racisme au prisme des contextes locaux : retour sur les contours d’une action disputée et non-évidente
Foued NASRI

: : Marseille 1983-2013. Matériaux pour une histoire en marche
Ramzi TADROS, Rachida BRAHIM, Soraya GUENDOUZ-ARAB

Les archives de la Marche

: : Les sources pour l’histoire de la Marche dans le catalogue Odysséo
Tatiana SAGATNI

: : Le dépôt à la BDIC des archives sauvegardées par l’association L’Echo des cités. Pour une histoire des luttes de l’immigration et des habitants des quartiers populaires
Franck VEYRON

Chroniques

Source: Génériques.

Nouveau site officiel de Toumi Djaïdja

Cliquer ici. Mise en ligne en août 2013.

Extrait de la rubrique « Biographie »:

Toumi Djaidja est né le 25 octobre 1962 dans le Sud-est algérien.
Son père est emprisonné alors que sa mère est enceinte de lui, Toumi ne le verra pour la première fois qu’à l’âge de 5 ans. Cet évènement constitue certainement la première injustice qui sera déterminante et tracera le chemin de Toumi dans sa quête de justice et d’égalité pour tous.
Ils quittent leur pays natal le 6 octobre 1967 et arrivent en France rapatriés par la Croix-Rouge, dans la précipitation son frère jumeau reste au pays. Ils sont « parqués » dans le camp de « Saint-Maurice-l’Ardoise » situé dans le Gard,ironie du sort, celui-là même qui a servi à l’occupant allemand pendant la seconde guerre mondiale pour emprisonner la résistance française. Ils y séjournent pendant quelques mois.
Au début de l’année 1968, ils s’installent à Ruoms où son pére travaille comme ouvrier forestier. La famille est enfin réunie,ce sont les retrouvailles avec son jumeau. Ils y restent jusqu’à la fin de l’année 1969.
Début de l’année 1970, Ils vivent dans une pièce vétuste du Foyer Notre-Dame des Sans-Abri à Lyon. Ils s’y sentent bien dira-t-il.
Le 7 février 1971,ils emménagent dans un appartement de la ZUP des Minguettes. L’appartement dont le confort pourrait paraître banal aujourd’hui est pour eux luxueux: il est équipé d’une salle de bain et WC.
Ils ont erré depuis le 6 octobre 1967 et  posent enfin leurs valises.
En 1973, la situation économique  en France connaît le 1er choc pétrolier. Dans les grands ensembles urbains,les habitants cumulent les « handicaps »:  la barrière de la langue, la barrière de l’instruction; aussi les effets de la crise y retentissent plus profondément et creusent les inégalités. Cela conduit au climat de tension du début des années 80.
Les cités de France sont  le théâtre de violences notamment dans l’est lyonnais et plus particulièrement à Vénissieux dans le quartier des Minguettes. « Vénissieux, la belle, la rebelle »,celle des luttes ouvrières de 1936,de la résistance,du FTP-MOI figure de l’extraordinaire fraternité entre français et immigrés.Les émeutes urbaines se font quotidiennes et exponnentielles. Cette violence est la réponse qu’apportent les jeunes face à la discrimination.
Le 21 Mars 1983, des émeutes d’une rare violence éclatent.Des affrontements entre plus de 400 jeunes et les forces de l’ordre s’y déroulent toute cette journée. Vénissieux devient la scène grandeur nature d’une « guerilla urbaine ». A la suite de cet évènement majeur des  jeunes dont Toumi Djaidja que l’on surnommera le « meneur des Minguettes » campent pacifiquement devant la mairie, emblème de la République. Leur « sit-in » fait reculer les forces de l’ordre,anéantissant toute volonté de faire usage de la force. Il prend alors conscience de l’arme redoutable qu’est la non-violence et entame une grève de la faim. Sans le savoir il est au cœur d’un processus initiatique (dans le combat non-violent) dont « la marche pour l’égalité » est l’aboutissement et qui fera de lui le personnage-clé de cette jeunesse qui se soulève.
Cette année 1983 est décisive. Le nombre de jeunes qui tombent sous les balles grossit chaque jour davantage,c’est l’été meurtrier.
Les nuits sont chaudes aux Minguettes mais celle du 20 juin sera brûlante et marquera à jamais la vie de Toumi Djaidja. Un adolescent est aux prises avec un chien policier.Toumi Djaidja armé de son seul courage, lui porte assistance pour le dégager. C’est alors que le policier tire sur lui à bout portant. La bavure est flagrante et « caractérisée ». Alors même qu’il revient à la vie,Toumi déroute ses amis non convaincus en arrachant ces mots du plus profond de son être: » Il faut faire une marche« . Cette nuit tout  bascule, la vie  triomphe de la mort, l’amour de la haine, l’espoir du chaos. La non-violence va devenir son seul langage, et plus encore son mot d’ordre .
Ainsi son destin est scellé, un symbole est né. 
Toumi Djaidja prend alors l’initiative d’une  marche pour l’égalité. Il conduira ses troupes et ralliera Marseille à Paris du 15 octobre au 3 décembre, pour porter ce message de paix qui l’habite depuis sa plus tendre enfance, peut-être parce que la guerre d’Algérie est passée par là, par lui, le privant de son père. Elle l’a traversé lui laissant des marques indélébiles attisant sa soif de paix, de justice et d’égalité pour tous.
Fort des valeurs transmises par ses parents, et reconnaissant envers cette terre qui les a accueillis, lui et les siens, il dit n’ accomplir que son devoir car il mesure précisément la chance qu’il a de vivre en France, terre des droits de l’homme. Il sait la valeur de la vie et son caractère sacré.
Mêlant discrétion et humilité, force et courage, raison et sagesse,Toumi Djaidja s’est peu exprimé, ne gaspillant jamais le verbe. Il a gardé son idéal intact, ne le trahissant jamais. Il souhaite par dessus tout replacer l’humain au centre de l’équation.
« La Marche pour l’égalité est l’expression d’une soif de justice. C’est un message de paix que nous délivrons à notre pays, une déclaration d’amour que nous lui faisons » Toumi Djaidja