« Marche pour l’égalité : Pour ne pas marcher à côté de la plaque commémorative… », Med’in Marseille, 4 décembre 2013

Voici qui étaient les véritables marcheurs pour l’égalité et contre le racisme de 1983 !
 
Nous poursuivons notre série de question à Marilaure Mahé à qui nous avons demandé : Qui étaient les marcheurs ? En effet on marche un peu sur la tête en ce moment et tout le monde se revendique marcheur. Certes des milliers de personnes ont participé à la marche finale à Paris, mais il faut quand même, devoir de mémoire oblige, savoir nominativement ceux qu’on a appellé les marcheurs permanents, qui sont en fait les vrais marcheurs pour l’égalité et contre le racisme. En efffet trop d’usurpateurs se présentent sans honte à la télévision ou dans la presse en se revendiquant marcheur alors qu’ils ou elles ne le sont pas. Il va de soit que les organisateurs ou ceux tous les soutiens font partie de l’histoire, mais certains n’ont aucun scrupule à se servir de l’histoire de la marche tout en évinçant ses acteurs principaux ! Cela ne veut pas dire que les organisateurs ou les soutiens n’ont pas été importants bien au contraire, mais tant qu’à transmettre l’histoire, autant être le plus juste possible sinon ont risque de marcher à côté de la plaque commémortative de cette histoire !

 

Med in Marseille : Marilaure pouvez-vous nous préciser qui étaient les marcheurs ?

Partant de Marseille, il y avait Toumi Djaidja, Djamel Atallah, Farouk Sekkai, Farid Lazhar, Farid Arar, Patrick Henry, Brahim Rezazga, Abdelsatar dit Amstar Jebali et Kheira Rahmani des Minguettes. Les quatre premiers étaient membres de l’association SOS avenir Minguettes créée au printemps 1983.

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Toumi Djaidja, initiateur de la Marche pour l’Egalité. ©Med In Marseille – AN

Ensuite venaient le prêtre Chrisitan Delorme et le pasteur Jean Costil, tous deux membres de la CIMADE. Puis, Fatima Mehallel de Villeurbane, et Elysabth Danière de Lyon. Il y avait aussi Didier Platon de la communauté Lanza del Vasto, le Père René de saint Dizier, le saisonnier Daniel Degaugue, enfin Cécile Durand et moi-même qui entrions dans notre deuxième année de formation d’éducatrice. Mais dès le lendemain, on rencontra Bouzid Kara et Tahar de Aix qui nous rejoignirent quelques jours plus tard, tous deux étaient de familles harkis qui avaient connu les camps. Ensuite entre Valence et Lyon, le groupe s’agrandit avec Nacéra Dellal, Taoues, Malika Boumédiene de Annoney, Bondjéma, Abed Touil et Youcef Sekim de firminy, Farid L’Haoua de Vienne puis Arbi Rezgui et Ahcène Belaïdouni de Villefranche.

Nous arrêtâmes notre groupe là, intégrant juste un dernier marcheur à Besançon : Abdou, un étudiant marocain. Il y eut aussi quelques autres personnes qui firent quelques étapes avec nous. Thierry, le cousin de Christian et sa femme, un couple d’une ville de l’ouest de la France, une infirmière, deux jeunes des Minguettes qui nous rejoignirent pour les deux dernières semaines, une jeune fille de Lille la dernière semaine.

Aucun des jeunes des Minguettes n’avait fait d’études, la plupart étaient au chômage. Mais ils avaient appris depuis le printemps l’efficacité de la non violence. Depuis longtemps, ils connaissaient un traitement médiatique stigmatisant et depuis avril ils avaient expérimenté des formes pacifiques de lutte : une grève de la fin victorieuse, la création de SOS avenir Minguettes qui avait fait de son président un interlocuteur reconnu, ils avaient connu le soutien d’un groupe d’intellectuels et face à une nouvelle agression policière début juin sur le quartier, ils avaient négocié et été entendus. Puis il y eut la balle qui atteint Toumi au ventre et sa décision de mener une marche pacifique à travers la France pour stopper la surenchère de la violence. Cela, plus la rencontre des militants pacifistes du plateau du Larzac et la visite de Mittérend aux Minguettes c’est ce qu’avaient vécu les jeunes de Vénissieux.

Les autres jeunes comme Bouzid, Tahar, Abed, Youssef, Arbi, Hassène, Farid avaient de 18 à 25 ans et à part ce dernier ils avaient tous arrêtés l’école assez tôt.

Il y avait des hommes de foi et de spiritualité, les pères Christian Delorme et René Pelletier, le pasteur jean Costil et Didier Platon de la communauté Lanza del Vasto.

Chez les jeunes filles il y avait Fatima de Villeurbanne qui sut par le cousin de Christian Delorme que des jeunes traverseraient la France à pied. Elle est descendue à Marseille le premier jour, puis est remontée à Lyon où elle travaillait pour reprendre la marche 15 jours après. Kheyra des Minguettes était elle aussi à Marseille, puis est rentrée à Lyon avant de reprendre la marche avec le groupe.

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Photo exceptionnelle d’Amadou Gaye (©), Photographe de toute la Marche. Ici l’étape de Strasbourg, de gauche à droite : Fatima Mehallel avec son joli chapeau, puis les « flamboyantes » Cécile, Marilaure (au milieu) et enfin Malika Boumédiene qui préférait les bouclettes en 1983.

Il y avait Elisabeth Danière de Lyon, qui travaillait pour un hebdomadaire où elle envoyait régulièrement ses papiers et Colette Boudeau de Chambéry, toutes deux au départ de la marche.

Cécile Durand et moi-même sommes arrivées le 15 à Marseille et avons rejoint le groupe qui venait de faire ses premiers kilomètres dans Marseille intra muros. Je pense que nous étions toutes les quatre bachelières, nous dirigeant vers des études supérieures.

Les autres jeunes femmes arrivèrent à partir de Valence, je ne saurais pas dire si elles avaient ou non fini leurs études secondaires. Ce n’est pas des choses dont nous parlions. Mais tous et toutes étions néophytes sur le plan politique. Personne ne connaissait vraiment la vie politique, que ce soit les institutions, les partis politiques, les syndicats, mêmes les associations de soutien – à part ceux qui étaient de la CIMADE et Farid Lhaoua de militant d’une ASTI – nous les ignorions.

Nous étions jeunes, c’était notre premier point commun. Le deuxième était, pour les garçons surtout, celui de vivre la discrimination au quotidien.

Nous pensions tous la même chose, nous avions tous la même révolte par rapport au racisme et aux discriminations, mais on ne les exprimait pas de la même façon, certains exprimaient leur colère et leur rage sur un mode émotionnel, d’autres sur un mode plus distant selon le vécu, les blessures qui faisaient encore mal. Mais nous avons tous fait l’expérience qu’outre le moyen de nous déplacer pour délivrer un message, la marche permettait aussi de nous apaiser.

Nous étions des jeunes en révolte contre l’injustice, l’injustice qui nous frappait personnellement, ou bien frappait des proches, ou bien ceux que nous considérions comme nos semblables. Nos jeux, nos aspirations, nos désirs étaient ceux de notre génération. Notre langage était-il différent au départ ? En tout cas, il est vite devenu commun. Nos rires et nos complicités ne s’encombraient pas de savoir qui était français, qui était algérien, si le père de l’un était harki ou militant FLN. Nous ne parlions que de ce qui nous unissait.

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