« 30 ans de la Marche pour l’égalité et contre le racisme », Université populaire et citoyenne, Roubaix, 20 novembre 2013

En passant

30 ans de la Marche pour l’égalité et contre le racisme

le mercredi 20 novembre 2013 de 19h30 à 23h00
La Marche, avant-première
Le Duplexe 47, Grande rue – Roubaix
Avant-première du film de Nabil Ben Yadir, en présence du réalisateur et des comédiens Jamel Debbouze, M’Barek Belkouk et Lubna Azabal


le jeudi 21 novembre 2013 de 14h00 à 17h00
Caravane de la mémoire AC LE FEU
A déterminer Exposition, débat, projection, librairie… Les militants du collectif AC LE FEU viennent à la rencontre des jeunes Roubaisiens


le jeudi 21 novembre 2013 de 19h00 à 21h30
Conférence-débat 30 ans de la Marche
Ecole Nationale de la Protection Judiciaire de la Jeunesse (ENPJJ) 16, rue du Curoir – Roubaix
Conférence-débat avec Mogniss H. Abdallah et Mohamed Mechmache. Entrée libre


le vendredi 22 novembre 2013 de 09h00 à 12h00
30 ans après la Marche, où en est-on des discriminations dans la ville ?
Ecole Nationale de la Protection Judiciaire de la Jeunesse (ENPJJ) 16, rue du Curoir – Roubaix
Atelier-citoyen, sur inscription à contact@upc-roubaix.org ou 03 20 82 23 96

30 ans de la marche, du 17 au 22 novembre à Roubaix : une avant-première, une conférence-débat, un atelier citoyen, mais aussi une journée spéciale sur Pastel FM et la Caravane de la mémoire d’AC LE FEU.

1983 : La marche pour l’égalité dans le Nord Pas-de-Calais 2013 : Où en est-on de la lutte contre le racisme et les discriminations ? Quelles nouvelles formes de mobilisation pour changer les quartiers ?

1981, la Gauche a enfin pris le pouvoir… Pourtant, durant l’été 1983, les heurts entre jeunes des quartiers populaires et forces de l’ordre dans les banlieues lyonnaises défraient la chronique. En septembre, le FN allié au RPR remporte les municipales de Dreux. Le premier Ministre socialiste qualifie de « chiites » les mouvements de grève chez Talbot et Citroën entre 1982 et 1984. Sur la même période, comme depuis la fin de la guerre d’Algérie, crimes racistes et bavures policières se multiplient et restent souvent impunis.

A l’automne 1983, l’idée d’une marche pacifique, à l’image des démonstrations organisées par Martin Luther King et Gandhi, voit le jour dans le milieu associatif. Le 15 octobre, 32 marcheurs quittent Marseille. Ils seront 100 000 à Paris le 3 décembre.

Reçus à l’Elysée par François Mitterrand, les marcheurs obtiennent la carte de séjour de dix ans. Leurs autres revendications, comme le droit de vote pour les étrangers, seront ignorées. Elles le sont toujours.

Après une deuxième marche en 1984, les dissensions au sein des associations et le soutien du gouvernement à des organisations comme SOS Racisme mettront fin à ce grand mouvement de protestation citoyenne, jamais égalé depuis en France.

Une autre conséquence de la marche fut tout de même la naissance de la politique de la ville. Aujourd’hui, après trente ans de grands travaux et d’investissements dans le bâti, une redéfinition de ces politiques se dessine qui donnerait la priorité aux habitants. L’occasion de retrouver des formes de mobilisation citoyenne ?

Le projet : A travers une série de projections, de rencontres-débats, d’actions culturelles et de diffusions radiophoniques, nous souhaitons retracer l’histoire de la marche pour l’égalité et la mettre en perspective avec les enjeux contemporains. Un point particulier sera porté sur le passage de la marche dans la région, à Roubaix ou Libercourt par exemple : Qui étaient ces marcheurs ? Qui les a accueillis ? Trente ans plus tard, quel regard marcheurs et accompagnateurs portent-ils sur les discriminations ?

Téléchargez le programme complet :

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Source: UPC Roubaix

Fériel Alouti, « L’histoire oubliée de la marche pour l’Egalité », Med’in Marseille, 29 octobre 2013

Trente ans après la marche pour l’Egalité et contre le racisme, partie le 15 octobre 1983 de Marseille et arrivée le 3 décembre à Paris, peu de Français se souviennent encore de ce long périple, lancé par des enfants d’immigrés qui revendiquaient l’égalité des droits et voulaient en finir avec les crimes racistes. Malgré l’intérêt des médias de l’époque et l’engouement suscité par la marche qui a rassemblé près de 100 000 personnes dans les rues de la capitale, la société française a vite oublié cet événement.

Selon Yvan Gastaut, historien et maître de conférence à l’université de Nice, la plupart de ses étudiants ignorent l’existence de la marche de 1983. Rien d’étonnant à cela puisque, comme il l’indique, son « histoire de la marche n’a jamais été écrite ». Jamais inscrite dans l’histoire de France, oubliée des manuels scolaires et des professeurs, il y a, depuis 1983, comme une amnésie générale.

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Marilaure Mahé en 2003 au 20 ans de la Marche à Marseille. © Med In Marseille/Ahmed Nadjar

Seuls les militants de gauche et ceux qui y ont participé se souviennent encore de cet événement, pourtant majeur dans l’histoire de l’immigration française. « La marche a été oubliée car les acteurs sont tous repartis chez eux dans l’anonymat le plus complet, certains dès le lendemain », se souvient Marilaure Mahé, marcheuse permanente.

Pour les dix ans, une dizaine de marcheurs se sont rassemblés à Lyon, à l’initiative d’un journaliste de Libération, le temps d’un dîner. « C’était pour faire vivre la mémoire mais j’avais un sentiment de tristesse, les marcheurs avec qui j’avais vraiment tissé des liens n’étaient pas là », explique Marilaure Mahé. Pour Zoubida Menguenni , soutien actif à la Marche de 1983, la responsabilité de cet oubli revient aussi à ceux qui y ont participé. « On n’a pas transmis le souvenir de cette marche à nos enfants peut-être parce qu’on l’a vécue comme un échec mais aujourd’hui, il ne faut plus qu’elle passe inaperçu », dit-elle. Effectivement, les principaux acteurs, déçus par la gauche qui leur a vite fermé ses portes, se sont vite tus et repliés sur le local.

La déferlante SOS Racisme

Selon Saïd Boukenouche, fondateur de Radio Gazelle, « il y a eu une volonté de la part des partis politiques et des gouvernements de faire disparaître l’histoire de la Marche ».

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18-10-2013 Caravane Marche d’AC le Feu. De gauche à droite : L’animatrice, le réalisateur Mogniss Abdalah et Saïd Boukenouche. © Med’in Marseille

L’ancien militant rappelle ainsi la création, en 1984, de l’association SOS Racisme qu’il compare à une « bataille de missiles » pour « faire couler la Marche ». Au lendemain de l’événement, c’est effectivement SOS Racisme, créée par des militants socialistes rassemblés autour de Julien Dray et Harlem Désir avec le soutien de l’Elysée, qui récupère habilement la mise médiatique et politique et s’approprie ainsi la Marche. A l’époque, le Parti socialiste, méfiant à l’égard des militants issus des banlieues, a préféré soutenir cette association, considérée comme plus présentable quand le Front national a commencé à remporter ses premiers succès électoraux.

« Ces militants ont créé l’association pour gagner du poids au sein du PS », assure le sociologue Abdellali Hajjat, auteur de La marche pour l’égalité et contre le racisme . Une stratégie qui semble avoir fonctionné puisque Harlem Désir est aujourd’hui Secrétaire général du PS. Résultat, trente ans plus tard, l’opinion publique a du mal à faire la distinction entre la marche de 1983 et SOS Racisme. « Contrairement aux marcheurs, SOS Racisme s’est beaucoup intéressé aux médias », indique Yvan Gastaut. Même les plus apolitiques connaissent ainsi le fameux slogan « Touche pas à mon pote ».

Incapable de signer un chèque en blanc

Mais la commémoration des trente ans pourrait changer la donne et faire entrer la Marche dans l’histoire de France. Une multitude d’initiatives célèbrent cet anniversaire. Des conférences sont organisées dans toute la France, plusieurs livres sont publiés et un film grand public, La Marche de Nabil Ben Yadir avec Olivier Gourmet et Djamel Debbouze, sort le 27 novembre dans 500 salles. Ce premier long métrage autour de l’événement à être soutenu par l’industrie du cinéma (EuropaCorp, fondé par Luc Besson, produit et distribue le film) pourrait ainsi, comme ce fut le cas avec le film Indigène, créer un débat et refaire émerger la question de la Marche.

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Toumi entouré des acteurs du film « La Marche » et du réalisateur Nabil Ben Yadir. Med’In Marseille tous droits réservés.

De nombreuses associations et collectifs se sont montés pour rappeler cet événement. Il y a quelques jours, le collectif AC LeFeu, soutenu par la Fondation Abbé Pierre, a lancé une « caravane de la mémoire » qui a sillonné des villes, telles que Marseille, pour soutenir les nouvelles formes d’engagements dans les quartiers populaires et pousser les jeunes à s’inscrire sur les listes électorales. Au total, 450 000 euros ont été débloqués par le gouvernement pour financer 70 actions commémoratives. Un engagement pris lors du comité interministériel des villes qui s’est tenu en février dernier. Un plan de 27 décisions avait été arrêté pour « intégrer dans les politiques publique les spécificités des banlieues ». La dernière proposait de « conduire un travail de mémoire collective dans les quartiers prioritaires » et notamment «  soutenir les initiatives engagées à l’occasion de 30e anniversaire de la marche de l’Egalité ».

François Lamy ministre de la Ville a d’ailleurs déclaré dans Le Monde vouloir « rendre hommage à un temps fort d’initiative citoyenne qui doit s’intégrer dans l’histoire de France » et a reconnu qu’il « serait utile d’avoir une parole forte sur cet événement fondateur qui a réveillé la société française ». Après un long silence de la part des gouvernements successifs sur la situation des quartiers populaires, le ministre a tenu à se rendre le 14 octobre dernier dans celui des Minguettes à Vénissieux, dans la banlieue lyonnaise. L’objectif était d’aller à la rencontre des anciens membres de l’association SOS Avenir Minguettes, organisatrice de la marche de 1983. Mais Toumi Djaidja, initiateur de la marche et président de l’association, a refusé de recevoir le ministre. Dans un communiqué, l’ancien militant s’est dit incapable de « cautionner l’inaction politique en signant un chèque en blanc au gouvernement ». « Si certains cherchent à capter l’héritage sympathie suscité par la Marche à travers cette commémoration, cela ne peut se faire à moindre frais. (…) Beaucoup d’entre nous vivent dans des conditions inadmissibles, laissés non pas sur le bas-côté de la route mais dans le fossé des inégalités », a-t-il écrit. Comme quoi, certains n’ont pas la mémoire courte.

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Toumi Djaidja, initiateur de la Marche pour l’Egalité. ©Med In Marseille – AN

« La Marche pour l’égalité et contre le racisme: 30 ans après », Nantes, 25-30 novembre 2013

En passant

« La Marche pour l’égalité et contre le racisme: 30 ans après »

Du 25 au 30 Novembre 2013

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L’initiative de la Marche pour l’égalité et contre le racisme de 1983 naît en raison de l’enchaînement des meurtres à caractères racistes, et du maintien des classes populaires et immigrées dans des conditions de vie déplorables.
Trente ans après, le Centre Interculturel de Documentation (C.I.D) – Origi’Nantes souhaite revenir sur les différentes transformations fondamentales qui se sont opérées au sein de la société française entre 1983 et 2013.
Dans ce cadre, le C.I.D – Origi’Nantes propose de participer aux différentes rencontres (expos, ciné-débat, conférences, rencontres littéraires) qui rythmeront la semaine du 25 au 30 Novembre 2013. L’occasion de rencontrer, de partager et d’échanger autour de questions fédératrices.

Au programme:

Préambule le Jeudi 21 Novembre 2013 – Avant première du film « La Marche« 

Avant première du film « La Marche » réalisé par Nabil Ben Yadir avec notamment Jamel Debbouze (Projection en présence de l’équipe du film)

Lundi 25 novembre 2013 – Inauguration

Ouverture de la manifestation et vernissage de exposition « Traits d’unions » sur l’identité par Thierry Mezerette et Yass Griff. Au Centre Interculturel de Documentation.

Mercredi 27 Novembre 2013 – Rencontre

Rencontre en partenariat avec l’association Ambition Jeunesse avec la Marcheuse Marie Laure Mahé qui témoignera du fait historique qu’est la Marche pour l’égalité et contre le racisme. Salle Jean Moulin à Malakoff.

Jeudi 28 novembre 2013

Journée d’étude «La marche pour l’égalité et contre le racisme: 30 ans après» à l’Espace Port Beaulieu.

Programme à télécharger ici.

Vendredi 29 novembre 2013 – Soirée festive à Stéréolux

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Soirée festive « Origi’Night » en collaboration avec Le Ré-Zo’ à Stereolux avec notamment un concert de l’ Orchestre National de Barbès.

Samedi 30 novembre 2013 – Caravane de l’égalité

Caravane de l’égalité avec Mohammed Mechmache président de l’association ACLEFEU au quartier Nord.

Plus d’informations à venir sur le site. En attendant, rejoignez nous sur:

Facebook: https://www.facebook.com/CentreInterculturelDeDocumentation

Twitter: https://twitter.com/Originantes

L’événement: http://bit.ly/LaMarche30AnsApres

Source: CID

« La marche pour l’égalité et contre le racisme: qu’en reste t-il ? », Montpellier, 22-24 novembre 2013

En passant

Dans l’idée  de commémorer le  « 30 ème anniversaire de La  Marche pour l’Egalité et contre le Racisme », l’association KAINA TV a mis en place un événement sur le quartier de Montpellier- Mosson.
Les 22 23 et 24 novembre 2013, l’association s’est donnée pour objectif de changer le regard sur l’immigration, de transmettre et partager une histoire commune : un événement majeur qui a secoué toute la société française, lui mettant sous les yeux la présence de milliers de jeunes issus de l’immigration qui demandaient à être reconnus. Ils ont marché pendant 6 semaines pour dénoncer le racisme, réclamer une France multiculturelle et obtenir l’Egalité des droits pour les immigrés et leurs enfants.

Cette manifestation rassemblera un ensemble de personnalités politiques, de chercheurs, d’artistes, de militants associatifs et de citoyens de tout âge, autour de rencontres-débats, tables rondes, projections, expositions, spectacles vivants … l’objectif étant de donner l’envie aux plus jeunes comme aux plus anciens d’aller à la rencontre de leur histoire et de connaitre les luttes issues des quartiers populaires.

En espérant vous compter nombreux parmi nous.
N hésitez pas à diffuser l’information à l ensemble de votre réseau

Affiche et programme à télécharger:

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Pour tout renseignement :
lamarche.kainatv[at]gmail.com
Tel 04 67 56 30 54

Source: KAINA TV

Hadjila Moualek, « La Marche du siècle », Bondy Blog, 19 octobre 2013

LA MARCHE. Initiée par le collectif ACLFEU pour raconter l’histoire des mobilisations citoyennes dans les quartiers en 1983, la caravane de la mémoire a commencé son tour de France. Elle était vendredi à Marseille. Reportage.

Trente ans, c’est l’âge de la maturité. L’âge où l’on apprend, enfin, qu’il ne faut pas réitérer les erreurs du passé. Trente ans, c’est l’âge qu’a la Marche pour l’Egalité et contre le Racisme. Partis de Marseille, arrivés à Paris, ceux qui à leur départ n’étaient que quelques dizaines se sont vite retrouvés à plus de 60 000 personnes, mettant la lumière sur le racisme ambiant et omniprésent que rencontrèrent ces jeunes Français , issus de la deuxième génération d’immigrés, pour la plupart.

photo 2Elle met en exergue les violences policières, les morts. Beaucoup, trop jeunes, dont le seul crime était d’être Noir où Arabe, n’ayons pas peur des mots. Trente ans après avoir marché, au Lycée Saint-Exupéry de Marseille, quelques acteurs du mouvement se rassemblent. Ils ont fait partie des 32 personnes à partir de Marseille, un 15 octobre 1983, pour arriver à Paris. Des militants associatifs et des spectateurs sont également venus assister à la projection des extraits du documentaire de Mogniss Abdallah, « Douce France », suivie d’un débat permettant de se souvenir, et de soulever certaines problématiques.

Ce rassemblement est à l’initiative du collectif ACLEFEU, qui, pour entretenir ce devoir de mémoire, a décidé de sillonner les villes autrefois parcourues lors de la Marche à travers la création d’une caravane itinérante. A son bord, Fatima Hani, l’une des membres fondatrices du collectif ACLEFEU, aussi secrétaire nationale de l’association. C’est une femme pugnace, au parcours atypique et semé d’embûches mais dont la détermination se lit dans le regard et se définit dans les mots : « j’ai l’impression que toute ma vie m’a préparée à ce moment là ».

photo 4Elle m’explique la naissance d’ACLEFEU « Association Collectif Liberté Egalité Fraternité Ensemble Unis », née en 2005, au lendemain de la mort de Zied et Bouna, à Clichy-sous-Bois et qui a engendré les mouvements de révolte que l’on connaît. Fatima, elle, y a assisté. De la fenêtre de chez elle au coup de fil qu’elle reçoit de Siaka Traoré, le grand frère de Bouna, qu’elle connaît bien, « c’est mon frère qui vient de mourir », elle est spectatrice du pire. Décide, avec d’autres personnes impliquées, de devenir actrice d’un mouvement qui apportera des réponses pacifiques, intellectuelles et citoyennes pour « transformer toute cette colère, cette émotion, cette agressivité dont on ne sait plus quoi faire ». Pour que ces deux petits, ils n’avaient pas 18 ans, ne soient pas morts pour rien.

Depuis, ACLEFEU lutte contre toutes les formes de discrimination, d’inégalité et d’injustice, œuvre pour les droits des femmes et les droits civiques. La caravane de la mémoire a cette particularité d’appartenir à toutes les villes qu’elle a ou va traverser, à toutes les structures qui la reçoivent. Elle repart, à la manière d’un marin qui à une femme à chaque port, plus riche et plus complète, avec des écrits, photos, dont elle se nourrit. La projection commence et je m’installe dans l’amphithéâtre. Bien trop parsemés, les spectateurs sont attentifs aux extraits diffusés. Témoignages, images d’archives s’y succèdent. Une jeune fille pleure à côté de moi. Oui, les images sont poignantes et la « Douce France » de l’époque n’est plus bercée de tendre insouciance.

photo 3Le débat qui suit permet de soulever des questions intéressantes, notamment celle concernant la recrudescence des violences policières en 1980-1981 : « Il n’y en a pas. Les violences étaient déjà ancrées et le paradoxe de la mobilisations fait qu’on rend visible un phénomène qui existe d’emblée. Le phénomène d’aggravation a pris une tournure beaucoup plus importante à la fin des années 1970 à cause de la crise, du développement du chômage. Giscard, à cette époque, a de ce fait voulu virer 500 000 Algériens afin d’éradiquer le chômage. D’ailleurs, cela a failli engendrer une renonciation des accords bilatéraux franco-algériens. C’est de là qu’est né le slogan « 3 millions de chômeurs, c’est 3 millions d’immigrés de trop ». Il puise son origine dans les milieux nazis », résume Mogniss Abdallah.

Les problèmes qui nous touchent aujourd’hui, crise, développement du chômage, montée du FN, ne sont donc que des relents de maux jamais digérés aux odeurs nauséabondes. Le constat est frappant : la société française a échoué dans le désir d’égalité du but de la Marche. A Marseille, comme dans d’autres villes, les chiens aboient et la caravane passe.

Hadjila Moualek

Source: Bondy Blog

Sylvia Zappi, « La Marche des beurs veut entrer dans l’histoire de France », Le Monde, 12 octobre 2013

La marche pour l'égalité des droits et contre le racisme, le 15 octobre 1983, à Marseille.
La marche pour l’égalité des droits et contre le racisme, le 15 octobre 1983, à Marseille. | AFP/P. CIOT
C’est l’histoire d’une amnésie collective. De l’oubli d’un événement majeur qui a pourtant secoué toute la société française, lui mettant sous les yeux la présence de milliers de jeunes issus de l’immigration qui demandaient à être reconnus. Le 15 octobre 1983, une petite quarantaine de jeunes immigrés partaient de Marseille pour dire stop aux crimes racistes et réclamer l’égalité et la justice . Ils lançaient la Marche pour l’égalité et contre le racisme, appelée ensuite Marche des beurs.Trente ans plus tard, une multitude d’initiatives s’apprêtent à commémorer cette marche. Tour à tour, des rencontres sont organisées dans toute la France durant un mois et demi, plusieurs livres sont publiés pour retracer cette épopée, et un film grand public, La Marche, de Nabil Ben Yadir, avec Olivier Gourmet et Djamel Debbouze, sort le 27 novembre dans 500 salles.

Pourtant, durant trente ans, cette irruption citoyenne sans précédent des jeunes issus de l’immigration semblait avoir sombré dans l’oubli. Au lendemain de la

marche, c’est l’association SOS-Racisme qui avait habilement récupéré la mise médiatique et politique . Déçus par la gauche qui n’a pas su leur ouvrir ses portes, les acteurs principaux se sont tus, se repliant sur le local. Lors du dixième puis vingtième anniversaire de la marche, quelques initiatives avaient tenté de ranimer la flamme des Minguettes, mais sans succès.

LE « MAI 68 DES JEUNES IMMIGRÉS »

Selon un sondage de la Licra, réalisé par l’Institut Opinion Way (du 2 au
3 octobre auprès de 1 003 personnes), 19 % des Français – et seulement un quart des plus de 40 ans (23 %) – se rappellent de la marche de 1983. Ce qu’on a souvent appelé le « Mai 68 des jeunes immigrés » semble n’avoir pas marqué les mémoires. Beaucoup moins que les révoltes étudiantes de 1986. « Personne ne se rappelle de cette histoire parce c’est une histoire qui concerne les Arabes. Et nous, nous avons oublié de la raconter », veut croire Saïd Kebbouche, directeur d’Espace projet interassociatif à Vaulx-en-Velin et militant PS.

Cette amnésie illustre surtout le rapport ambigu et conflictuel entre la gauche et la jeunesse des banlieues. Le PS, méfiant à l’égard d’associations remuantes de jeunes des cités, a préféré soutenir ses alliés de SOS-Racisme, plus présentables quand le FN commençait à remporter ses premiers succès électoraux. Le PCF a longtemps regardé les marcheurs comme de jeunes utilisés par le PS pour « détourner » de la question sociale. Les querelles internes au milieu associatif issu de l’immigration, entre ceux qui cherchaient une reconnaissance auprès des élus et les plus radicaux, ont miné toute possibilité de résurgence politique de cette jeunesse des banlieues .

Ce fut pourtant, en 1983, un électrochoc dans la société. Pour la première fois, ces fils et filles d’immigrés dont on n’avait jamais imaginé qu’ils feraient souche sur le territoire, se mobilisaient. Leur marche, commencée dans l’indifférence, a résonné comme le cri d’une génération et suscité un consensus antiraciste sans précédent.

ÉVÉNEMENT FONDATEUR

Ils sont partis à une petite quarantaine de Marseille, ce 15 octobre 1983. Accompagnés par un curé et un pasteur, ils ont lancé leur initiative dans une indifférence polie. Sept semaines plus tard, le 3 décembre, rejoints par tout ce que la gauche compte d’organisations syndicales et antiracistes, ils sont accueillis par une manifestation monstre de 100 000 personnes à Paris et reçus par le président de la République.

Tous ses acteurs assurent que cette marche fut un événement fondateur. « Ça a été une reconnaissance incroyable », se souvient Yamina Benchenni, animatrice du Collectif du 1er juin à Marseille. « Ce fut soudain un signe de respect et le signal pour nous d’investir le monde associatif, syndical les milieux de

l’entreprise », raconte Mogniss Abdallah, fondateur de l’agence Im’media. « Toute une génération sort de l’invisibilité et revendique sa place », renchérit le sociologue Saïd Bouamama.

C’est aujourd’hui cette visibilité dans l’histoire que revendiquent les héritiers de la marche. Un peu partout sur le territoire, des associations et collectifs se sont montés pour rappeler cet événement. Une effervescence qui se fait encore dans l’éparpillement mais qui témoigne d’une volonté de faire entendre cette voix des banlieues et des descendants d’immigrés.

INITIATIVES UN PEU PARTOUT SUR LE TERRITOIRE

Vendredi 11 octobre, le collectif AC LeFeu, soutenu par la Fondation Abbé Pierre, lance une « caravane de la mémoire » qui sillonnera les villes pour soutenir de nouvelles formes d’engagement dans les cités et pousser les jeunes à s’inscrire sur les listes électorales afin de faire entendre leur voix. Le 15, ce sera au tour d’un Collectif national pour la célébration de la marche, regroupant une quarantaine d’associations, soutenu par plusieurs organisations de la gauche radicale et écologiste, d’annoncer une série de rencontres qui pourraient aboutir à une manifestation nationale le 7 décembre.

Le gouvernement ne sera pas en retrait. François Lamy, ministre de la ville, doit se rendre lundi 14 octobre à Vénissieux, ville où Toumi Djaidja a lancé, avec son association SOS Avenir Minguettes, l’idée de cette marche pacifique et revendicative. Quelque 450 000 euros ont été débloqués pour soutenir les initiatives un peu partout sur le territoire. « Je veux rendre hommage à un temps fort d’initiative citoyenne qui doit s’intégrer dans l’histoire de France », explique M. Lamy.

Dans l’entourage du président de la République, la question d’une intervention du chef de l’Etat a été évoquée. Rien n’est encore arrêté. Mais M. Lamy reconnaît qu' »il serait utile d’avoir une parole forte sur cet événement fondateur qui a réveillé la société française ». Reste que l’attente des associations n’est pas seulement dans la commémoration mais aussi dans le rappel des situations de discriminations et de stigmatisation qui demeurent dans les quartiers populaires.

 

Source: Le Monde