« Marche pour l’égalité : la belle cacophonie », Politis, 26 novembre 2013

Les commémorations pleuvent pour le trentième anniversaire de la Marche pour l’égalité. Certains anciens marcheurs, encore bien actifs, crient à la récupération. Revue d’effectif.

C’est à s’y perdre. Trente ans bientôt jour pour jour après l’arrivée à Paris de la Marche pour l’égalité et contre le racisme, le 3 décembre 1983, on ne compte plus les célébrations. Film, documentaires, livres-témoignages, colloques et autres forums se succèdent partout en France, avec, en point d’orgue, deux manifestations nationales… Concurrentes.

Les militants de l’ombre, tantôt spécialistes de la lutte contre les discriminations, tantôt experts des combats en justice contre les « crimes racistes et violences policières » bénéficient avec ce trentenaire d’un « moment » rare pour mobiliser et d’une (petite) fenêtre médiatique.

Ce sont par exemple les associations ACLeFeu à Clichy-sous-Bois, le Tactikollectif (d’où émanent les Motivé(e)s) à Toulouse ou le mouvement lyonnais Agora-Valeurs des quartiers, qui se revendiquent de l’héritage des marcheurs de 1983, en dehors des grandes organisations du mouvement antiraciste. Réunies au sein du collectif Égalité des droits et justice pour tous, des dizaines d’associations, rejointes par la gauche du PS, appellent à manifester le 7 décembre à Paris.

Mais cet appel risque d’être occulté par une autre « marche contre le racisme », convoquée par des organisations nationales antiracistes et syndicales en réaction aux propos racistes contre Christiane Taubira, le 30 novembre dans toute la France.

SOS Racisme, « un peu embarrassée »

Les accusations de récupération n’ont pas tardé à apparaître. Trois anciens marcheurs ont même créé vendredi une association pour dénoncer les « récupérations politiques et mercantiles ». Christian Delorme, un des organisateurs de la marche de 1983 surnommé le « curé des Minguettes », précise :

« Il s’agit de réunir les gens qui ont été impliqués et de donner la parole aux uns et aux autres. La marche portait un message d’ouverture et de fraternité qui ne peut pas être récupéré. »

Ce lundi, sur Twitter, le sociologue Marwan Mohammed, pointe aussi le risque de « dépolitisation » de la marche :

 

C’est le retour d’une éternelle – et insoluble – accusation, directement destinée à SOS Racisme, qui s’est créée en 1984 sur l’élan de la seconde marche, « Convergence ». « L’association s’est toujours présentée comme une héritière de la marche, raconte Abdellali Hajjat, sociologue et auteur d’une étude sur la marche de 1983 . Elle est un peu embarrassée par cette première grande commémoration de l’événement, car elle s’accompagne de sa remise en cause. »

Trente ans après, cette vieille querelle a achevé de rompre le dialogue au sein du mouvement antiraciste. « C’est un fonds de commerce malsain, qui consiste à remettre tout sur le dos de SOS Racisme. Mais la génération qui est à la tête de l’association aujourd’hui n’était pas née en 1983 ! », tempête Samuel Thomas, porte-parole de la Maison des Potes. Le réseau national, très proche de SOS Racisme, bouclera le 5 décembre un tour de France de 53 villes, à l’occasion du trentenaire de la marche de 1983.

« Ce qui est dangereux, c’est le sectarisme. Cela abîme des gens qui sont prêts à s’unir. Nous devons nous réunir autour de revendications », s’attriste le militant.

Des arguments qui n’émeuvent pas Mohamed Mechmache, cofondateur d’ACLeFeu, qui a ravi depuis 2005 une partie de la lumière médiatique de SOS Racisme, avec un discours très critique envers l’association. « Il y a déjà eu il y a trente ans une OPA sur la Marche pour l’égalité, nous n’allons pas aujourd’hui nous afficher aux côtés de ceux qui en ont été les acteurs », s’agace le militant, qui ne manifestera pas le 30 novembre.

« La politique, c’est les bourgeois »

Les célébrations n’auront donc pas permis de faire la synthèse, y compris parmi les anciens marcheurs, eux-mêmes divisés :

Les moins politisés, notamment les initiateurs de la marche et de SOS Avenir Minguettes, « ont découvert le monde politique avec la marche et la plupart n’ont pas continué à militer après, analyse Abdellali Hajjat. Ils véhiculent un discours sur l’apolitisme qui renvoie à une définition assez typique du politique par les classes populaires : “La politique c’est les autres, les bourgeois“. »

C’est le cas encore aujourd’hui de Toumi Djaïdja, initiateur de la marche, qui insiste surtout lors de ses nombreuses interventions publiques sur la non-violence. Le « racisme institutionnel » et les « violences policières » ne font pas partie de son vocabulaire.

D’autres marcheurs, militants « établis » ou politisés par la marche, vont plus loin, avec, eux encore, leurs propres différences de vues. Notamment sur la stratégie à adopter face aux grandes organisations et sur les priorités d’action.

« Associations riquiqui »

On trouve de tout, donc, dans le joyeux capharnaüm de ce trentenaire de la marche. Tout est bon à prendre, estime d’ailleurs Mehdi Bigaderne, cofondateur d’ACLeFeu, qui boucle deux mois le « tour de France de la mémoire » dans une trentaine de villes. « Plus on en parle, mieux c’est », juge même ce militant qui redoute le caractère systématique de l’accusation de récupération. « Le plus important est de ne pas rester focalisé sur la marche, mais de nous demander ce qui a changé et de tirer le bilan de 30 ans de politique de la Ville ».

D’autant que les années fastes de SOS Racismes sont révolues. Sur le terrain, l’association peine à rassembler. « Les grandes associations sont émiettées par la mise en concurrence pour les subventions. Elles sont devenues riquiqui, constate Samuel Thomas. Et les divisions n’arrangent rien. Les gens qui ont de l’énergie à investir ne veulent pas le faire dans des querelles. »

Un constat partagé par Christian Delorme : « Nous ne sommes plus dans une époque où les organisations ont suffisamment de crédit pour rassembler. Face à la montée du Front national, tout le monde est un peu démuni. »

Raison de plus, pour cette figure de 1983, de ne pas laisser les divisions entacher une belle histoire.

Source: ici

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Une réflexion au sujet de « « Marche pour l’égalité : la belle cacophonie », Politis, 26 novembre 2013 »

  1. commémoration des marches, de la marche
    SOS racisme n’était pas un élan mais une mise en scène dont la principale visée était une repolitisation instrumentalisée par le PS, un lissage vers le bas qui voulait à tout prix réintroduire dans le giron de son histoire cette nouvelle génération d’enfants et de petits enfants des migrations en validant une modélisation qui confond nations,état et peuples. Convergence 84 replaçait le débat de creuset des nations autrement quand se contentant de cette francisation qui hiérarchise le concert des nations, des peuples abrités par un Etat en maintenant le principe d’égalité sur le principe d’absorption par la nation dite « Française » et ses gauches ont été mise au pied du mur de ses actions avant tout compassionelles de facilitatrices de l’accession à cette nationalité dominante.Et j’écris ceci sans aménité car victime de la monumentalisation par la gauche française de la CNT j’ai été ouverte au monde par une ASTI Bordeaux-Quartier Capucin-St Michel remarquable en tout point et sur l’ensemble des débats valides aujourd’hui.. Pour Mitterand il s’agissait de renforcer le contrat social éminemment colonial de son Etat mais.. qu’attendre de plus d’un homme qui avait voté la mort de militants de l’indépendance de l’Algérie, détenteur de la francisque, grand ami de Papon vous savez Papon et qui était là pour faire intégrer au PS la modernité libérale et quitter la lutte des classes…Qu’ attendre de plus d’un creuset qui confond le mot français et universel.Je suis choquée de cette peur systématique de l’exercice de la démocratie qui est le débat et la variété des analyses. Ainsi il serait interdit de se projeter dans de nouvelles modélisations de contrats sociaux pour l’avenir voir de nouvelles géographies de l’Histoire qu’il nous reste à construire ensemble dans l’Europe en devenir et dans le Monde aujourd’hui majoritairement en guerre. Je suis choquée par cette confusion intellectuellement et misérablement binaire qui confond les frontières historiques d’un Etat avec l’existence beaucoup plus ou plutôt beaucoup moins pérenne d’un territoire, de territoires alors que chaque jour des milliers de personnes hors « nos frontières » payent de leur vie cette exercice autocratique et violent institutionnalisé au sortir du conflit de la seconde guerre mondiale. Pour mémoire cette France avait déjà choisi de ne pas reconnaitre cette république espagnole au profit d’un putschiste. Une marcheuse de l’ombre à défaut d’être une mémoire négligée n’en n’est pas pour autant une imbécile de l’ombre, n’est pas une personne qui a cessé de vivre et de penser. Cette marche a été sa première marche pour penser sa propre modélisation de son histoire de migrante, d’ajouter ses pas à ceux de sa famille sur la route d’un asile relatif qui demandait, qui faisait intégré à son père la vertu libératrice de ne parler que le français alors que les mots d’amour et de tendresse étaient forcement en castillan et en catalan. Le meilleur outil pour que les d’ici – d’ailleurs ne se mêlent pas du débat de fond qui était et demeure toujours la définition d’un autre contrat social sur les droits civiques dans un territoire partagé.Par ailleurs la première qualité et peut être la dernière qualité des marches ce n’était de prétendre à une arrivée massive dans un mouvement politique qui aurait été obligatoirement de « gauche française donc universelle » mais de se penser donc de se vivre comme acteur politique du territoire géographique qu’il partage avec d’autres à un moment T de sa vie, d’avoir parce qu’il en partage déjà les devoirs les mêmes droits voir d’en définir , d’en modéliser « les devoirs » au même titre que les autres parce qu’il en partage déjà les obligations de vie public et communautaire. Et ce n’est pas contradictoire avec la lutte contre le racisme et l’antisémitisme bien au contraire, et ce n’est pas contraire aux luttes pour la laïcisation des rapports politiques et ce n’est pas contraire à la lutte pour l’égalité des genres je dirai même que c’est l’avenir »durable » du monde. Car on nous a offert une « carte postale couleur off benetton »en échange de l’oubli de la répression contre les pauvres, contres les exilés, les demandeurs d’asile, les primo-arrivants,les victimes de cette mondialisation qui n’est pas une crise pour tout le monde mais bien pour toujours les mêmes.Et même cette carte postale n’est pas sans qualités même si elle cache la permanence du racisme, la permanence de la hiérarchisation des cultures, la permanence de l’absence de véritable reconnaissance de la capacité des autres à construire un discours critique, et libérateurs sur leurs propres cultures ajoutées tout en revendiquant légitimement la grandeur et la dignité de leur histoire. Je suis une méditerranéenne de l’atlantique et j’ai à la fois bénéficié des obligations françaises d’éducation et souffert de cette hiérarchisation inscrite dans le projet d’éducation nationale et non pas populaire.Je revendique la dignité de l’ensemble de mes territoires géographiques, migratoires, sociaux ,linguistiques,éducatifs, politiques , de femme, de petite fille , de mère , de précaire, de l’ombre Nathalie. Salvadora

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