« « La Marche » , un film justement galvanisant », Mediapart, 27 novembre 2013

Antoine Perraud
Paris – Le cinéma, c’est parfois plus que le cinématographe. Quand il devient un moment de la conscience collective ; dans une France qui ne connaît plus de brassage à grande échelle depuis la disparition du service militaire – TF1 servit un temps de pis-aller en crétinisant autant que faire se put. D’où l’importance de ce qu’offrent parfois les grands écrans : l’occasion de vivre, coude à coude, dans une salle, un spectacle cérémoniel, qui soude en secouant. Souhaitons que ce soit le cas de La Marche, fiction réalisée par Nabil Ben Yadir, en salle mercredi 27 novembre 2013.Traverser la France pour réclamer l’égalité des droits face aux crimes, aux humiliations, aux discriminations, au mépris et à la réification racistes, tel était le pari lancé voilà trente ans. Pari réussi en terme d’image, manqué en terme politique. Récupérée par une gauche déjà en panne de souffle et de convictions, vampirisée par des intellectuels aussi vains que médiatiques, la marche fut réduite au folklore (la petite main de « SOS racisme »). La marche fut cantonnée dans une ethnicisation dégradante – les « beurs » ravalés au rang des braves gens méritants, dignes d’une forme de charité post-coloniale…
Le film est grand public, avec les qualités et les défauts du genre – la critique peut aisément s’en donner à fiel joie en relevant les personnages archétypaux ou les plans un peu trop empoignants… La Marche permet surtout de retrouver cette soif originelle et toujours à l’oeuvre d’égalité des droits, de revendications proprement politiques, ancrées dans la vie de la cité. La déception vive et brutale, face aux feintises de nos couches dirigeantes, a pu conduire certains Français issus de l’immigration dans les bras du communautarisme, voire d’un islamisme hérissé de revanches.Une telle dérive en est venue à saturer le sens commun. La Toile, la presse, trop de forces sociales et politiques de ce pays, versent massivement dans le racisme, l’islamophobie, la défiance sinon la haine face aux différences. Impropres à la démocratie ! Or La Marche démontre, image après image, mot après mot, qu’il y eut, en 1983, un ébrouement démocratique resté dans notre angle mort. Comme si la majorité des Français refusaient la main tendue, qui vaudrait acceptation d’une diversité dérangeante. À la richesse d’une bigarrure ivre d’équité, l’Hexagone sur la défensive opte parfois pour la tentation de se trouver un ennemi intérieur.
La Marche illustre avec force que les boucs émissaires, en construction depuis trente ans, nous ont caché les héritiers de Gandhi et de Luther King, alors et souvent depuis à l’oeuvre, là où ne porte pas notre regard. Le film reprend ce fil. Mediapart s’y est associé, en organisant une avant-première à Paris, au cinéma « Gaumont Opéra Capucines ». À l’issue de la projection, un être doux, têtu, ferme, timide et altier, Toumi Djaïdja, offrit la preuve immatérielle et pourtant palpable de cette réalité refusée : notre société démocratique gagnerait à se refonder sur de telles figures. Puisse cette petite vidéo de l’événement (ci-dessous) rendre compte de la commotion, politique et humaine, vécue ce dimanche 24 novembre au soir…

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