« «Marche des beurs», trente ans de silence », Libération, 2 décembre 2013

 

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Colloque « Histoire et mémoire de la Marche pour l’égalité et contre le racisme », Nanterre, 4-5 décembre 2013

En passant

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Programme du colloque

« Histoire et mémoire de la Marche

pour l’égalité et contre le racisme »

Mercredi 4 décembre 2013, Salle des conférences, bâtiment B

Université Paris Ouest Nanterre la Défense (RER A – Station Nanterre Université)

Entrée libre dans la limite des places disponibles

9h Accueil des participants

9h30 Ouverture

Abdellali HAJJAT (Univ. Paris-Ouest)
Ghislaine GLASSON DESCHAUMES (Labex Les passés dans le présent)

Valérie Tesnière (BDIC)

10h Session 1 : « La Marche dans l’espace des mobilisations »

Présidence : Bernard LACROIX (Univ. Paris-Ouest)

Foued NASRI (Sciences Po Paris) : « Le ‘collectif Rhône-Alpes’ : la tentative de construction d’un espace de représentation à l’échelle locale et nationale (1983-1985) »

Victor COLLET (Univ. Paris-Ouest) : « Entre critique et soutien : la participation ambivalente du comité Gutenberg (Nanterre) à la Marche pour l’égalité des droits et contre le racisme de 1983 »

Vincent GAY (Univ. d’Evry) : « Sur le mouvement beur et les travailleurs immigrés »

Abderahmen MOUMEN (Univ. de Perpignan) : « Participation et mobilisation des ‘enfants de harkis’ à travers la Marche pour l’égalité et contre le racisme »

13h Déjeuner
14h30 Session 2 : « La Marche et le champ politique »

Présidence : Bernard PUDAL (Univ. Paris-Ouest)

Abdellali HAJJAT (Univ. Paris-Ouest) : « La gauche de gouvernement et la Marche »

Angéline ESCAFRÉ-DUBLET (INED) : « Faire génération. Le rôle des artistes et l’écho culturel donné à la Marche »

Table-ronde en présence d’Ahmed BOUBEKER (Univ. de Saint-Étienne, modérateur), Christian DELORME, Djamel ATALLAH, Farid L’HAOUA (anciens marcheurs), Jean BLOCQUAUX (ancien membre de cabinet du secrétariat d’Etat chargé des immigrés), Kaïssa TITOUS (comité parisien d’accueil de la Marche), Zouina MEDDOUR (Femmes d’ici et d’ailleurs).

Jeudi 5 décembre 2013, Salle des conférences, bâtiment F (3e ét. – s.358)

Université Paris Ouest Nanterre la Défense (RER A – Station Nanterre Université)

Entrée libre dans la limite des places disponibles

9h Accueil des participants
9h30 Session 3 : La « génération de la Marche » et la société française

Présidence : Michelle ZANCARINI-FOURNEL (Univ. Lyon 1)

Ahmed BOUBEKER (Univ. Saint-Étienne) : « La Marche et l’avènement d’un espace public multiculturel ? »

Stéphane BEAUD (ENS Ulm) : « La génération sociale des ‘Beurs’ : des outsiders frappant à la porte du ‘club France’ »

Éric MARLIÈRE (Univ. Lille) : « Les héritiers des quartiers populaires : trois décennies depuis la ‘marche’ entre émeutes urbaines et désillusion politique »

Adèle MOMMÉJA (Univ. Paris-Ouest) : « Gérer l’héritage de la Marche pour l’égalité : les leaders associatifs entre distance et proximité à la ‘jeunesse issue de l’immigration’ »

13h Déjeuner
14h30 Session 4 : « La mémoire de la Marche »

Présidence : Marie-Claire Lavabre (ISP)

Farid TAALBA (Écho des Cités/BDIC) : « Transmission de la mémoire des luttes : itinéraire d’un militant de l’immigration »

Franck VEYRON (BDIC) : « Sauvegarder les archives des luttes de l’immigration et des habitants des quartiers populaires »

Table-ronde en présence de Nicolas BEAU (ex-journaliste au Monde), Nabil BEN YADIR (réalisateur de La Marche, sous réserve), Tarik KAWTARI (Écho des cités) et Louisa ZANOUN (Génériques).

17h30 Conclusion

Ahmed BOUBEKER (Univ. Saint-Étienne)

Exposition de Filles et Fils de la République, Créteil, 29 novembre 2013

En passant

 

Une exposition photo, collective, présentée au centre social Petit-Pré-Sablières (CSPPS) par Filles et Fils de la République, retrace la “Marche pour l’égalité et contre le racisme” de 1983.

 

Rencontrez d’anciens marcheurs
Avant le décrochage de l’exposition sur la Marche de l’égalité et contre le racisme de 1983, venez rencontrer d’anciens membres des collectifs parisien et Rhônes-Alpes dont : Djamel Atallah, Farid Arar, Farid L’Haoua, Marie-Laure Mahé, Salika Amara, Rachida Azzougue, Youcef Boussaa, Saïd Idir…

VENDREDI 29 NOVEMBRE à 19h30
CSPPS, 43, rue Maurice-Déménitroux

 

 

Partie de Marseille, en octobre, cette marche qui rassembla de plus en plus de participants au fil de sa traversée de la France, de ville en ville, parvint en décembre à Paris où 100 000 personnes étaient là pour les accueillir. Un événement qui marqua l’entrée dans la citoyenneté des jeunes issus de l’immigration et la fin du mythe du “retour”.

 

photo de la marche de 1983 photo de la marche de 1983

 

Ouvert, du 15 octobre au 3 décembre, les mardi, jeudi, vendredi et samedi de 15h30 à 18h30. Entrée libre. CSPPS, 43, rue Maurice-Déménitroux (01 42 07 01 38).

Source: ici

« Les marcheurs de 1983 continuent le combat de l’égalité », La Croix, 8 novembre 2013

Dans un livre qui sort aujourd’hui, le P. Christian Delorme, l’un des initiateurs de la Marche pour l’égalité et contre le racisme de 1983 avec le pasteur Jean Costil, revient sur cet événement fondateur de l’antiracisme en France.

Que sont devenus ces marcheurs ? Trois d’entre eux reviennent sur leur parcours personnel et sur leurs engagements. Si chacun continue à sa façon de militer et d’exprimer ses colères, tous conservent un parti pris d’optimisme sur les évolutions de la société.

Farid L’Haoua,  héraut de la « communauté nationale »

l\'haoua

Ne prononcez pas devant lui le mot « beur ». « Un terme humiliant, qui me vrille les oreilles », s’échauffe Farid L’Haoua, animé par la fougue militante que l’ancien coordinateur de la Marche insuffle dans ses engagements depuis trente ans. Il n’apprécie pas plus d’entendre parler de « Français de la deuxième ou de la troisième génération », des termes incompatibles avec la conception qu’il se fait de la « communauté nationale ». Cette dernière n’est « pas assez affirmée », y compris à l’école où, juge-t-il, « l’on n’insiste pas assez sur les liens qui nous unissent ».

Pourtant, il la voit s’incarner au quotidien, dans toute sa banalité. Le plus jeune de ses huit frères et sœur, le seul de sa famille à avoir fait des études supérieures, il travaille pour une collectivité locale. De jeunes chercheurs en sciences sociales se prénommant Abdellali ou Foued viennent le rencontrer. « Le jeu de l’intégration pour les gens d’origine maghrébine s’est fait », se réjouit Farid L’Haoua.

À 55 ans il garde en mémoire le « bidonville amélioré » de son enfance, à Vienne, en Isère. « On constate un mieux-vivre. La société a progressivement accepté notre existence. » Néanmoins, « le plafond de verre » demeure une réalité. Lui-même s’y est heurté au cours d’une carrière tournée vers l’animation sociale et l’éducation populaire.

« La lutte contre les discriminations reste d’actualité », affirme celui qui dirige depuis quatorze ans une ludothèque sur les pentes de la Croix-Rousse, à Lyon. En revanche, d’autres combats de l’époque ne lui paraissent plus pertinents. « Aujourd’hui, la revendication sur le droit de vote des étrangers n’est plus légitime, assure-t-il. Cela ne ferait qu’offrir des voix au Front national. »

Il s’inquiète aussi « d’une libération de la parole raciste » dans une société divisée, où « toute une partie de la population est enveloppée sous le terme de Français musulmans ». Les responsables politiques, « de droite comme de gauche, manquent de courage », déplore ce militant associatif à la fibre écologique. Son fils aîné, 24 ans, « enfant du métissage » et apprenti comédien, fait une apparition dans le film « La Marche ». Mais sa motivation à figurer au générique est davantage liée à son parcours artistique qu’à son histoire personnelle, pense son père. « C’est un enfant du droit commun », sourit-il.

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Fatima Mehallel, musulmane et féministe

mehallel

Fatima n’a jamais cessé de marcher. À 21 ans, elle était du petit groupe parti de Marseille. Le souffle de la marche de 1983 « est vite retombé », regrette Fatima Mehallel, qui s’est, depuis, toujours révoltée contre le racisme au quotidien. Lorsque cette aide à domicile cherchait un emploi. Ou lorsqu’elle a déménagé de Vaulx-en-Velin au quartier de Gerland, à Lyon. « Ma voix passait bien au téléphone, mais face aux propriétaires, les appartements étaient toujours déjà loués. » Son fils et sa fille nés d’un père antillais ne sont pas épargnés. « On a fait explicitement comprendre à ma fille, lors d’un stage chez un chocolatier, qu’elle n’était pas à sa place. »

Aujourd’hui, blouson de cuir bleu et boucles d’oreilles cascadant sur ses cheveux de jais, elle continue de « militer au quotidien », en arpentant son quartier, habillée comme elle l’entend. « Il faut refuser de baisser les yeux face au regard désapprobateur de certains hommes », dit-elle. Le combat continue mais sur un double front.

Musulmane pratiquante, elle dénonce « la stigmatisation en raison de la religion » tout en refusant, au nom de l’égalité homme-femme, de porter le voile, « une tradition importée d’Arabie saoudite ». « À force de ne pas accepter les différences, en ‘‘parquant’’ les mêmes populations, la société a provoqué un repli communautaire », dénonce Fatima Mehallel, consternée par le porte-à-porte jusque chez elle « des Frères musulmans embrigadant les jeunes ».

Pour Fatima, dont la fille est en couple avec « un Français de France », ce sont les femmes qui sont les vraies victimes, dans les quartiers populaires. Se faire belle, le droit de plaire, c’est « haram » (illicite). Fatima combat « en regardant droit dans les yeux ceux à qui cela ne plaît pas ».

Résolument « optimiste », elle reste persuadée qu’il est possible d’inverser cette évolution. « Tôt ou tard, nous y parviendrons. Je crois en l’être humain, en la solidarité, en la fraternité. L’éducation a son rôle à jouer. »

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Djamel Atallah, toujours militant

atallah

Djamel tapote la table du doigt, accélère son débit, semble s’emporter, puis finit par sourire. À 50 ans, père de cinq enfants, il a gardé une capacité d’indignation apparemment intacte. Ses sujets de colère du moment ? Les insultes racistes contre Christiane Taubira et le salafisme. « Je me bats toujours contre les personnes qui portent un discours haineux, quels qu’ils soient », clame-t-il.

En marchant à travers la France, en 1983, ce fils d’Algérien avait décidé qu’il ne retournerait pas à Vénissieux, dans le quartier des Minguettes, où il avait grandi. « Au départ, j’incarnais la branche un peu dure du mouvement, raconte-t-il. Mais je me suis construit à travers cette marche, elle m’a structuré intellectuellement. J’ai rencontré des gens formidables qui m’ont poussé à reprendre mes études. » Lui qui n’avait pas le bac s’est inscrit en droit à Paris. Mais il s’est surtout consacré au militantisme étudiant et investi dans l’Association de la nouvelle génération immigrée (Angi).

L’ancien « marcheur » a aussi été brièvement encarté au PS. « J’ai claqué la porte au bout de trois mois, précise-t-il. Je suis quelqu’un qui ne peut pas se taire. Quand quelque chose ne va pas, je le dis. » S’il s’est présenté à des élections cantonales en 2004 dans son département d’adoption, les Hauts-de-Seine, c’est sans étiquette. « J’ai quand même fait 2 % des voix », souligne-t-il, les yeux rieurs.

La même année, il a également soutenu en France la campagne d’Ali Benflis à la présidentielle algérienne.

Même sans avoir mené ses études à terme, Djamel Atallah a trouvé sa voie professionnelle. Aujourd’hui, toujours installé en banlieue parisienne, il vend des « prestations sécurité » pour une entreprise spécialisée et continue à militer, sans faire partie d’aucune organisation : « Je suis toujours un militant de l’égalité. »

Demain, il ira prononcer un discours à Nanterre (Hauts-de-Seine) pour l’inauguration du boulevard Abdenbi-Guemiah, un étudiant victime d’un crime raciste en 1982, un an avant une marche qui a changé sa vie.

PASCAL CHARRIER ET BÉNÉVENT TOSSERI (à LYON)

Source: La Croix