La chronique du Tocard. SOS Racisme nous refait le coup… le même sale coup », Le Courrier de l’Atlas, 26 novembre 2013

Rappelez-vous, j’étais allé à la projection du documentaire de Samia Chala sur la Marche, un formidable film sans concession qui aurait dû passer en prime time sur France 2, au service du public, mais on l’avait casé à 22h30 sur Public Sénat, qui est une super chaîne pour le coup, mais avec moins d’audience, un docu qui était passé un vendredi soir de pluie et de brouillard….

Pour ma part, j’avais laissé ma bicyclette toute seule dans le froid parisien, n’arrivant pas à ouvrir le U, la serrure était coincée, un truc inexplicable étant donné que mon antivol était neuf d’à peine une semaine. L’heure tournait ce soir-là et la nuit m’avait surpris tellement elle était arrivée sans prévenir.

J’avais eu peur d’arriver en retard à la projo, il avait fallu alors abandonner ma bicyclette qui était restée sagement devant l’Institut du Monde Arabe, un organisme respectable et respecté qui versait à Jack Lang, son président, 10 000 euros mensuels, pour se payer de belles vacances au Maroc et plus si affinités…

Mon vélo avait laissé échapper des tâches d’huile de chagrin en me voyant prendre le bus, mais sa tristesse, elle se voyait pas sur son cadre, fallait juste le connaître pour savoir qu’il souffrait de ne pas pouvoir venir avec moi, lui qui m’accompagnait un peu partout en ces temps modernes.

Je le laissais là dans ce quartier de bourgeois et il n’aimait pas ça. C’était un vélo intègre, y en avait pas des masses de vélos comme lui, un vélo de prolo comme tant d’autres mais qui avait refusé, lui, d’oublier où il avait été construit et ça valait le coup de le préciser.

Je parlais de mon vélo comme d’un citoyen lambda mais c’était à cause de ma déception en l’Homme où j’avais croisé 99% de corrompus. Après la projection, j’étais rentré en RER et j’arrêtais pas de penser à mon vélo, à la nuit qu’il passait. C’était débile, je sais, de ne pas pouvoir fermer l’œil à cause d’un machin à deux roues, mais pas plus débile que de s’inquiéter pour un chat qui se serait enfui de la maison.

Au réveil, les pigeons étaient revenus squatter mon balcon et les insultes pour ces êtres ignobles avaient recommencé : ils avaient disparu ces derniers temps et déjà je pensais à un moyen de les exterminer, tous, c’était la seule solution pour avoir la Paix !

J’ai pris le tramway pour Leroy Merlin, je devais trouver du dégrippant et j’en profiterais aussi pour trouver une bombe anti-pigeon, ça existait peut-être… Sur place, j’avais pas trop su quoi faire : d’habitude Chichi me renseignait, m’emmenait dans les rayons, tapait la discute avec moi.

Chichi n’était plus de ce monde, on l’avait rappelé à l’ordre à 25 ans, un petit quart de siècle, comme la vie était moche et injuste. Ca faisait près de deux mois qu’il avait disparu et ça faisait bizarre de revenir ici et de ne pas le croiser. A son stand, un autre type renseignait les gens, un gars balèze, sans cheveux et sans sourire. J’ai préféré me démerder seul.

De retour devant l’Institut pour Gnoules, j’ai retrouvé mon vélo et l’antivol a retrouvé de sa souplesse en un temps deux mouvements, le dégrippant l’avait dégrippé. On roulait dans Paname tous les deux, sans se soucier du monde qui nous entourait et c’était des retrouvailles d’amoureux, mon corps et son cadre ne faisaient plus qu’un.

A un moment, je me suis arrêté à un feu et y avait des affiches du film La Marche. J’ai garé mon vélo et j’ai continué à pied. Y en avait des tas de la sorte, collées un peu partout, un gros coup de com. Je me suis approché de l’une des affiches du film qui sortait le lendemain.

Tous les acteurs faisaient le même signe, le même geste. Je revoyais le docu de Samia, je repensais à l’enfumage de SOS, du PS, de cette gauche puante, à l’encontre de nos « ancêtres » les Marcheurs, à l’OPA sur l’antiracisme.

J’en croyais pas mes yeux : le message sur l’affiche était subliminal : le titre du film était en jaune, la couleur de SOS, la main que les comédiens tendaient devant eux, ressemblait à la petite main jaune de SOS, celle de Touche pas à mon pote.

J’en croyais pas mes yeux : ils avaient osé les salopards ! Je voyais des affiches partout : ils avaient du fric ces chiens ! J’en ai arraché une, puis deux, je ressemblais à un fou. Les gens ne devaient pas comprendre les raisins de ma colère.

Je m’en foutais des autres, de leur jugement. La pluie fine glissait sur mon visage. J’ai repris ma bicyclette et j’ai roulé à corps perdu, le vent de face. Je m’arrêtais à chaque croisement de rue, à chaque fois que je croisais une de ces affiches, je l’arrachais, sauf celles où y avait mon Poto M’Barek, je l’aimais trop ce mec, c’était son premier grand rôle.

Je suis arrivé chez moi, trempé, dégoûté par ce que je venais de voir. Mon téléphone a sonné. Un ami m’a dit Mate tes mails vite : SOS Racisme organisait une manifestation le 30 novembre à Paris et invitait à faire tourner l’initiative.

Ils appelaient à une marche, une marche bordel ! Comme celle d’il y a 30 ans ! Celle qu’ils avaient récupérée, celle qu’ils avaient vidé de tout son sens. Ils profitaient de la commémoration des 30 ans, prenaient pour prétexte des attaques racistes envers une ministre de la République pour revenir sur le devant de la scène.

Et tout le monde, de nouveau, oubliait de parler du racisme systémique, de celui qui était présent dans toutes les strates de la société, sur le marché de l’emploi, dans les demandes d’accès au logement, qui visaient en priorité les Noirs, les Arabes, les Roms ….

C’était une occasion rêvée pour SOS Racisme, qui peinait à réunir des adhérents, de se refaire une santé en exploitant encore et toujours le malheur des mêmes, les métèques de tout bord.

Ils organisaient un événement, avant tout le monde, censé étouffer, marginaliser les autres manifestations, alors qu’en 30 ans, ils avaient été capables de rien du tout, sinon de faire en sorte que leurs dirigeants, Désir, Dray, Boutih, etc, occupent aujourd’hui une jolie place au soleil.

C’étaient eux avec le PS, qui avaient fait grimper le FN, la bête immonde, celle qu’ils étaient censés combattre et vaincre : le parti des Le Pen ne s’était jamais aussi bien porté aujourd’hui.

Je regardais le mail, y avait une affiche avec un slogan : « Contre le Racisme, je marche »… 30 ans après, et profitant de l’ignorance des plus jeunes, ils nous refaisaient le coup… le même sale coup… Fils de pute!!!

Nadir Dendoune

Source: ici

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