La montée de la «Marche», Next.liberation.fr, 26 novembre 2013

CINÉMA Bornes. Retour en 1983 quand la France antiraciste défilait.

Tout le monde connaît le début de l’histoire. Le 10 mai 1981, sur le coup de 20 heures, François Mitterrand est élu président de la République française. La gauche revient au pouvoir vingt-trois ans après. Un souffle nouveau envahit le pays. L’état de grâce dure un petit semestre. Un peu moins dans la banlieue lyonnaise (Vénissieux, Rillieux-la-Pape, Bron) où des gamins, lassés d’un racisme honteux, d’être exclus de tout ce qui compte, mettent le feu aux bagnoles et se fritent avec le pouvoir. Une époque où un jeune peut perdre la vie ; coupable d’arborer les mauvaises couleurs. Les enquêtes ne vont jamais bien loin, et ça finit par se voir. La tension monte. Eté 83, des affrontements éclatent (encore) aux Minguettes, à Vénissieux, entre jeunes des barres et policiers. Toumi Djaïdja tombe sous les balles. Il se relèvera. Sous l’impulsion du curé Christian Delorme, ils décident de marquer le coup. Ils traversent la France pour demander l’égalité. Trente ans plus tard,on ne lésine pas pour ressusciter l’histoire. Documentaires, bouquins, débats…

Le Belge Nabil ben Yadir a décidé d’en faire un film, la Marche. Le casting a de la gueule. Après Né quelque part, Tewfik Jallab confirme. Oliver Gourmet assure, et Jamel Debbouze laisse de la lumière à ses camarades. Le film raconte toute l’épopée, longue de 1 500 bornes. Des débuts compliqués, ponctués de toutes sortes de péripéties, une quinzaine de personnes à Marseille le 15 octobre. A l’arrivée triomphale, plus de 100 000 manifestants à Paris le 3 décembre. Les images de l’INA donnent de l’ampleur. Comme cette jeune fille à la tête d’ange qui balance : «On ne demande pas la Lune, on veut seulement vivre.» La réalité est tellement consistante que les ajouts fictionnels surchargent un peu le propos. La croix gammée tatouée par des fachos sur le dos de Monia (Hafsia Herzi) intrigue et n’apporte rien. Idem lorsque Claire (Charlotte Le Bon) est victime d’une tentative de viol. Par contre, la musique, les fringues colorées ajoutent du charme à cette France des années 80.

A l’écran, la Marche dure deux heures. Le format idoine. Mais on aurait aimé que Nabil ben Yadir nous montre aussi l’after. La récup politicarde de la gauche réformiste, qui a permis l’accouchement de SOS Racisme, cette usine à futurs bureaucrates. La Marche pour l’égalité a été pillée, victime de sa réussite, de sa force vitale et de sa fraîcheur. Depuis, les politiques se succèdent, et les promesses s’empilent. En vain. Elle a tout de même changé des choses. Montré au pays le visage d’une jeunesse qu’elle refusait de voir. Aujourd’hui, ce pays, notre pays, sait que cette jeunesses existe. Mais de là à la comprendre…

Rachid LAÏRECHE

Source

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s