« Le CCME commémore le trentenaire de la Marche pour l’Egalité et contre le Racisme », MAP, 2 décembre 2013

Casablanca, 02 déc. 2013
(MAP)

Le Conseil de la Communauté Marocaine à l’Etranger (CCME) a célébré, lundi soir à Casablanca, le trentenaire de la Marche pour l’Egalité et contre le Racisme, menée par des jeunes français des banlieues issus de l’immigration maghrébine du 15 octobre au 3 décembre 1983. Cette commémoration a été marquée par une rencontre avec le co-auteur Adil Jazouli, sociologue et membre du CCME, autour de son livre la « Marche pour l’égalité, une histoire dans l’Histoire ».

Le co-auteur a souligné que la marche était une belle aventure civique ou des jeunes maghrébins ont demandé tout simplement d’être traités d’une manière normale comme les autres citoyens, notant que par devoir de mémoire, ce livre a été réalisé pour rester comme un témoignage personnel.

Pour le président du CCME, Driss El Yazami, cette commémoration est un événement très important, la marche dite des « beurs » est partie avec quelque dizaines de marcheurs pour arriver à 100.000 personnes qui les accueillaient.

« C’est une source d’inspiration pour les nouvelles générations pour lutter pour l’égalité et contre la discrimination et la xénophobie en Europe », a-t-il fait savoir notant que cette marche donne un bel exemple de tolérance et d’espoir.

Cette commémoration a été également rehaussée par la projection, en avant-première, du film « La Marche », du réalisateur Nabil Ben Yadir au Studio des Arts Vivants de la capitale économique, en présence du réalisateur. « La Marche » est un long métrage qui relate l’histoire d’une poignée de jeunes partis de la cité des Minguettes à Vénissieux, banlieue de Lyon, pour délivrer contre la violence, le racisme et l’injustice, un message d’égalité de paix et de non-violence, a expliqué le réalisateur notant qu’après plusieurs semaines, ces jeunes marcheurs arrivent à Paris, le 3 décembre 1983, accueillis par plus de 100.000 personnes dans une ambiance à la fois grave et joyeuse.

Partis dans l’indifférence quasi générale, la marche est peu à peu devenue un événement politique majeur considéré comme un acte fondateur pour la jeunesse des banlieues, a-t-il poursuivi. A travers le pays, les jeunes issus de l’immigration mais aussi de nombreux français se sont identifiés aux marcheurs et rejoindront ce que l’on nommera un temps le « mouvement beur ».

Malgré les difficultés et les résistances rencontrées, le mouvement va faire naître un véritable élan d’espoir à la manière de Gandhi et de Martin Luther King puisqu’il unira à son arrivée plus de 100.000 personnes venues de tous les horizons et qui donneront à la France son nouveau visage, a-t-il poursuivi.

Né en 1979 à Bruxelles, Nabil Ben Yadir a fait des études en électromécanique à l’institut René-Cartigny d’Ixelles, avant de réaliser, en 2005, son premier court métrage « Sortie de clown », un essai préparatoire à son premier long métrage « Les Barons » qui remporte le Prix du Jury au Festival de Marrakech en 2009.

A rappeler que le film « La Marche » a été projeté, dimanche, dans le cadre de la 13ème édition du festival international du film de Marrakech (FIFM).

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« Nabil Ben Yadir, cinéaste en marche », Bondy Blog, 27 novembre 2013

 

LA MARCHE. Nabil Ben Yadir, 34 ans, sort aujourd’hui son second long-métrage, La Marche. Auréolé du Prix de la Fondation European Network Against Racism (ENAR), le film a également raflé trois nominations Meilleur Espoir aux Césars 2014. Portrait.

On se rencontre dans un café de Jourdain, dans le 20e arrondissement de Paris. Casquette vissée sur la tête, doudoune rembourrée sur le dos, portable à la main, Nabil Ben Yadir est tout sourire. Relax, à l’écoute, il remplit sa mission de VRP sans sourciller. Signe de son flegme belge ? « Il n’y a qu’ici qu’on me dit que je suis Belge. En Belgique, on dit que je suis Belge d’origine maghrébine ou belgo-marocain… »

Pour Nabil Ben Yadir, la Marche de 1983 est « une histoire magnifique, extraordinaire et, au-delà du fait que cela n’ait jamais été exploité cinématographiquement, elle n’est même pas dans la tête des gens ». Le projet, écrit dix ans auparavant par la scénariste Nadia Lakhdar et apporté par le comédien Nader Boussandel, séduit Nabil. Le jeune producteur Hugo Sélignac aussi, « on avait besoin d’un buffle pour faire ce film, il est allé défoncer les portes ». Le montage financier est compliqué, le planning de tournage aussi, mais après deux ans et demi, La Marche voit enfin le jour. « C’était à la fois long et rapide. J’étais à Bruxelles, je suis venu. J’ai fait un choix de vie qui n’était pas évident à assumer mais voilà, c’est un sujet porteur ».

Né à Bruxelles en 1979 de parents marocains, Nabil est le deuxième d’une famille de trois garçons. Elevé par un père « Ministre des Affaires Etrangères » (tour à tour, minier, chauffeur, livreur) et une mère « Ministre de l’intérieur » (au foyer) , « très souvent Présidente et nous les électeurs (les enfants) on n’avait pas le droit de vote »), Nabil connaît une enfance « innocente » dans le quartier bruxellois de Molenbeek.

« Jamais à sa place » en tant qu’élève, il rêve de faire du dessin mais est placé en Couture/Cuisine pour dessiner des patrons « et quand m’a mère a entendu patron, elle s’est dit que j’allais devenir chef d’entreprise ». Poursuivant ensuite des cours de menuiserie, il décroche un Bac Pro Electromécanique « tournage-fraisage, et, de tournage, je suis passé au cinéma ».

L’envie de septième art a toujours été là. Sur les bancs de l’école, Nabil commence à écrire « des faux mots de parents » et des histoires mais c’est avec sa mère, cinéphile, que la passion s’enracine. Aux VHS en VF Hitchcock, Gérard Oury ou Scorsese, s’ajoutent les films indiens qui permettent à Nabil de ne pas faire office de « télécommande physique » : « On ne peut pas regarder des gens qui couchent ensemble à côté de son père et de sa mère, c’est notre éducation ».

Armé de la caméra VHS familiale puis de la caméra HI8 d’une association, Nabil se fait la main sur des petits films, bricole et apprend « sur le tas, les sautes d’axes et les champs/contre-champs ». Sa mère y croit, ses proches le lui déconseillent (« qu’est ce que tu fais, t’as un travail… »), lui n’a rien à perdre.

Poussé par son envie, il rencontre des acteurs, des producteurs, se fait jeter, négocie… « Si la porte était fermée, je passais par la sortie de secours, si la sortie était fermée, je passais par la fenêtre ou par la cave et à un moment donné… tu rentres ». L’idée des Barons est déjà là mais c’est le court-métrage Sortie de clown, primé au festival Media 10/10 de Namur en 2005, qui fera office de premier film.

Heureux que le cinéma Belge possède « une liberté de ton, un mélange de genres et une recherche de sujets et de formes extraordinaires », Nabil s’est distingué en 2009 avec son premier long-métrage, Les Barons, sur des jeunes bruxellois en quête d’ailleurs. Tourné avec un budget « riquiqui », « mais pour moi c’était énorme ! Je demandais même l’autorisation pour prendre un morceau de chocolat », le film, succès au box-office belge, propulse Nabil sur le devant de la scène médiatique : « C’est le regard des gens qui changent. Ils te rencontrent, t’écoutent ».

Lui garde pourtant la tête froide : « Je vois ça comme un travail d’artisan, d’ouvrier. Si je dois retourner bosser au parking, j’y retournerai ». Et conseille aux jeunes de s’accrocher : « Les gens sont en recherche d’histoires originales, de sujets, de réalisateurs, de scénaristes. Un producteur qui vous sent pas sûrs de vous ne vous produira jamais. Personne n’aide personne. Il faut aller au charbon ».

Regrettant que le traitement médiatique de la banlieue soit « un vrai fonds de commerce », Nabil considère que les Français « font tout un tintouin dès qu’il y a un événement positif : quand Harry Roselmack est arrivé au 20h, même les mecs au Groenland étaient au courant ! Le danger, c’est de dire que c’est extraordinaire ». Alors, pour filmer la banlieue, Nabil n’essaie pas de la comprendre, « j’y suis, je viens de là », mais d’y apporter « de l’amour » et « de l’objectivité » pour ne pas reproduire « ce qu’on voit à la télé ».

Claire Diao

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Jacques Denis, « S.O.S. Avenir trente ans plus tard », Le Lac des signes / Blog du Diplo, 21 novembre 2013

À l’automne 1983, à la suite d’une bavure policière, des jeunes des Minguettes entament une marche pour l’égalité des droits et contre le racisme, demandant légitimement le droit de vote pour les étrangers. Trente ans plus tard, un film de fiction retrace ce périple, en choisissant de coller à la belle histoire. Au risque d’oublier tout ce qui a suivi.

La démarche peut sembler opportune à l’heure où chacun stigmatise l’autre. Rappelez-vous : à l’été 1983, alors que la banlieue lyonnaise des Minguettes, connue pour avoir flambé en 1981 et devenue dès lors quartier de « haute sécurité », est soumise depuis des mois à des contrôles policiers, Toumi Djaïda, tout jeune président de l’association SOS Avenir Minguettes, aide un jeune attaqué par un chien policier. Il prend une balle du fidèle maître, assermenté. « Cette blessure, c’est la goutte de sang qui a fait déborder le vase ! », se souvient-il dans la plaquette promotionnelle, donnée avant la projection de presse.

Tout commence ainsi, par une bavure qui va déclencher une réaction inattendue : au lieu de tout foutre en l’air, le jeune homme a l’idée de partir dans une croisade pour la paix, une traversée de la France, du Sud au Nord, à pied. Son guide : Gandhi, tel que le montre le film de 1982 de Richard Attenborough. Et pour l’accompagner dans sa quête, il peut compter sur deux bonnes fées : le curé Christian Delorme et le pasteur Jean Costil. Tous réunis autour d’une idée œcuménique : la Marche pour l’égalité des droits, un périple qui débute à trente à Marseille et va se transformer à Paris avec près de cent mille fidèles. Pas de doute, le sujet mérite que l’on y revienne aujourd’hui. « Le contexte était très lourd », insiste Toumi Djaïda. Des « quartiers » déjà au bord de l’implosion, des licenciements en masse, des policiers qui tabassent, des immigrés à qui la gauche a promis le droit de vote, mais qui sont dépeints comme des « intégristes » dès qu’ils font valoir leurs droits (comme Pierre Mauroy, premier ministre, le déclara à mots à peine voilés au Monde du 11 février 1983), un Parti socialiste au pouvoir qui s’apprête à prendre le virage de la rigueur, un Front National qui pointe son groin, une droite qui se divise sur les alliances à adopter (Dreux passe à la droite extrême en 1983)… On se croirait en 2013 ! Manquent juste les Roms.

C’est donc cette histoire, plus connue sous le nom de « Marche des beurs », avec laquelle on ne peut être qu’en empathie, qui est le prétexte à un film au demeurant sympathique. A l’image de son générique, qui dresse un état des lieux sommaire de la France d’alors : l’évidence de Douce France, de Trénet, accolée au non moins classique Hexagone selon Renaud, le tout sur un collage d’images d’archives qu’on imagine censées recontextualiser. C’est un peu court, mais jusqu’ici tout va bien. La Marche commence par un bel élan, comme elle le fit dans la vraie vie. Mais très vite dérape, se prend les pieds dans le tapis des bons sentiments partagés, trébuche dans la fiction trop bien-pensante, avec un casting très bien pensé : un gros naïf, un gentil petit « blanc », une homosexuelle engagée, un prêtre ouvrier concerné, une beurette laïque, une plus jeune qui, chemin faisant, va éveiller sa conscience, un guitariste qui a été embastillé, un toxico en voie de guérison, un vieux limite facho sur le chemin de la rédemption…

Sans doute, les marcheurs de l’époque présentaient une telle diversité, mais en resserrant leur rang à huit (le nombre des marcheurs du film), les traits semblent forcés, caricaturés. Hollywood rattrape la réalité, et le cinéaste est le premier, dès le 15 avril 2013 dans les colonnes de la Libre Belgique, à reconnaître avoir produit une fiction à partir d’« une histoire extraordinaire », à « l’arrière plan politique ». Passons sur la bande-son aux grosses ficelles (« California Dreamin » des Mamas & Papas), passons sur les clichés à la pelle, sur Christian Delorme rebaptisé Dubois — on ne sait pas trop pourquoi —, pour parvenir au fond du sujet, qu’il faut chercher : la trame politique, que nul angélisme ne peut gommer. Et c’est là tout le problème de ce film, outre qu’il est conçu pour convenir à tous les publics selon des critères de convergence que les vendeurs de lessive ne sauraient contredire. Revenir sur cette marche aurait pu constituer une belle opportunité de parler des fâcheux problèmes qui fâchaient, et qui continuent d’empoisonner la pensée cathodique, sérieusement « fachoïsée » depuis lors. En lieu et place, et malgré toute la bienveillance suscitée par ce genre d’histoire (on le répète), on ne décèle que l’opportunisme d’une production artistique qui ne choisit pas d’ouvrir la boîte à idées, de réfléchir le passé à la lumière du présent. Certes, une fiction ne fait pas œuvre documentaire, mais elle ne peut s’affranchir des faits quand elle choisit de s’appuyer sur une actualité. D’autant que ce film cible avant tout les plus jeunes. Celui qui a aujourd’hui trente ans aura-t-il tous les éléments pour décrypter le vrai du faux ? Pour recoller les morceaux du puzzle qui manquent à une nécessaire remise en perspective, trente ans plus tard ?

Le réalisateur Nabil Ben Yadir, révélé en 2009 avec Les Barons, a pourtant bien conscience de l’impasse de cette marche (la vraie, pas la sienne donc). « C’est un constat d’échec, finalement. Rien n’a changé. C’était la deuxième génération qui marchait en 1983. Et trente ans plus tard, leurs gamins en restent souvent au même point. », concède-t-il à la même Libre Belgique. Mais voilà, la belle histoire passe ainsi sous silence tout ce qui a suivi : le paternalisme de SOS racisme et l’entrisme politique qui permit de récupérer fissa le mouvement, le communautarisme qui se nourrit des abandons des missions de la République, la colère transformée en émeutes desdits « petits frères » devenus grands, l’imposition de visas aux Africains de l’Ouest, la « périphiquisation » de la banlieue, l’oubli du droit de vote, le tri sélectif mis en place aux frontières de l’Europe qui fait grossir les rangs des sans papiers… Ce n’est pas le sujet du film, qui se veut commémoratif (une spécialité locale) — sauf que cette Marche se termine avec Georgina Dufoix, alors secrétaire d’Etat à la famille, à la population et … aux travailleurs immigrés, face au grand raout de la gare Montparnasse : tous à l’Elysée chez « Tonton », dans la foulée du défilé du 3 décembre 1983.

Lire Dominique Vidal, « Casser l’apartheid à la française », Le Monde diplomatique, décembre 2005 Les faits sont avérés, mais il faut les mettre en regard avec d’autres vérités, faute de quoi le même citoyen de trente ans verra en François Mitterrand un homme de lumière, sans rien de trouble. C’est oublier que le même, alors qu’il s’y était engagé, n’aura jamais élargi le droit de vote aux étrangers, mais aura permis la grimpette de Le Pen en renonçant au programme de gauche et en jouant un dangereux double jeu, quand, afin de diviser la droite parlementaire, il ouvre les bancs de l’Assemblée au Front National tout en le stigmatisant comme anti-républicain. Alors, entre un dîner avec René Bousquet, organisateur de le la rafle du Vel’d’hiv’ et visiteur du soir de l’Elysée, et un rendez-vous sur l’atoll de Mururoa, il pouvait bien recevoir une délégation de pacifiques pèlerins. Mais de là à donner à sa France « son nouveau visage », comme il est dit dans le synopsis, il y a un pas qui justement n’a toujours pas été franchi en 2013. Voilà pourquoi, à force de renoncer à mettre des clignotants, ce film laisse finalement un drôle de goût pour ceux qui se souviennent de tout le reste. Comme si cette fable pour « marcher » devait déboucher sur un happy end, et donc gommer l’amorale vraie histoire.

Notes

La Marche, de Nabil Ben Yadir, en salle le 27 novembre. Avec Olivier Gourmet, Hafsia Herzi, Charlotte Le Bon, Djamel Debbouze, Philippe Nahon, Tewfik Jallab…

Source: ici

« La Marche vue par… Olivier Gourmet », Bondy Blog, 21 novembre 2013

LA MARCHE. L’acteur belge incarne dans le film de Nabil Ben Yadir le Père Christophe Dubois, un prêtre. L’homme d’Eglise accompagne les jeunes des Minguettes dans leur marche et est largement inspiré du Père Christian Delorme.

Où étiez-vous en 1983 ?

En 1983 je commençais ma carrière de comédien en Belgique. Je rentrais au Conservatoire. Ce fameux « ete meurtrier de 83″ je m’en rappelle très bien. Les informations relayaient très bien ces événements. En Belgique nous sommes très intéressés par la France. On a été plus longtemps Français que Belges historiquement. On regardait ce qu’il se passait en France.

Quels souvenirs avez-vous de la Marche pour l’égalité et contre le racisme ?

La marche j’en ai entendu parler quand ça a commencé à être relayé. Pas au début, il n’y a pas eu tout de suite de retentissement médiatique. Mais à 20 ans je ne faisais pas forcément attention je ne vivais pas dans un contexte raciste, c’était plutôt même l’inverse. Je me sentais moins impliqué que j’aurais du l’être à ce moment-là.

Comment êtes-vous arrivé sur le film ?

Nabil (Ben Yadir, le réalisateur) m’a appelé un jour, me disant qu’il écrivait un scénario qui s’appelle « La Marche ». Je dis que je vois. Il me dit « Lis et je te propose de faire le rôle du Père, qui était Christian Delorme. Même si là c’est une fiction, il ne voulait pas coller au plus près des carcasses physiques des personnages mais surtout être proche de leur discours et de ce qui les avait animés plutôt que de faire un copier-coller physique de ce qu’ils étaient. Ce n’est pas l’important du film. Le plus important c’est le discours, ce n’était pas une reconstitution. J’ai lu le scénario et j’ai été sensible à cette histoire. D’une part le film rend hommage à ces personnes qui ont eu un élan fraternel, d’amour et de non-violence, une bonne réponse à ce qui se passait à ce moment-là. D’autre part, je pense que depuis 30 ans on a pas évolué. A l’époque, il y avait moins de clivages entre les religions. Aujourd’hui on n’accepte plus l’autre. 30 ans après il y a ce devoir de mémoire. On ne peut changer cette société que grâce aux plus jeunes.

Pour vous la situation des quartiers populaires a-t-elle empiré ?

Quand on voit les émeutes de 2005, c’était il y a 8 ans. Il suffit d’une petite étincelle pour que ça s’enflamme. Évidemment on a rien résolu. On a continué à parquer des gens dans des cités sans plus s’occuper d’eux et les intégrer. On crée des associations qui sont plus de la récupération politique et concrètement on ne fait rien.

Pour préparer ce rôle vous êtes vous documenté, avez-vous rencontré le Père Delorme ou avez-vous pris le parti de faire une interprétation personnelle ?

J’ai vu le Père Delorme dans les images d’archives mais pour moi le discours, qui était présent dans le scénario de Nabil, était plus important. En regardant les images d’archives je trouvais le père Delorme d’une une grande humilité. J’ai découvert un monsieur qui s’est mis au service des marcheurs. Il est toujours en retrait. Pas pour se désolidariser mais pour laisser ces jeunes faire. Il les a aidés à trouver des logements, pour l’intendance mais il s’est surtout mis au service de la parole des marcheurs, de leur discours et leurs récriminations.L’important c’était que ces jeunes s’expriment, pas un curé. Même si mon personnage dans le film se met un peu plus en avant et parle plus. Mon personnage parle trop parfois.

Vous avez rencontré les vrais marcheurs ?

Oui quand on est venus tourner à Lyon, ils étaient tous là Place Bellecour. Je ne les avais pas rencontré avant. Je leur ai dit « Voilà on vous a dépossédé de votre marche en 1983, c’est à vous de nous déposséder du film. »

L’élan commémoratif est fort, avec de nombreux films et livres qui sortent, vous le voyez d’un bon œil ?

Oui si ce n’est pas récupéré. L’essentiel c’est la transmission. Plus on en fera mieux ce sera. Je viens d’un cinéma très militant où l’on parle du quotidien, des petites gens, beaucoup moins grand public. J’adore les films grand public. C’est formidable quand on arrive à rassembler le plus grand nombre et qu’il y a un vrai sujet de fond. Le film a cette envergure. Les jeunes y seront plus facilement sensibles.

Propos recueillis par Faïza Zerouala