«  »La marche » de Nabil Ben Yadir. Le parti pris d’une candeur manifeste », Humanite.fr, ,

Dominique Widemann

Critique
Inspiré de la Marche pour l’égalité, le film de Nabil Ben Yadir ne parvient pas à s’évader de l’anecdote, faute d’une réflexion politique et artistique.

Au moins, ils auront essayé. Propos clé qui accompagnait les premiers pas des «marcheurs contre le racisme», partis de Marseille le 15 octobre 1983 pour rejoindre la capitale le 3décembre après un périple qui les a conduits de Grenoble à Lyon, Strasbourg et nombre de bleds de leur pays, la France. Propos que l’on peut appliquer au film de Nabil Ben Yadir, dont on ne peut nier la bienveillance à l’égard de son sujet et de ses personnages, tous très bien interprétés. Dans la genèse de ce moment d’histoire proche, Toumi Djaïda et le père Delorme, curé des Minguettes, ont l’idée d’une longue marche pacifique pour s’élever contre le racisme et ses crimes. Ici, Mohamed (Tewfik Jallab) subit l’une de ces agressions violentes tandis qu’il bavarde tranquillement avec ses copains et voisins de la cité. Crocs de molosses, balle ciblée, Mohamed s’en sortira de justesse. Si la séquence d’action est formellement réussie, les premiers échanges sont vite lestés de quelques lourdeurs didactiques, se substituant d’emblée à l’invention d’un langage cinématographique. Il fera défaut à l’ensemble du film.

Leur épopée scénarisée semble emprunter les degrés du calvaire

D’une poignée au départ, menés par la conviction humaniste du père Delorme (ici le père Dubois, incarné par Olivier Gourmet), les marcheurs se retrouveront 100 000 le long des rues parisiennes. Entre-temps, ils auront accompli tout un parcours d’épreuves et de rencontres solidaires. À vouloir concentrer les abominations racistes, leur épopée scénarisée semble emprunter les degrés du calvaire. Les débats, confrontations et contradictions qui vitalisaient ce mouvement d’importance se muent en une déclinaison d’illustrations emblématiques, d’archétypes en stéréotypes. La fidélité au sujet, singulièrement quand nombre d’images d’archives en ravivent la lettre et l’esprit, implique de s’en distancier si l’on souhaite en ouvrir les perspectives. D’autant que les trente ans qui viennent de s’écouler offrent un matériau fécond. Cette marche que ses initiateurs souhaitaient «apolitique » s’est révélée un événement politique de taille que l’on ne peut priver sans dommages de n’être pas restitué, imaginé, recréé à cette aune. En toute liberté. Les comédiens, eux, savent en jouer en dépit de la réduction du cadre. Il a le mérite de bien reconstruire le décor de l’époque (tout le monde fumait partout, surtout sur le plateau des émissions de Michel Polac). On regrette de ne pas pouvoir citer toute la distribution, mais tout de même, Vincent Rottiers, M’Barek Belkouk, Nader Boussandel, Hafsia Herzi, Lubna Azabal, Déborah Amsens et Jamel Debbouze donnent d’eux-mêmes jusqu’à une fin hagiographique au palais de l’Élysée. Un film pavé de bonnes intentions.

Source: ici

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