« Le racisme vaut bien une marche », Le Temps, 27 novembre 2013

Norbert Creutz Contre une France qui traîne les pieds, «La Marche» plaide pour une meilleure intégration des immigrés.

Avec un certain talent,Trente ans ont passé, mais qu’est-ce qui a changé en France sur le front des banlieues et de l’immigration? C’est ce que demande implicitement La Marche en retraçant l’histoire d’une certaine «Marche pour l’égalité et contre le racisme» qui fit grand bruit en 1983. Un épisode significatif et pourtant largement tombé dans l’oubli. Surprise, le Belge d’origine marocaine Nabil Ben Yadir (Les Barons, 2009) en a tiré un film tout à fait valable.

Tout commence dans le quartier des Minguettes, en banlieue lyonnaise, lorsqu’un groupe de quatre jeunes est victime d’un acte de violence policière. Avec le curé, trois d’entre eux décident alors de se lancer dans une grande marche inspirée par Martin Luther King et Gandhi: près de 1500 km, de Marseille à Paris, via Lyon. Les débuts ne sont guère encourageants. Mais malgré l’indifférence, la méfiance, voire l’hostilité de certains, l’initiative finit par rencontrer un certain écho. A son arrivée, en décembre 1983, la marche réunira plus de 100 000 personnes venues de tous horizons, donnant à la France son nouveau visage…

De Mitterrand à Hollande

Très correctement réalisé, le film saisit plutôt bien la dynamique de groupe et ses ratés, mêle habilement humour et propos social. Parmi la belle brochette d’acteurs engagés, les Belges Olivier Gourmet (en curé formidable) et Lubna Azabal (en immigrée enragée) se dégagent, tandis que Vincent Rottiers et Hafsia Herzi forment bientôt un joli couple mixte.

Par contre, d’une surveillance par les services secrets de Mitterrand à une amère récupération de l’initiative, les prolongements politico-médiatiques restent trop flous. Mais rien que pour l’idée de réunir/réconcilier Philippe Nahon (le boucher raciste de Carne de Gaspar Noé) et Jamel Debbouze, on est prêt à beaucoup pardonner à ce film.

Sur la Toile, le débat fait déjà rage: belle et utile évocation historique ou simplification abusive qui arrondit les angles, jusqu’à devenir de la vulgaire propagande socialo-bobo? François Hollande, lui, l’a déjà adopté lors d’une avant-première spéciale. Pour qui ne se souvient pas des faits et l’aborde sans a priori négatif, La Marche est plutôt une bonne surprise. Dans une France de plus en plus tentée par l’extrême droite, cette piqûre de rappel pour une société plus juste et métissée ne saurait faire de mal.

VV La Marche, de Nabil Ben Yadir (France/Belgique, 2013), avec Tewfik Jallab, Vincent Rottiers, M’Barek Belkouk, Nader Boussandel, Olivier Gourmet, Hafsia Herzi, Lubna Azabal, Charlotte Le Bon, Jamel Debbouze, Philippe Nahon. 2h00.

Source: ici

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