« La Marche, essentielle mais casse-gueule », JDD, 25 novembre 2013

Trente ans après, « la marche des beurs » contre le racisme est l’objet d’un film choral à résonance actuelle.

La Marche*, De Nabil Ben Yadir, avec Jamel Debbouze, Tewfik Jallab, Olivier Gourmet, Lubna Azabal, Hafsia Herzi. 2h. Sortie mercredi.

Le pitch est limpide, engageant, imposé par un fait mal connu bien qu’historique : en 1983, la « marche des beurs » fut, en France, l’occasion d’une salutaire prise de conscience. Inspirée des combats non violents de Gandhi et de Luther King, cette marche pacifique avait été lancée aux Minguettes, à Vénissieux, près de Lyon, à l’initiative de jeunes habitants du quartier, alors tous indignés par une série de crimes et de bavures racistes, et par les émeutes violentes qui s’ensuivaient. Un sujet à forte résonance actuelle alors que cet automne la « libération de la parole raciste » enflamme les médias, et qu’une « marche des républicains » destinée à dénoncer toutes les formes de discrimination s’annonce place de la Bastille le 8 décembre…

C’est sur cette même place que le 3 décembre 1983, la Marche pour l’égalité et contre le racisme s’était achevée par un triomphe : la Bastille était noire de monde, la presse aux aguets et le président Mitterrand sur le point d’annoncer l’octroi aux étrangers de cartes de séjour valables dix ans. Un succès qui symbolise aussi, de par son appellation journalistique, « marche des beurs », l’émergence d’une génération maghrébine pleinement intégrée.

Dans les faits, les semaines qui précédèrent ladite marche n’avaient pas fédéré tant de monde. C’est ce que ce film montre le mieux : la détermination d’une poignée d’individus tous très différents et dissonants, parfois au bord du découragement mais le plus souvent soudés autour… d’un curé ! De son vrai nom Christian Delorme* (Christophe Dubois sous les traits d’Olivier Gourmet dans le film), ce prêtre avait fait office d’organisateur et de « grand frère » auprès du noyau des marcheurs, pour la plupart alors à peine âgés de 20 ans. Catholique mais engagé à la Cimade (organisation œcuménique de défense des droits des étrangers), il incarne bien l’esprit originel de cette aventure ouverte à tous.

Debbouze toxico d’avance rigolo

Une diversité que l’on retrouve au casting, mais que la mise en scène s’évertue curieusement à surligner à force de personnages limite caricaturaux. Quand Jamel Debbouze s’invite dans la troupe en toxico d’avance rigolo, on n’y croit vraiment plus. À l’opposé, la militante très années 1970 campée avec fermeté par Lubna Azabal, cigarette au bec, se révèle en décalage avec la plupart des autres comparses, tous bien mais artificiels dès que l’humour potache prend le dessus sur des enjeux plus graves. Ce tumulte mal accordé rend cette marche tout juste sympathique.

*Christian Delorme, le « curé des Minguettes », vient de publier un récit de son expérience, La Marche (Bayard Éditions).

Source: ici

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