Tarek Mami, « De la marche pour l’Egalité et contre le Racisme au Taubiracisme : La France (F) n’est pas raciste ; la france (f) l’est !!!!!! », France Maghreb 2, 15 novembre 2013

Le « Taubiracisme » n’est pas un phénomène né ex-nihilo. Il est le résultat automatique de la conjonction de milliers de ruisseaux qui ont cheminé en parallèle avant de s’adjoindre, fusionner et constituer un fleuve qui réveille des mémoires quelque peu somnolentes, quelque peu dormantes et quelque peu enfouies par honte ou par peur du gendarme. La honte est toute bue. Et la peur du gendarme a disparue. Les langues se sont déliées. La parole s’est libérée. L’imagination créatrice de fantasmes racistes s’est remise en route. Et le fleuve charrie de nouveau ce que l’on croyait que la mort du XXème siècle a emporté avec elle à jamais : la haine de l’autre.

La France vit une période paradoxale. Certains regardent l’horizon et la construction d’un avenir commun pour mieux vivre ensemble. Ils parlent citoyenneté et République pour tous. Ils remémorent« marche pour l’égalité et contre le racisme » ( 15 octobre – 3 décembre 1983). Ils se battent et tentent péniblement, sans grands moyens, en l’absence de tout soutien politique visible, et de tout soutien médiatique massif, de réveiller l’opinion publique et d’y susciter un besoin ou une envie commémorative. Ils cherchent à rafraîchir la mémoire française et d’y faire bouger quelques neurones pour rappeler la présence à l’arrivée des marcheurs, de 1983,à Paris de plus 100.000 manifestants, venus de toutes les régions françaises, et la nécessité de commémorer le 30eme anniversaire de cette  « marche pour l’égalité et contre le racisme ». D’autres regardent vers le passé et l’exclusion de l’autre. Ils s’obstinent et s’évertuent à vouloir écrire une nouvelle page du déjà volumineux livre de l’histoire du racisme et de la xénophobie en France métropolitaine, dans ses territoires d’outre mer et dans ses anciennes colonies.

Le marche de l’automne 1983 est appelée par ses initiateurs « marche pour l’égalité et contre le Racisme ». Depuis trente ans, L’EGALITE attend toujours son heure et le RACISME progresse à vue d’oeil. Cette dénomination « pour l’égalité des droits » a été transformée, déformée et détournée volontairement pour être vendue à l’opinion publique et à l’Histoire sous le sobriquet la « marche des Beurs ». Cette démarche pour débaptiser la dénomination originelle à été entreprise sciemment par une partie de la classe politique, de l’époque, et propagée comme une traînée de poudre par la quasi totalité de la classe médiatique. De grands efforts ont été entrepris pour l’implanter sous ce titre dans la mémoire collective française.

Cette dénomination apocryphe, je le dis ici et ce jour est en soi un acte doublement raciste et lâche. Doublement raciste parce que les initiateurs de cette falsification grotesque ont volontairement occulté la présence de nombreuses composantes de la jeunesse française qui ontpourtant, elles aussi, participé ensemble activement au lancement de ce moment historique. Ces falsificateurs ont pour cela utilisés un gros feutre noir pour effacer la présence, dans la marche, de citoyens français dont les parents sont d’origine européenne (notamment espagnols, italiens et portugais) et braqué les projecteurs sur sa seule composante dite « Beur ». Lâche parce que ces faussaires n’ont même pas eu le courage d’aller jusqu’au bout de leur escroquerie intellectuelle et historique. Leur inconscient  forcément raciste leur a interdit de prononcer le mot ARABE,  et les a conduit à retenir la dénomination  » La marche des Beurs » et non  « La marche des Arabes ». Ils n’ont donc pas utilisé l’original mais sa pâle contre-copie, le verlan. Avec cette démarche de refoulés, la boucle est bouclée.

Il faut donc dire, répéter et crier, aujourd’hui et demain qu’il s’agit bien de  » La marche pour l’Egalité et contre le Racisme ».  Ni plus ni moins. Et il faut constamment rappeler que cette marche avait pour but ultime la revendication du statut de citoyens des jeunes français dont les parents sont souvent étrangers, et  la dénonciation des crimes commis à l’époque par les forces de l’ordre, ce qui constitue par essence la quintessence du racisme institutionnel, à l’époque couvert par l »état.

Le mot Egalité extrait spontanément  par les jeunes marcheurs de 1983, pour qualifier leur marche, du triptyque des valeurs de la République a été au pire souillé au mieux subtilisé, escamoté, détourné, camouflé par ces faussaires de la République pour retirer à ceux qui l’ont revendiqué leur statut de citoyen et pour les renvoyer à leur pseudo ethnie, race, religion et nouveauté sémantique    » origine immigrée « 

Comme si le Président de la République d’Hier et le Ministre de l’intérieur d’Aujourd’hui n’étaient pas eux aussi   » d’origine immigrée « .  Ou comme si l’estampille « origine immigrée » ne vaut pas la même signification pour Tous. Ou plutôt encore et bien au contraire et d’une manière certaine, cette dénomination  » origine immigrée » n’est pas certifiée mais frappée  du nouveau label dit de la « diversité »  et renvoie expressément à autre chose. Elle reflète plus simplement une réalité sociologique de la France au quotidien, celle qui  d’une manière consciente (ou inconsciente portée par la vague sémantique)  pense que la Bonne « origine immigrée »  est européenne et pourquoi pas accolée à une origine dite chrétienne et que  la Mauvaise « origine immigrée » est celle extra européenne et pourquoi pas accolée à une origine dite musulmane.

A cette pseudo origine on amalgame « origine immigrée » à l’origine dite noire ou africaine. Ce cas particulier  efface, quant à lui, la spécificité musulmane ou chrétienne de ces personnes de manière à ce que noir et musulman induisent une double peine « invisible » pour ceux qui la pratiquent.

La Bonne « origine immigrée » s’efface au bout d’une génération.  La Mauvaise « origine immigrée » est indélébile. Elle ne s’efface pas. Elle colle à la peau de génération en génération. Combien même une génération soit majoritairement composée de citoyens nationaux français par leur filiation depuis plus d’un siècle. La participation de leurs aïeuls  à la première guerre mondiale dont nous commémorons le centenaire, n’y fait rien. Quatre ou cinq générations plus tard, des enfants et despetits enfants – nationaux français –, mais descendants de personnes étrangères, sont toujours vus par une large partie de la classe politique en place et de la population comme « d’origine immigrée ».

Les mots et les concepts sont dangereux. Et ce que l’on en fait l’est encore plus. La multiplication des définitions lexicales et juridiques du « Racisme » depuis un demi siècle n’a pas conforté la lutte anti-raciste. Bien au contraire elle l’a affaiblie. Entendre parler au quotidien et dans la bouche des politiques et à longueur de médias de racisme, anti- sémitisme, islamophobie, négrophobie et bien d’autres, brouille la compréhension populaire de la France au quotidien. Elle établit une hiérarchie insupportable entre ces discriminations et laisse croire à certains qu’il y aurait un racisme plus grave et plus interdit que les autres. Cette multitude de définitions autorise donc des franges de la population, selon leur perception de la société, à s’abstenir dans des cas et à se lâcher dans d’autres comme le montre de nombreux sondages récents dans ce domaine.

La falsification du nom de la marche pour l’égalité et contre le racisme, l’étouffement du souffle démocratique et républicain nouveau qu’elle était susceptible d’apporter et la création principalement de l’association à la petite main jaune qui parle de « potes », puis de Blanc Black Beur, là ou le triptyque de la République parle de fraternité n’ont servi à rien.

L’Histoire est rebelle et se rappelle à notre souvenir chaque fois que l’on fait comme si…..

Face à cette « re » montée du racisme, l’observateur serein ne peut qu’être stupéfait par les  désertions multiples du terrain de la lutte idéologique, politique  et militante. En premier lieu, nos hordes intellectuelles et autres spécialistes de tout, qui rejouent « la trahison des clercs » et passent leur vie à occuper les plateaux de télévisions pour vendre leurs livres gagne-pain et un discours uniforme, incolore, inodore, et sans prises de risque par peur de voir d’autres personnes de leur acabit occuper leurs places, devenues vacantes. En second lieu, les lobbyistes en chefs des organisations dites anti-racistes et les différentes ligues, associations et mouvements dites de vigilance. En troisième lieu, les milliers de personnes qui ont fait de ce principe éthique et républicain une activité permanente, un métier et une carrière. Que sont devenus et à quoi ont servi les milliards de francs et d’euros dépensés pour cette cause depuis au moins 1981 pour ne pas remonter à la fin de la deuxième guerre mondiale.

Avant cette marche pour l’égalité des droits et depuis cette marche, survit la rupture, toujours d’actualité, entre citoyenneté et nationalité, soutenue par de larges composantes de la société française, y compris par ceux qui appartiennent à la Bonne « origine immigrée » parvenus aux plus hautes marches du pouvoir, car il est connu que les derniers convertis à une cause sont toujours les plus zélés. Cette dichotomie persiste malgré trois engagements présidentiels. La fameuse proposition numéro 80 de François Mitterrand, en 1981, et sa réitération lors de la campagne présidentielle de 1988. Et la désormais aussi célèbre proposition numéro 50 de François Hollande, en 2012 et son fameux :  « J’accorderai le droit de vote aux élections locales aux étrangers résidant légalement en France depuis cinq ans« .

Les présidents passent et les promesses restent

La modification de la constitution lors de l’adoption du traité de Maastricht qui a accordé le droit de vote aux élections municipales et européennes aux ressortissants de l’Union européenne fut une occasion manquée pour la démocratie française. Elle illustre à merveille le constat sociologique que la Bonne « origine immigrée » et la Mauvaise « origine immigrée » ne se valent pas.

En politique et devant l’Histoire, on récolte toujours les fruits de ce que l’on a semé….. ou pas. Et le racisme, d’hier et d’aujourd’hui, trouve toujours son compte lorsque les bonnes graines n’ont pas été semées.

Tarek Mami, Président de France Maghreb 2

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