M. Saadoune, « La Marche, l’islamophobie et les beurgeois », Le Quotidien d’Oran,

Le trentenaire de la «Marche pour l’égalité et contre le racisme», dite la Marche des beurs qui s’est déroulée entre le 15 octobre et 3 décembre 1983, est commémoré en France dans une certaine gêne. La marche a ses «vétérans» médiatiques mais son impact politique et social se révèle bien maigre. Il suffit de regarder la représentation nationale française pour mesurer que le changement est loin d’avoir fait son chemin. Les socialistes français avec SOS-Racisme ont bien raflé la mise de la «marche» mais les circuits politiques sont bien fermés même si on s’offre ses «représentants de la diversité». Quelques noms ont été mis en avant pour en «rajouter» dans la stigmatisation des «siens» au nom de la laïcité et l’anti-communautarisme. Mais sur le fond, la gauche socialiste a intégré, aussi bien que la droite, une vision islamophobe qui permet de faire «passer» une vision raciste.

Trente ans après la marche pour l’égalité et contre le racisme, l’islamophobie, que les éditocrates persistent à nier et à la présenter comme un concept inventé par les Mollahs iraniens, est devenue le vecteur présumé «soft» d’un racisme ancré depuis la période coloniale. Les ghettos urbains dans lesquels s’entassent les «pas vraiment Français» sont régulièrement mis à l’index comme une source permanente de nuisance, de menace, un territoire «autre» qui viendrait brouiller le «consensus républicain». Le très pertinent et courageux journaliste – éditeur Thomas Deltombe situe l’acte de naissance de l’islamophobie en France au début de l’année 1983. C’était au moment d’une grève dans l’industrie automobile qui employait de nombreux travailleurs immigrés.

Le ministre de l’Intérieur de l’époque, un socialiste, a trouvé la «formule» pour discréditer le mouvement en parlant de «grèves saintes d’intégristes, de musulmans, de chiites!». Ce n’est sans doute pas un hasard que la «marche pour l’égalité» a eu lieu à la fin de la même année. Comme si l’islamophobie était déjà l’arme préventive contre la demande d’égalité et de citoyenneté. Le racisme grossier fait place à la présumée subtilité d’une islamophobie également partagée de manière décomplexée à droite et à gauche. Et sur ce registre, c’est le Front national qui imprime le rythme à l’ensemble de la classe politique. L’islamophobie, écrit Thomas Deltombe, a pour fonction «d’encoder le racisme pour le rendre imperceptible, donc socialement acceptable.

C’est cette machine à raffiner le racisme brut, lancée par les socialistes en 1983, qui tourne à plein régime depuis trente ans, à gauche comme à droite». Sa fonction est donc d’entretenir la mise à l’index permanente de ces «pas-tout-à-fait-Français» qui menaceraient la république et ses fondements. L’islamophobie, c’est la riposte idéologique de l’ordre établi à la demande d’égalité. L’autre nouveauté de ces trente ans est aussi l’émergence d’une «bourgeoisie» qui est très loin d’être à la hauteur du combat des aînés. Un remake «social» des m’tournis ! Qu’on ne risque pas de retrouver du côté des indigènes de la République. Une minorité qui a quitté les cités et qui est hantée par la peur qu’on la renvoie vers les cités. Une minorité pas solidaire pour un sou, très égoïste et peu courageuse. Comme les bourgeois, en somme !

Source: Quotidien d’Oran

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