« Hafid El Alaoui : 30 ans après, le marcheur désenchanté », La dépêche, 25 octobre 2013

Il y a trente ans, Hafid El Alaoui faisait à Toulouse, la seconde marche pour l’Égalité et contre le racisme. Trente ans après, ce responsable de la Maison de quartier de Bagatelle, tire un bilan plutôt mitigé.

Natif du Maroc, Hafid El Alaoui, est arrivé en France avec sa famille en 1971. Installé au Mirail depuis 1977, il fait la seconde marche pour l’Égalité et contre le racisme en 1984. Il raconte les espoirs soulevés et ce qu’il en reste trente ans après.

Vous êtes arrivé en France en 1971. Comment était l’époque ?

Un vent de liberté souffle alors. Mai 1968 est passé par là. Martin Luther King a fait son célèbre discours. On se méfie de l’Oncle Sam et de la guerre du Vietnam. La jeunesse est enthousiaste et pleine d’allant.

Pourquoi en 1984, faites-vous «Convergences 1984» la seconde marche égalitaire.

Pour lutter contre la misère et les discriminations. Pour changer le monde simplement. Et on y croit. À l’époque, le contexte est dur. Depuis l’été 1983, les affrontements, entre policiers et jeunes de banlieues, se multiplient. La première marche de 1983, partie de Marseille naît de ce constat. Je vous donne un exemple : en 1984, le maire de Grenoble s’appelle Hubert Dubedout. C’est un homme intègre. Et bien simplement parce que sa mère est Kabyle, on lui demande de nier ses origines.

Le contexte politique explique aussi cette marche ?

Absolument. Les municipales partielles à Dreux voient la victoire du FN avec 16,72 %. Un parti pourtant jusque-là marginalisé. Un Front National qui fusionne alors avec le RPR pour le second tour et qui remporte ainsi l’élection au détriment de la gauche. Dans le gouvernement, seuls Bernard Stasi et Simone Veil s’en offensent. Une certaine similitude avec la politique d’aujourd’hui. En période de frilosité économique, il faut un bouc émissaire pour alléger les esprits : à toutes les époques, l’immigration a servi d’exutoire. Tous les immigrés ont vécu et souffert de cette situation.

Trente ans après, quel bilan tirez-vous ?

Très mitigé. La société est devenue virtuelle, la spontanéité a disparu. Les débats d’idées ne se font plus pour améliorer le monde mais pour stigmatiser. Dans les quartiers, il ne reste rien de cette époque. Beaucoup sont partis. Je suis resté. Je le dis, en 2013, c’est la haine qui règne. Les jeunes sont sans avenir. Et sans futur, on fait n’importe quoi.


30 ans après…

Pour célébrer les trente ans de la Marche pour l’Égalité et contre le Racisme, la Maison de quartier de Bagatelle (impasse Boualem Bouchaga) lance ce vendredi à partir de 17 h 30, «Une marche, deux générations». Débats, conférences, expositions et extraits de film «Douce France» et «Ghetto et sentiments» court-métrage réalisé par des riverains de Bagatelle, animeront ce moment. Entrée libre.

Recueillis par S. G.

Source: La dépêche

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