« Marche des beurs : des plaies toujours ouvertes », Le Point/AFP, 14 octobre 2013

Toumi Djaïdja a refusé lundi de rencontrer le ministre délégué à la Ville François Lamy, venu à Vénissieux (Rhône) pour les 30 ans de cette première grande mobilisation d’enfants d’immigrés. Dans un communiqué intitulé « Acte de désobéissance civique, pourquoi je ne reçois pas M. le ministre François Lamy », cette figure emblématique de la Marche des beurs réclame des « décisions concrètes » pour les banlieues. « Si certains cherchent à capter l’héritage de sympathie suscité par la Marche à travers cette commémoration, cela ne peut se faire à moindres frais », écrit-il. « La commémoration doit être un moment fort où des décisions politiques courageuses et concrètes sont prises pour que l’histoire de nos quartiers populaires s’inscrive enfin dans l’histoire de notre pays ».

Une sombre histoire de plaque

Pour François Lamy, les critiques de Toumi Djaïdja ne sont plus d’actualité. « Pendant dix ans, on a effectivement beaucoup stigmatisé les banlieues et retiré des moyens au monde associatif », a-t-il dit à l’AFP. « Mais des engagements forts ont été pris » depuis l’élection à l’Élysée de François Hollande en 2012, a-t-il ajouté en citant les emplois francs, les emplois d’avenir et les zones de sécurité prioritaires. Toumi Djaïdja a précisé à l’AFP avoir déjà décliné deux rencontres avec François Lamy et une avec un conseiller présidentiel à l’Élysée.

Selon une source officielle, M. Djaïdja a boudé le rendez-vous de Vénissieux après avoir réclamé en vain que son nom figure sur une plaque commémorative en l’honneur de la « Marche pour l’égalité des droits et contre le racisme ». Celui-ci a reconnu avoir fait cette demande « parce que la jeunesse a besoin de symboles », mais assuré qu’il aurait publié son communiqué « avec ou sans la plaque ».

Oubli

En juin 1983, sur fond de tensions entre jeunes et forces de l’ordre dans le quartier sensible des Minguettes à Vénissieux, Toumi Djaïdja avait été blessé par balle par un policier. Avec d’autres, il avait alors eu l’idée d’une marche pacifique pour désamorcer les violences. Partis de Marseille le 15 octobre, les marcheurs avaient été accueillis par 100 000 personnes le 10 décembre à Paris et reçus par le président de l’époque François Mitterrand. Les marcheurs, peu aguerris au militantisme, s’étaient ensuite effacés et SOS racisme, né en 1984, avait capitalisé sur le mouvement de sympathie né autour de la Marche.

Très médiatisée à l’époque, celle-ci a peu à peu disparu des esprits. Aujourd’hui seuls deux Français sur dix s’en rappellent, une proportion qui tombe à un sur dix chez les plus jeunes. De nombreuses initiatives ont toutefois fleuri pour le 30e anniversaire, avec la sortie prochaine d’un film (La Marche avec Jamel Debbouze) dans 500 salles, plusieurs ouvrages, conférences, exposition… Dans ce cadre, le ministre délégué à la Ville, qui a débloqué 455 000 euros pour soutenir ces initiatives, s’est rendu lundi à Vénissieux, où il a échangé avec des représentants d’associations, de la mairie et d’autres marcheurs historiques.

Source: Le Point

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