Ahmed Nadjar et Marilaure Mahé, « Marche pour l’Egalité et contre le Racisme : pourquoi faut-il restaurer cette mémoire », Med’in Marseille, 25 octobre 2013

Afin de rappeler la véritable histoire de la marche pour l’égalité, de tirer les leçons de 30 années de luttes pour l’égalité des droits, et parce que chaque jour qui passe, nous rappelle qu’il n’est pas encore venu le temps de ranger ses baskets. Bien que les crimes racistes aient diminué d’intensité, les crimes policiers contre les jeunes des cités notamment ceux issus d’un pays musulman ou africain n’ont jamais cessé. Oui il ne faut pas baisser la garde quand Jean-François Copé, lui-même descendant d’immigré roumain juif ayant fui les pogroms, nous propose une loi sur devinez quoi ? Le droit du sol ! Mais qui va lui dire stop ça suffit ! quel est le journaliste qui va lui rappeler que si des gens comme lui était au pouvoir, sa famille qui vient du maghreb et d’Europe de l’Est n’aurait jamais bénéficié de l’asile économique ou humanitaire de la France ! Oui, à force de surenchérir, qu’elle soit d’Hongrie (n’es-ce pas M. Sarkozy !), d’Espagne (n’es-ce pas M. Valls !) ou d’Algérie … La dernière génération de l’immigration finira déchue de sa nationalité car il y aura toujours plus français qu’eux ! Oui pour nous*, français de branchages, contrairement aux Français de souche comme Mme Taubira (puisque la Guyane est Française depuis belle lurette) devons plus que les autres être à la hauteur de notre devise de fraternité. D’où le nécessaire devoir de mémoire et cette série de questions à Marilaure Mahé, éternelle marcheuse pour l’égalité, qui avait tendu la main il y a 30 ans à « mes grands frères » Toumi et Djamel, et leur groupe de Lyonnais d’orgine un peu trop contrôlée… L’Ironie de l’histoire, hormis un autre marcheur authentique dont nous respectons le silence, à Marseille, Marilaure Mahé est la seule Marseillaise d’aujourd’hui à avoir fait « la Marche des beurs ! »

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Photo exceptionnelle d’Amadou Gaye (©), Photographe de toute la Marche. Ici l’étape de Strasbourg, de gauche à droite : Fatima Mehallel avec son joli chapeau, puis les « flamboyantes » Cécile, Marilaure (au milieu) et enfin Malika Boumédiene qui préférait les bouclettes en 1983.

Med In Marseille : Marilaure après des années de silence** vous avez beaucoup parlé de la marche ces derniers mois. Trente ans après, on l’évoque aussi sous l’angle de la mémoire à restaurer qu’est-ce que cela vous inspire ?

Marilaure Mahé : Si je pense au terme de mémoire que nous avons tous en bouche et en discours, je me faisais la réflexion suivante l’autre jour : La mémoire c’est comme beaucoup de concepts que l’on brandit pour mieux s’en affranchir. La mémoire, plus on en parle moins on en fait, moins on la réveille.

Exemple, le concept de lutte contre les discriminations, c’est au moment où on en parlait le plus – au début des années 2000 – au moment où on multipliait les textes juridiques et les déclarations, où l’on communiquait le plus sur les plans territoriaux de lutte (PTLCD) que les discriminations sont apparues encore plus nombreuses. Alors peut-être étaient-elles plus cachées avant et c’est pour cela que par contraste, elles apparaissaient en masse depuis les années 2000. En tout cas, pour avoir milité pour l’égalité et travaillé dans le champ de la lutte contre les discriminations, j’ai l’impression que tout se passe comme si : Rabâcher médiatiquement sur les discriminations évitait de lutter vraiment contre.

Autre concept, celui de participation des habitants, j’ai eu la très nette impression que plus on parle de participation des habitants moins ils participent vraiment. Là aussi, peut-être n’est-ce qu’une impression due aux attentes qui seraient plus fortes, à la mesure du nombre des discours produits. En tout cas, au début des années 80, on en a beaucoup parlé, les habitants n’ont pas participé davantage et puis on n’en a plus parlé du tout…

Pour en reparler aujourd’hui … Peut-être devrait-on se méfier.

Pour la mémoire, c’est pareil. Plus on en aurait besoin, pour assurer la transmission des luttes, plus on en parle, moins les conditions qui permettent de retrouver une mémoire collective sont remplies. La façon dont chacun s’empare de l’histoire de la marche illustre malheureusement le brouillage auquel nous participons tous.

Je fais court sur les institutions qui instrumentalisent cette histoire pour se donner bonne conscience. Je fais court aussi sur les héritiers de la marche – qui aussi éloignés soient-ils – trouvent tous à interpréter à leur gré le message de la marche.

Je me concentre ici sur cette volonté affichée de mémoire : Au lieu de mettre en lumière ce qui s’est passé avant la marche, partout en France mais en faisant un focus sur les Minguettes, au lieu de chercher à révéler les positionnements des uns et des autres pour voir comment la marche a fait évoluer ces positionnements – c’est d’autant plus important que c’est une caractéristique forte de ce mouvement que de rallier et d’entrainer des personnes sceptiques au départ – au lieu de recenser les rôles de chacun pour voir les multiples contributions à ce mouvement, il apparait plus important de se déclarer … marcheur.

Si l’étiquette d’ancien marcheur recouvre outre la petite quarantaine de marcheurs qui a rallié Paris, ceux qui ont marché un jour ou un week-end, ceux qui ont marché quelques heures à l’arrivée dans leur ville, ceux qui ont préparé une étape, ceux qui ont organisé des cars pour aller à Paris, ou ceux qui ont marché ente Bastille et Montparnasse le trois décembre, alors nous sommes dans la confusion la plus totale.

S’il s’agit de restaurer une mémoire qui nous permet – non pas de s’auto satisfaire – mais d’analyser pour mieux poursuivre, il convient de faire le travail qu’a entrepris Salika Amara.

Puisque l’on voit bien que même dans la quarantaine de Marcheurs, il y a encore des distinctions à faire. Non pas en terme de mérite d’ailleurs, on peut avoir des personnes parties de Marseille qui ont fait moins de présence que d’autres parties de Valence … Et entre les huit des Minguettes, il y a aussi des rôles spécifiques … Il y aurait des choses instructives à dire sur le parcours singulier de tel ou tel mais là n’est pas la question.

S’il s’agit de restaurer une mémoire qui nous soit collectivement utile, il est important que ceux qui se disent marcheurs sans l’avoir été, retrouvent la mémoire de ce qu’ils ont fait vraiment, car cela est important et ne doit pas se perdre. Ceux-là ont à leur actif des actions glorieuses et méritantes : création d’associations diverses, de femmes, de lutte contre le racisme, des radios militantes des troupes de théâtre … l’organisation de forums justice, l’accueil des marcheurs lyonnais le 15 octobre à Marseille ou en d’autres villes plus tard, bien sûr l’accompagnement des marcheurs dans leur ville et à Paris sans qu’il soit besoin de s’inventer un rôle que l’on n’a pas tenu.

La mémoire de la marche et de son environnement exige ce retour sur soi. C’est de notre responsabilité de le faire pour exhumer toutes la richesse encore enfouie. La mémoire revient à chacun quand on éclaircit les choses et que l’on sort petit à petit de la confusion.

* Il va de soi qu’à Med’In Marseille les journalistes ne sont pas tous issus de l’immigration. Le « nous » est employé par Ahmed Nadjar, journaliste d’origine contrôlée, qui dénonce l’attitude honteuse des zélés-complexés issus de la dernière vague de l’immigration qui crient à l’invasion, et ferment la porte à ceux qui viennent derrière. Une posture payante : à chaque fois ces derniers sont promus médiatiquement et politiquement, ils finissent par intégrer les plus hautes sphères, se gavent… Mais à force ils risquent de finir par la diète mortelle d’un régime Vichy !

Source: Med’in Marseille

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