« Les Marcheurs luttaient contre le racisme, nous nous battions pour l’égalité dans les usines », Mediapart, 30 novembre 2013

Carine Fouteau

Paris – « Je me présente, je m’appelle Moubine Abdallah, je suis né le 1er janvier 1954 au Maroc dans la région d’Agadir. J’ai grandi dans la ville minière de Khouribga, la ville du phosphate, c’était une ville de grèves, de syndicats, de militantisme. J’ai vu les bagarres des mineurs étant jeune. » Celui qui parle est assis dans le bureau d’une petite maison de Gennevilliers, dans les Hauts-de-Seine, transformée en local de l’Association des travailleurs maghrébins de France (ATMF), dont il est l’un des responsables. Il a cet air malicieux des personnes généreuses.La Marche pour l’égalité et contre le racisme? Il y a participé en 1983. Pas comme Marcheur, mais comme aîné admiratif. Il n’a alors que 29 ans, mais il fait partie de la « génération d’avant » , celle des travailleurs, pas celle des enfants issus de l’immigration qui tiennent le mur dans les quartiers. « On les a vus partir de Marseille. Ils n’étaient que quelques-uns. À l’arrivée, à Paris, ils étaient des milliers. De notre côté, avec les copains, on a relayé, on a fait des réunions à la Bourse du travail, des débats avec le sociologue Saïd Bouamama, et on a participé à la manifestation du dernier jour à Montparnasse, c’était magnifique. »

Descendra-t-il dans la rue ces jours-ci pour commémorer l’événement? Il avait prévu de se rendre à la Marche du 7 décembre, organisée à l’appel d’une centaine d’associations dont l’ATMF, mais il sera parti au Maroc pour ses congés. Il hésite à rejoindre celle du 30 novembre initiée à la suite des propos racistes contre Christiane Taubira, le ministre de la justice. Il semble préférer les luttes à la mémoire des luttes. « J’irai voir le film La Marche en tout cas » , dit-il tout en glissant qu’il y apparaît comme figurant. Du gouvernement socialiste, il n’attend rien. « Ni espoir, ni illusion » , tranche-t-il. Son expérience ne l’incite pas à réagir autrement. Au début des années 1980, il fait partie des grévistes de l’automobile qui se sont vu reprocher par quelques ministres PS d’être instrumentalisés par les « islamistes » . Retour sur un parcours qui reflète les paradoxes et les tourments de l’histoire sociale de la France contemporaine. À l’approche de ses 60 ans, Abdallah Moubine n’en a pas fini du dur labeur. Il travaille de nuit à l’usine PSA de Saint-Ouen comme « agent logistique » . « Je m’occupe des bobines, de la réception, d’entrer et de sortir les bobines, je ravitaille les machines pour la découpe de la tôle. » Il est en préretraite, mais enchaîne les 21h20-6h30 du lundi soir au vendredi matin pour augmenter ses droits une fois qu’il aura tourné la page de l’emploi salarié. « J’ai déclaré 34000 euros sur treize mois » , indique-t-il. Il n’est pas du genre à se plaindre, mais, en tant qu’ouvrier syndicaliste, il sait ce qu’être exploité veut dire.Comme la plupart des immigrés, il se souvient de la date, au jour près, de son arrivée en France. « C’était le mardi 4 septembre 1973. Le mercredi, j’étais à la visite médicale à Javel, à Paris dans le XVe arrondissement, où il y avait la direction, et le jeudi j’étais au travail. Au lieu de passer le bac, je suis venu ici. » Il débarque avec un contrat en main. Son père, déjà sur place, lui a dégoté un poste chez Citroën, comme lui. « C’est moi qui ai eu envie de venir, précise-t-il. Mon père n’était pas chaud. Pour moi, la France, c’était l’égalité, la fraternité, le pays des droits de l’homme. C’était un pays où il faisait bon vivre. » Il commence par le bas, comme manoeuvre. À Saint-Ouen, il n’y a pas de chaînes de montage, mais des presses pour l’emboutissage. « Mon rôle se résumait à découper de la tôle pour faire des pièces pour l’automobile, j’accrochais, je décrochais, toute la journée, un point c’est tout. »

Dans un reportage sur France 3, Abdallah Moubine raconte ses premiers pas dans l’usine en 1973 (cliquer ici pour le visionner). En peu de temps, il passe de manoeuvre à magasinier. « C’était mieux, je devais préparer les commandes, ça demandait de connaître les pièces, les références, faire les entrées et les sorties de pièces, la réception. » Il est payé au lance-pierre ou à peu près. « Si je me rappelle bien, c’était 1200 francs la quinzaine. On recevait l’argent en espèces, en main propre. Le chef arrivait avec l’enveloppe et la fiche de paie, il fallait dire merci. » Il est muté à l’usine de la Porte de Paris à Saint-Denis, d’où étaient expédiées les 2CV démontées vers l’Iran, la Centrafrique et la Tunisie. « On les mettait dans des caisses en bois, on les envoyait en train jusqu’au Havre d’où ça partait en bateaux. On appelait cela les unités d’exportation. » Il y est resté jusqu’en 1980, année où il prend sa carte à la CGT. Le prétexte des relations rompues avec l’Iran est utilisé pour justifier la fermeture du site. Il revient à Saint-Ouen, comme cariste.La direction perçoit ses velléités organisationnelles. « Ils ne voulaient plus que je travaille comme magasinier, qui était un poste au contact des salariés, car ils ont senti que je commençais à faire du syndicalisme. Je me retrouve sur la piste à charger et décharger des camions avec un Fenwick, sans plus voir personne. » Début 1982, il devient représentant syndical CGT au comité d’entreprise. Au même moment, il participe aux réunions de l’ATMF et prend le micro à l’antenne d’une de ces radios libres, radio G, qui émettait depuis l’ancien commissariat de Gennevilliers. Ça ne plaît pas à ses supérieurs. Il est convoqué, menacé de licenciement, mais tient bon, sauf que les années suivantes il ne connaît ni promotion ni augmentation de salaire.

Son père l’avait prévenu. « « Tu vas voir, il m’avait dit, les patrons sont tous les mêmes, dans tous les pays ». Au bout de quelques mois, j’ai compris, que ce soit au Maroc, ici ou ailleurs, il faut revendiquer, il faut militer, il ne faut pas rester les bras croisés. » Toute sa vie, il met ce précepte à exécution. Dès 1975, il prend part au blocage de Chausson, viennent ensuite les grèves des foyers Sonacotra et de l’automobile. Les OS immigrés, qui sont majoritaires dans la plupart des usines de la région parisienne, sont en première ligne. Après des décennies de soumission et d’invisibilité, ce mouvement de contestation constitue leur apparition dans l’espace public. Ils imposent leur parole, leur revendication, ils deviennent des sujets politiques. Abdallah Moubine s’en souvient comme si c’était hier. En février 1982, devant Aulnay, sur le parking, face à 3000 personnes, il s’empare du microphone. Il se retrouve quelques semaines plus tard à bloquer Saint-Ouen, Asnières et Levallois. « J’ai couché plusieurs nuits là-bas devant l’usine » , se rappelle-t-il.En 1983, c’est le tour de Poissy. Il est présent le jour où la direction et le syndicat maison – la CSL (confédération des syndicats libres) – crient « les Arabes au four, les Arabes à la Seine » . Ces insultes racistes font l’effet d’une bombe. « Ils nous ont bloqué dans un atelier, le bâtiment 3 ou 5 je ne me souviens plus, il a fallu le renfort des copains pour qu’ils nous laissent sortir. C’est là qu’il y a eu cette fameuse déclaration de Pierre Mauroy disant que les grévistes étaient dirigés, manipulés par les islamistes. » Pierre Mauroy, premier ministre, n’est pas seul: Gaston Deferre, ministre de l’intérieur, et Jean Auroux, ministre du travail, lui emboîtent le pas (lire les déclarations de l’époque sous l’onglet Prolonger). Égalité salariale, respect de la dignité, liberté syndicale, refus de la corruption et de l’arbitraire de la hiérarchie, fin des propos racistes: la liste des revendications est longue (les consulter sous l’onglet Prolonger). L’une d’entre elles passe mal auprès du gouvernement PS: les grévistes, pour la plupart musulmans, demandent une salle de prière. Y compris à la CGT, cette demande est vue de travers. « En ce temps-là, j’allais régulièrement à Montreuil (où se trouve le siège de la confédération). Le secrétaire des métallos s’appelait André Sainjon, c’était un socialiste. Il était bien habillé, je l’appelais monsieur le ministre. Lui, par exemple, ne comprenait pas cette revendication. »

Se décrivant comme « croyant non pratiquant » , Abdallah Moubine rejette les accusations d’instrumentalisation. « Il n’y avait pas d’islamistes dans les ateliers, c’est faux. J’ai tout de suite compris que c’était une tactique pour diviser les salariés et pour casser le lien qui se faisait entre les Renault, les Simca et les Citroën. » « Ils nous considéraient comme des moins que rien » Question sociale et question raciale se mêlent et ne se démêleront plus. Le climat du début des années 1980 à l’égard des étrangers et en particulier des Maghrébins est d’une rare violence. Des meurtres ont lieu en pleine rue. Le Front national, jusqu’alors marginal, remporte ses premières victoires électorales comme à Dreux. « Je me rappelle l’affaire de Toufik, le jeune de La Courneuve, abattu par un voisin. Ça nous a secoués, ça nous a inquiétés pour l’avenir de nos enfants. Je venais de me marier. Et je me suis dit que si des gens étaient capables de prendre leur carabine pour tuer des petits, on avait un problème. » Ce basculement, il le lie aux licenciements massifs et à la montée du chômage. « Avec la crise, les citoyens ont commencé à ne plus avoir confiance dans l’avenir. Certains se sont accrochés au vocabulaire de haine et de mensonge que faisait circuler le FN. » Dans le discours politico-médiatique, les immigrés deviennent un « problème » . « Tant qu’on était invisibles, qu’on vivait dans les taudis, qu’on occupait les emplois pénibles dans l’automobile et la construction, ça allait. Mais quand ils ont vu nos enfants grandir et revendiquer comme tout le monde, c’est là que ça a commencé à déraper. Avec le regroupement familial, ils ne nous ont plus vus comme des ouvriers prêts à se relever les manches, mais comme des gars qui faisaient venir leurs femmes qui ne pouvaient pas s’intégrer et leurs enfants en échec scolaire. » « C’est là que le regard a changé » , observe-t-il.Dans l’usine, il se fait traiter de « rouge » , mais aussi de « sale Arabe » . « Ils disaient cela pour nous humilier. On le voyait dans leur manière de s’adresser à nous qu’ils étaient racistes, ils nous considéraient comme des moins que rien, comme des ouvriers de seconde classe. La pression était constante, ils n’avaient aucun respect. » Les préjugés sont principalement le fait des chefs d’équipe. « Une majorité d’entre eux était d’anciens parachutistes d’Algérie et du Maroc. C’étaient des militaires, d’anciens colons, ils parlaient un peu arabe, ils connaissaient un peu le monde arabe, ils avaient vécu un peu là-bas, ils nous disaient: « Ah je connais ton pays, vous marchez pieds nus, vous n’avez même pas d’électricité, les fatmas ceci, les fatmas cela. » Ils ne ratent aucune occasion, les moqueries s’infiltrent partout. « À la cantine, on te parle de cochon; si tu ne bois pas le Ricard, tu es mal perçu; pendant le ramadan, on te provoque, on te dit: « Allez, viens manger »; lors de la fête de l’Aïd, on te reproche d’égorger les moutons, des choses comme ça, tout le temps, c’est usant. »

La Marche de 1983, dans ce contexte, est vécue comme une prise de relais. « Ces jeunes étaient nés en France. À la différence de nous, ils n’avaient pas de travail. Leurs revendications portaient davantage sur les questions d’intégration. Leur souffle nous a encouragés. On les voyait comme nos enfants. Les Marcheurs luttaient contre le racisme, nous nous battions pour l’égalité dans les usines. » Trente ans plus tard, il estime que les attaques racistes sont moins frontales, mais qu’elles n’ont pas disparu pour autant. « À l’usine, ils ne disent plus « sale Arabe », mais ils appellent les Maghrébins un par un pour leur proposer la préretraite, alors que cela devrait être une démarche personnelle. Ils veulent se débarrasser de nous. » Les discriminations persistent. L’avenir de ses quatre filles l’inquiète. « L’aînée a trouvé un boulot à la SNCF, c’est bien, mais elle me dit que les jeunes comme elle sont maltraités à la gare du Nord, qu’ils sont mal payés, que les mauvais boulots sont pour eux, pas pour les autres. Quand elle a été en fac, j’ai compris. Les grandes écoles, ce n’est pas pour nous. Ma fille de 14 ans est en 3e. Je viens de déposer sa demande de nationalité. Elle n’arrête pas de me dire qu’elle en a assez qu’on la considère comme une immigrée. » Il ne baisse pas les bras, mais peine à cacher son pessimisme. « On sait bien qu’on n’y arrivera pas. Mes filles, pour elles, le Maroc, c’est la plage. Mais la France est-elle leur pays? À l’Assemblée nationale, au Sénat, au gouvernement, à la tête des entreprises, il n’y a ni Maghrébins, ni Africains. Ou alors, quand il y en a, ce sont des figurants. » Lui-même se sent pris en étau. « D’un côté, je suis toujours perçu comme un étranger par les Français d’ici. Que je pratique ou pas, que je boive ou pas, que je mange du cochon ou pas, c’est pareil, je ne serai jamais vraiment l’un des leurs. De l’autre, il y a la pression de l’entourage. Une de mes filles m’a demandé pourquoi je ne faisais pas la prière. À l’usine, maintenant, si tu bois un verre, tu es mal vu. Une fois de temps en temps, je ne suis pas contre prendre un verre de rouge ou un Ricard. Je le fais avec les copains français, pas avec les musulmans. Avant, je ne faisais pas le ramadan. On était une quarantaine de Maghrébins à ne pas le faire, on allait au self à l’usine, ça passait sans problème. Maintenant, ce ne serait plus possible. » « Je me sens coincé » , résume-t-il.Son désarroi, il l’estime en partie dû au manque de considération persistant des responsables politiques. « Tout ce qui a été obtenu, l’a été à la suite de nos combats » , dit-il énumérant les avancées, notamment salariales, arrachées après les grèves du début des années 1980 et la carte de séjour de dix ans dans le sillage de la Marche. Un exemple lui vient instantanément en tête pour illustrer le « manque de courage » de l’actuel gouvernement: la promesse d’accorder le droit de vote aux étrangers, sans cesse reportée.

Boîte noire

Merci aux sociologues Abdellali Hajjat et Vincent Gay de m’avoir menée jusqu’à Abdallah Moubine. L’entretien a eu lieu à Gennevilliers le 25 novembre 2013.

Prolonger votre lecture

Les déclarations politiques:

Le chercheur Vincent Gay les répertorie dans son mémoire de sociologie intitulé « De la dignité à l’invisibilité – Les OS immigrés dans les grèves de Citroën et Talbot 1982-1984 » soutenu à l’EHESS le 5 septembre 2011. Voici quelques éléments repris dans la revue Contretemps: « Pierre Mauroy, Premier ministre, et Gaston Deferre, expliquent ainsi les grèves par la présence d’intégristes parmi les ouvriers ; Jean Auroux, ministre du Travail, multiplie les propos à ce sujet: « S’il est prouvé que des influences extérieures d’inspiration religieuse ou politique ont pesé sur le comportement des immigrés en grève […] alors le gouvernement prendra ses responsabilités et en premier lieu le ministère du travail. Nous ne tolérerons pas que ces attitudes compromettent la réussite des entreprises en agissant contre l’intérêt national. » « Il y a, à l’évidence une donnée religieuse et intégriste dans les conflits que nous avons rencontrés, ce qui leur donne une tournure qui n’est pas exclusivement syndicale. » « Lorsque des ouvriers prêtent serment sur le Coran dans un mouvement syndical, il y a des données qui sont extra-syndicales […]. Un certain nombre de gens sont intéressés à la déstabilisation politique ou sociale de notre pays parce que nous représentons trop de choses en matière de liberté et de pluralisme. »

Les revendications:

Manifeste des OS d’Aulnay, rédigé par des syndicalistes CGT sur la base des témoignages de salariés (extraits):

Nous sommes OS à l’usine Citroën d’Aulnay-sous-Bois. Nous y subissons depuis des années le poids d’une véritable chape de plomb.
L’usine d’Aulnay, c’est l’usine de la peur. […]
Aujourd’hui, forts de notre grève, nous proclamons :
Le système de répression Citroën : c’est fini.
La terreur : c’est fini.
Les barrières entre travailleurs : c’est fini.
-Fini le quadrillage de l’usine par les mouchards pour mieux réprimer les travailleurs, et pour faire passer la politique de la direction;
-Fini la hiérarchie parallèle, doublant la maîtrise et les techniciens (affectation à des postes productifs) ;
-Fini les agents de secteurs qui balancent avertissements et lettres à domicile, sans motifs valables ;
-Fini les cadeaux au « chef-interprète », fini le pastis au chef… pour obtenir ainsi : une promotion, un congé pour enfant malade, etc. ;
-Fini les insultes racistes ;
-fini la médecine maison, les pressions par les agents de secteurs, pour reprise du travail avant guérison – ou pour décider à la place de la médecine du Travail de la gravité d’un accident, ou pour nous garder plusieurs jours à l’infirmerie.
Nous ne supporterons plus d’être traités en esclaves.
Nous voulons tout simplement avoir les mêmes droits que tous les travailleurs :
-le respect de la dignité ;
-la liberté de parler avec qui nous voulons ;
-de prendre la carte du syndicat de notre choix ;
-de voter librement.
Nous voulons
-choisir l’interprète de notre choix […] ;
-qu’on nous reconnaissance le droit de pensée et de religion différentes […] ;
-des élections libres […] ;
-voter comme tous les autres travailleurs de ce pays […]
Chez Citroën, la liberté et les droits de l’homme doivent triompher.

Source: ici

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