« L’intersectionnalité au prisme des marches militantes », Paris, 2 décembre 2013

En passant

affiche2

Groupe de travail du GTM : Migrations, mobilités et pays du Sud

« Genre, travail, mobilités » est une équipe du laboratoire Cresppa (UMR 7217, CNRS-Paris 8)

À l’occasion du 30ème anniversaire de la

Marche pour l’Égalité et contre le racisme

Journée d’échanges et de témoignages

Lundi 2 décembre 2013 de 9h30 à 17h30

59-61 rue Pouchet. 75017 Paris

L’intersectionnalitÉ

au Prisme des MArches militantes

(1983-2013)

Journée animée par François Brun

Avec la participation de Saïd Bouamama, Alima Boumédienne, Houria Bouteldja, Ismahane Chouder , Albano Cordeiro, Jessy Cormont, Faouzi Dhaouadi, Issy Doukouré, Danièle Kergoat, Mustapha Mohammedi, Marwan Muhammad, Ndella Paye, Simone Rivolier, Sidyi Soumaré, Martine Tessard, Kaissa Titous…

Sous réserve : Mogniss Abdallah, Saimir Mile,

Au croisement des rapports de domination, témoignages d’acteurs de cette marche, mais aussi de militant.e .s de plus jeunes générations qui « continuent de marcher » au regard des réalités auxquels  ils (elles) sont encore aujourd’hui confronté.e.s. 

Cette session s’inscrit dans l’un des principaux champs d’étude de notre équipe sur « les effets de pouvoir et de domination en lien avec les questions de citoyenneté, au regard de l’imbrication des rapports sociaux de classe, de sexe et de race ».

En l’occurrence, nous demanderons aux intervenant.e.s de bien vouloir témoigner de leur « raisons de marcher », jadis, naguère et aujourd’hui, sous l’angle du (ou des) rapport(s) de domination au(x)quel(s) leur expérience les a rendu.e.s particulièrement sensibles et qui a (ont) été à la source de leur rébellion.

Nous tenterons à cette occasion de dégager à travers ces retours d’expérience, qui devront être intergénérationnels, le sens de la marche mythique de 1983, de celles qui ont suivi et de la célébration d’un anniversaire qui, au-delà des inévitables opérations de récupération, devrait être bien davantage qu’une commémoration, une sorte de « retour vers le futur ».

La date de ce séminaire a été choisie à dessein à la veille des 30 ans de l’arrivée de la marche et au début d’une semaine dont on peut escompter qu’elle sera riche en initiatives diverses.

Coordination : Fatiha Talahite, Marguerite Rollinde.

Pour tout renseignement : sandra.nicolas@gtm.cnrs.fr

Site CNRS Pouchet, 59 rue Pouchet, Paris 17ème [métro « Guy Môquet » ou « Brochant » (ligne 13) ; bus n°66 arrêt « La Jonquière »]

http://www.gtm.cnrs.fr

« Semaine pour l’Egalité et contre le racisme », Nord-Pas-de-Calais, 25 au 30 novembre 2013

En passant

https://i0.wp.com/www.lesfiguresdeladomination.org/images/Semaine25-11-13.png
FUIQP Nord Pas-de-Calais

Semaine pour l’Egalité et contre le racisme25 au 30 novembre 2013 – reprenons la marche enclenchée en 1983

Evénements

Il y a 30 ans déjà, LA MARCHE POUR L’EGALITE ET CONTRE LE RACISME parcourait notre pays pour s’opposer au racisme et aux discriminations, dénoncer les crimes racistes et les politiques sécuritaires, et exiger l’égalité des droits pour tous les habitants de France.

Le petit nombre de marcheurs partis le 15 octobre de la banlieue lyonnaise dans l’anonymat l’isolement le plus complet se transforma progressivement en une marée humaine porteuse d’espoirs pour les habitants des quartiers populaires. Répondant à leurs appels, plus de 100 000 personnes convergèrent ainsi vers Paris le 3 décembre 1983 pour crier leurs exigences d’égalités. Dans notre région l’accueil des marcheurs fut l’occasion de soutiens massifs, de débats et d’initiatives multiples.

Trente ans après, force est de constater que l’espoir de ces dizaines de milliers de marcheurs de 1983 ne s’est jamais concrétisé. Les contrôles au faciès sont toujours d’actualité, les familles continuent d’être endeuillées par des crimes racistes, conséquences directes des politiques sécuritaires, exclusivement réservées aux quartiers populaires. Le racisme institué en système est devenu une « arme de destruction massive » des quartiers défavorisés en particulier, et de la France en général. Les résidents étrangers sont encore exclus du droit de vote, les conditions des sans-papiers (traités comme de la « chair à patron ») se sont détériorées gravement, et les actes islamophobes se banalisent et se multiplient, etc.

Du reniement à l’instrumentalisation, de la stigmatisation a la démagogie, les gouvernements socialistes ou de droite qui se sont succédés depuis 1983, construisent les « étrangers », leurs enfants « français » et plus largement tous les habitants des quartiers populaires, comme « une population dangereuse » à l’origine de tous les maux de la société. Ils ont tous contribué successivement à la construction d’un bouc émissaire, d’un « ennemi de l’intérieur » à surveiller et à contrôler. Commémorer la marche pour l’égalité et contre le racisme, c’est en tirer les leçons et poursuivre le combat. Reprenons la marche enclenchée en 1983, en participant à la Semaine pour l’Egalité et contre le racisme.

Le programme de la semaine disponible ICI.

L’affiche de la semaine disponible ICI.

L’affiche de la manifestation pour un féminisme anti-islamophobe du 28 novembre 2013 ICI et le tract d’appel ICI.

Source: Les figures de la domination

Albano Cordeiro, « Les jeunes Portugais et Convergence 84 pour l’Egalité – Ce qui s’est joué : Retour sur un échec », Plein Droit, n°65-66, juillet 2005

Albano Cordeiro, membre de la Coordination nationale de Convergence 84 pour l’Égalité

Convergence 84 pour l’égalité est parfois citée lorsque l’on énumère les Marches des années 80. Cela se résume à l’intitulé de cette initiative ou à ajouter une date : le 1er décembre 1984, jour où environ 30000 personnes ont défilé à Paris, avec les « rouleurs » en tête. Ces mentions extrêmement sommaires, sans entrer dans des détails, laissent supposer que cette initiative partage les caractéristiques de ces marches. La difficulté à mieux en rendre compte ne tient pas uniquement au fait qu’elle est tombée dans l’oubli. C’est aussi parce que, par ses objectifs, bien que parfaitement intégrables dans ceux du dit « mouvement beur », cette initiative tenta d’infléchir ce mouvement dans une autre direction. Parler de Convergence équivaut à revenir sur des débats internes que la littérature sur les marches évite en général d’aborder.

 

Convergence 84 pour l’égalité est parfois citée lorsque l’on énumère les Marches des années 80. Cela se résume à l’intitulé de cette initiative ou à ajouter une date : le 1er décembre 1984, jour où environ 30.000 personnes ont défilé à Paris, avec les « rouleurs » en tête. Ces mentions extrêmement sommaires, sans entrer dans des détails, laissent supposer que cette initiative  partage les caractéristiques de ces marches.

La difficulté à mieux en rendre compte ne tient pas uniquement au fait qu’elle est tombée dans l’oubli. C’est aussi parce que, par ses objectifs, bien que parfaitement intégrables dans ceux du dit « mouvement beur », cette initiative  tenta d’infléchir ce mouvement  dans une autre direction. Parler de Convergence équivaut à revenir sur des débats internes que la littérature sur les marches évite en  général d’aborder.

 Les enjeux du mouvement 

1) D’abord, cette initiative avait comme but, entre autres,  de changer l’image du mouvement « des jeunes issus de l’immigration » que la « Marche des Beurs » avait laissée : celle d’un mouvement anti-raciste porté par des jeunes d’origine algérienne, voire maghrébine, en tant que cibles de ce même racisme.

La reconnaissance de la paternité du mouvement revenant formellement « aux beurs », cela circonscrivait la thématique au racisme. A travers cette présentation des choses, c’était bien la société française qui se rachetait de l’accusation de raciste, en reconnaissant aux victimes le droit d’être porteuses du sentiment anti-raciste également présent dans la société française.

La Marche de 1983 était partie de Marseille dans l’indifférence des médias. A son départ elle affichait ses objectifs sur la banderole de front (« Marche contre le Racisme et pour l’Egalité »). L’événement qui projeta la Marche sur les devants de la scène médiatique se produisit un peu plus de deux semaines avant l’arrivée à Paris, lorsque la défenestration d’un jeune marocain du train Bordeaux-Vintimille par des jeunes militaires français, souleva  une vague d’indignation dans toute la France. Le gouvernement et le parti socialistes décidèrent d’apporter un soutien appuyé à la Marche, vue comme un symbole du rejet du racisme en France. Sollicités, récupérés, les leaders du « mouvement beur » vont s’entre-déchirer, après le défilé des 100.000 à Paris. A Paris également, le Comité des jeunes issus de l’immigration qui avait préparé et mobilisé les militants de la région parisienne, éclata dans les premiers mois de 1984.

Une des analyses faites sur la cause de cet échec est justement le fait d’avoir laissé la Marche devenir un symbole de l’anti-racisme, au détriment de l’affirmation du principe d’égalité, ce qui ouvrait la porte à la récupération, en particulier par les forces politiques au pouvoir.

Convergence 84 va essayer de mettre l’accent sur l’égalité et éviter ainsi l’étiquetage en tant que mouvement exclusivement anti-raciste. Ceci passait par le refus d’une forme de soutien qui pouvait provenir du parti socialiste alors au pouvoir. Ce soutien, si tant est qu’il se présentait, devait être discret et non-récupérateur.

2) La nécessité d’une riposte à la montée du Front national

Après quelques percées aux élections municipales de 1983, l’année 1984 est celle de la prise de conscience du danger de la montée du Front national. Une montée qui défiait directement le « mouvement beur » : celui-ci semblait bien, dans le contexte d’alors, une force issue de la société civile qui se devait de faire face à ce danger qui menaçait directement les valeurs pour lesquels il se battait.

Or, la crise du « mouvement beur » devint notoire aux Assises des jeunes issus de l’immigration à Villefranche-sur-Saône à la Pentecôte 1984, alors même que le Front national confirmait sa percée aux élections européennes de juin 1984. Déchiré, le mouvement va s’avérer incapable d’apporter une réponse. C’est en réaction à cette incapacité qu’un petit groupe issu des divisions qu’a connues le Comité des jeunes issus de l’immigration se proposa de faire une marche, prenant comme slogan de ralliement « la France est comme une mobylette. Elle marche au mélange », phrase affichée par un manifestant anonyme à la manifestation du 3 décembre 1983. D’où l’idée de parcourir la France en mobylette. Les marcheurs devinrent des « rouleurs ».

3) Le changement de la représentation de la France d’aujourd’hui.

L’accent mis sur l’idée d’ «égalité» était un point majeur. Mais Convergence se voulait aussi une démarche visant à populariser l’idée que la France était devenue un pays multi-ethnique et pluri-culturel, battant en brèche le républicanisme jacobin qui présuppose que la France est « à ses nationaux » puisque la France est et doit rester un Etat-Nation englobant des populations non-françaises pour les franciser. Au contraire, les « rouleurs » étaient les messagers d’une France appartenant à ses résidents de toutes nationalités et origines culturelles.

C’est bien de là qu’est venue l’idée de faire cinq trajets convergeant vers Paris. A chaque trajet était associée une  communauté (ou plus) de la France d’aujourd’hui: le trajet français-maghrébin, le trajet portugais, le trajet africain, asiatique, turc, etc. Ces trajets symbolisaient les diverses composantes du peuplement de la France. L’objectif était de rendre une représentation proche de la France-pays réel d’aujourd’hui et de la France de demain.

4) L’élargissement de la lutte des jeunes issus de l’immigration.

L’initiative de la marche de 83 s’inscrivait dans un conflit qui concernait au premier chef une partie de la population de France. Certes, les valeurs pour lesquelles les marcheurs se sont mobilisés étaient universelles et à ce titre l’initiative concernait bien d’autres segments de la population de France, et l’image même de la France. L’explicitation de ces valeurs pour qu’elles soient plus largement répandues et produisent des résultats politiques intéressant toute la société française, était nécessaire mais problématique.

Paradoxalement, la crise du dit « mouvement beur » allait faciliter cette diffusion de la thématique de l’égalité et de l’antiracisme auprès d’autres composantes de la population française susceptibles de s’y reconnaître et d’y adhérer. Il y avait là une suite logique à l’initiative des la « marche des beurs ». De fait, cette démarche fut aisément comprise par des militants provenant de divers horizons, peu mobilisés ou mobilisés très tardivement pour le succès de la marche de 1983.

Si Farida Belghoul, du Comité des jeunes issus de l’immigration de la région parisienne alors en pleine crise, est partante pour une nouvelle initiative en 1984, elle n’a pas réussi à réunir autour d’elle un groupe suffisamment significatif d’anciens marcheurs de 1983 et de ceux qui s’étaient mobilisés pour le succès de l’opération, comme par exemple le père Christian Delorme et le pasteur Jean Costil, et avec eux les réseaux  paroissiaux ou simplement chrétiens qu’ils avaient su stimuler en 1983. Delorme et Costil ont fait le choix de rester aux côtés de la majorité des anciens marcheurs qui, faute d’entente large entre eux, resteront en retrait de l’initiative «de Farida ».

Malgré ce handicap, Farida et le petit groupe favorable à une nouvelle initiative, réussirent à constituer une équipe et une coordination pour lancer Convergence 84. Y seront représentées des organisations déjà présentes comme soutiens dans la préparation de la manifestation du 3 décembre 1983, des militants sympathisants de la démarche du « mouvement beur », et de nouveaux apports presque absents de l’initiative précédente. C’est le cas, par exemple, des associations communautaires nationales (AMF, ATMF, UTIT, ATF, ATT[1] ). Des organisations «franco-immigrées» de solidarité et de défense des droits des étrangers, déjà présentes (MRAP, LDH)  dans la mobilisation de 1983, s’impliquèrent également.

Sont aussi présents des militants d’organisations politiques de la gauche extra-parlementaire française, des travailleurs sociaux de sensibilité de gauche et des militants anti-racistes.

Parmi ces apports, celui de militants portugais a été déterminant. Ils constituaient potentiellement des relais pour une mobilisation  plus large et plus diversifiée que celle de décembre 1983, puisqu’ils étaient insérés dans la plus importante communauté étrangère de France. Mobilisés par l’intermédiaire de deux associations franco-portugaises, le CEDEP et Centopeia[2],  ils auront un rôle important dans l’organisation de Convergence et dans la préparation des cinq trajets. José Vieira est le principal organisateur de ces cinq trajets, et il devint ainsi une des chevilles ouvrières de Convergence 84.

Une alliance objective entre deux communautés d’origine immigrée

Parmi les jeunes d’origine algérienne au premier plan lors de la marche de 1983, nombreux sont ceux qui, tout en étant socialisés en France, avaient des obstacles d’ordre psychologique à assumer l’identité française. Leurs parents et tout un peuple, celui auquel ils avaient appris à se sentir appartenants, avaient lutté et sacrifié des centaines de milliers de vies pour que leurs enfants ne soient pas français. Et si l’identité française leur était offerte, le racisme auquel ils étaient confrontés leur rappelait que même s’ils étaient prêts à la prendre et à l’assumer, il n’était pas certain que cette situation serait bien acceptée par les Français, du moins par une partie d’entre eux.

D’un autre côté, la communauté portugaise – et grâce, en partie, à l’émergence du racisme anti-maghrébin qui va la faire oublier – avait connu des circonstances exceptionnelles pour construire une « invisibilité » propice à l’objectif du maintien à long terme de leur identité collective sur le territoire français. Pour les jeunes portugais socialisés en France et au regard de cet effort gigantesque mené par les parents, la logique était de ne pas liquider sans résistance un tel acquis.

Entre la fin des années 70 et la moitié des années 80, ces deux grandes communautés du nouveau peuplement de la France issu de l’immigration étaient, en situation – au moins au plan théorique – de poser les termes d’un débat sur le dépassement de la conception centraliste, unitaire et jacobine de l’organisation sociale et politique française. Mais, comme on vient de le voir, les facteurs qui y contribuent dans chacun des deux cas sont de nature totalement différente.

Les jeunes militants portugais qui ont rejoint Convergence sont nés au Portugal dans les années cinquante et soixante. Ils ont les mêmes âges que les militants « beurs » du début des années quatre-vingts. Mais, démographiquement, ils sont relativement peu nombreux. Ceux qui se rapprochent du mouvement sont fils et filles de militants associatifs ou antifascistes, de militants de la gauche catholique, eux-mêmes ont milité dans des associations plus ou moins politisées et  des organisations catholiques, comme la JOC ou la JEC[3].

S’ils s’étaient sentis concernés par le mouvement beur, en quelque sorte, ils n’y voyaient pas bien leur place. Convergence 84 leur donnait une opportunité de s’impliquer.

Le retournement du 15 novembre 1984 : un changement d’orientation politique est opéré.

Les objectifs de Convergence pour l’égalité étaient définis dans l’Appel de l’été 84. Il y était fait référence au repli des communautés minoritaires croyant par là « défendre [leur] statut et [leur] identité » . Il y était question également de l’intolérance croissante indiquée par la montée du Front national. Mais c’est autour de l’idée de « mélange », comme fondement de la nécessité de l’égalité, que s’était créée la dynamique principale. Le slogan « vivons égaux avec nos ressemblances, quelles que soient nos différences » exprimait également cette aspiration. Ce slogan devait signifier que nous nous positionnions d’égal à égal face à l’Etat français et dans les débats de société; la logique était celle de changer la représentation de la nation française où un « pacte républicain »  ne concernerait que des citoyens-nationaux et tendrait à ne pas reconnaître la diversité culturelle du pays. L’insistence sur une necessaire « intégration », de nature culturelle, en était la démonstration.

Toutefois, à la réunion de la coordination nationale de Convergence du 15 novembre 1984, Farida Belghoul et une partie de la coordination proposèrent de donner un autre contenu à la manifestation d’arrivée à Paris le 1er décembre, et ce,  malgré les engagements de l’Appel et en dépit du fait que l’initiative avait été prise en charge par de multiples composantes et par des militants d’origines diverses. Le contenu et le message de Convergence seraient désormais l’«autodéfense des quartiers» et la dénonciation des « faux anti-racistes ».

Dans la crise qui s’en est suivie, la préparation matérielle de la manifestation de l’arrivée à Paris fut compromise et celle-ci faillit être déprogrammée. C’est devant la perspective d’un échec irrécupérable que des militants se sont mobilisés vingt-quatre heures sur vingt-quatre, à quelques jours de la date de cette manifestation. Les militants portugais ont fourni une contribution majeure pour assurer un minimum de réussite à celle-ci.

Quelle est l’origine de ce volte-face ? En fait, Farida et ses compagnons du trajet franco-maghrébin venant de Marseille, avaient subi de plein fouet les conséquences de la désaffection des réseaux les plus actifs qui avaient apporté le soutien à la Marche de 1983.

Si le trajet était à peu de choses près identique à celui de l’année précédente, cette fois en revanche, ces réseaux s’étaient peu mobilisés. Les « anti-racistes » n’ont pas fait la publicité nécessaire et les « rouleurs » s’entendront dire que « de toute façon », s’adresser aux militants anti-racistes ne valait pas la peine, puisqu’ils étaient des « convaincus ».

A la veille du défilé, Farida Belghoul a fait connaître le texte de son intervention Place de la République à Paris, terminus de la manifestation. Intitulé « Lettre aux Convaincus » – il fallait lire, naturellement « Lettre aux Cons Vaincus »  – le texte non seulement confirmait l’orientation du 15 novembre, mais il allait même au-delà, en dénonçant les « faux anti-racistes ». Alors qu’en  tout état de cause, il s’agissait d’alliés dans la lutte anti-raciste, au-delà et en dépit de tous les reproches d’engagement mou ou d’opportunisme qui pouvaient leur être adressés.

Si la plupart des militants engagés jusque-là dans l’organisation, quoiqu’en  désaccord avec la nouvelle orientation de dernière minute, participèrent à la manifestation, certains cependant n’ont pas pu cautionner le volte-face. Parmi ceux-ci, l’organisateur des trajets en province, José Vieira, qui ce jour-là resta introuvable.

Cette initiative aurait pu être le point de départ d’un travail commun entre jeunes militants associatifs maghrébins et portugais, en faveur d’une conception nouvelle de la France. A un moment historique particulièrement propice à cette « convergence », la manière dont elle s’est terminée, en a fait une occasion ratée. Par la suite, d’autres raisons aidant, comme l’entrée en jeu de SOS Racisme, la crise prolongée du mouvement beur qui ne se remettra plus, cette possibilité ne s’est plus présentée.

D’une manière plus générale, ce fut aussi une occasion perdue de valoriser la diversité du peuplement de la France et des atouts variés qu’elle apporte. Certes, il est n’est guère possible d’affirmer que le succès de Convergence aurait modifié substantiellement l’état de la société, mais le mouvement aurait pu participer à accroître la contestation de l’idéologie de « l’intégration », devenue plus difficile. L’enjeu qui consistait à faire reconnaître que les migrations du XXème siècle avaient changé significativement le peuplement de la France avec des composantes « non-françaises » d’origine, est resté irrésolu. La reconnaissance de cette nouvelle identité de la France était nécessaire pour que tous se sentent partie du même pays.

L’échec de Convergence, même s’il fut  relativement camouflé, ne pouvait pas aider  le « mouvement beur » à se relever de la crise dans laquelle il avait plongé en 1984. Le vide sera ainsi rempli par SOS Racisme qui a repris à son compte un type de «lutte anti-raciste» qui « dénonce » des «faits concrets» type «l’ascenseur en panne » et oppose un discours antithétique à celui du Front National, sans remettre en cause les représentations en cours sur la société française. Au delà de SOS Racisme, plus généralement, la «lutte anti-raciste», dont on sera témoin, conjugue un militantisme de proximité, par récupération des «leaders de quartier», le grand spectacle (les Concerts), les «fêtes interculturelles» et une valorisation béate des «valeurs de la Nation Française », la première desquelles celle d’une République généreuse vocationnée à intégrer «tous ceux qui viennent chez elle».

Le seul ouvrage existant sur cette initiative est « Convergence 84 pour l’égalité/ La ruée vers l’égalité »,  (1985, 108 p.), réalisé par un Collectif de militants actifs de Convergence 84 : Nelson Rodrigues, Josée Chapelle, Olga Najgeborn  et José Vieira. Mise en page de José Vieira. L’ouvrage rassemble les textes produits avant, pendant et après cette expérience, ainsi que des reproductions d’articles de presse.  Epuisé, l’ouvrage est disponible au CIEMI, 46, rue de Montreuil 75011 Paris : http://www.ciemi.org

Dans la vaste littérature dite « sur les Marches », nous signalons le livre « Dix ans de marche des Beurs » (Epi / Habiter, Desclée de Brouwer, 1994, 232 pp.), de Saïd Bouamama, qui aborde Convergence 84 pour l’égalité (p. 99 à 112).  Militant actif de Convergence 84, Bouamama rappelle que cette initiative s’adressait bien à la société civile plutôt qu’à l’État, et que «malgré elle» Convergence a pris l’allure d’une action «de Maghrébins pour des Maghrébins».

« Contribution à la mémoire des banlieues » (co-édition de Culture & Liberté –Ile-de-France et Edition du Volga), de Saïd Bouamama avec la collaboration de Mokhtar Djerdoubi et Hadjila Sad-Saoud, porte sur des témoignages d’acteurs du « mouvement beur ». Cet ouvrage est précieux pour évaluer l’héritage laissé dans la mémoire des débats qui ont traversé la « communauté » des militants intervenus dans les mouvements de la décennie 80.

Convergence 84 y est rarement rappelée. De la lecture on retire surtout l’idée que cette expérience est absente de la mémoire, voire refoulée, puisque les témoignages en font que rarement référence. A se demander si cette expérience fait ou non partie de la mémoire du « mouvement beur », ou s’il s’agissait d’une expérience « atypique ».

A Stephane Beaud, 21/5/09

Je reprends la conversation – pour ainsi dire- parce que je me suis aperçu d’une petite erreur (pour ne pas être exigeant), en télescopant deux événements lors de Convergence.
La rupture avec Farida se fait en réalité en deux temps. Le premier est celui donc de la coordination nationale du 15 novembre 84, où Farida annonce un changement des objectifs de Convergence  qui seraient publicisés à l’arrivée à Paris. Il y a une réaction de ma parte : une lettre que j’écris de Grenoble que je croyais se trouver dans le livre de José (Ruée vers…), mais elle n’y est pas. J’ y faisais une critique du virage de Farida.
Le clash définitif se produit à la veille (avant-veille?) de la manif de Paris. Les « marcheurs » dorment dans des aparts de l’immeuble où se trouvait alors la FASTI. Dans la nuit Farida glisse sur la porte des chambres des membres de la coordination (je n’y étais pas), le texte du Discours de la République. C’est bien ce texte  qui va provoquer la colère de José Vieira, qui ira chez lui s’enfermer jusqu’à la fin de la manifestation. De là aussi la réaction -semble-t-il immédiate- des copains maos de Badiou (dont Olga Najborn et « Leopold », c.a.d. Christian Dutertre) qui se dissocient, ainsi que d’autres membres de la coordination et marcheurs….. (ce sera avec eux qui sera créée l’Université Alternative Anti-Raciste pour l’Egalité (UAARE) qui durera environ deux ans. Dans celle-ci il n’y a pratiquement pas de maghrébins (je me rappele d’un : Mustapha Hadjarab), mais il y a d’autres gens.
Dans les jours qui suivèrent la Coordination du 15 novembre, l’exécutif de la Coordination qui travaillait au Relais de Menilmontant s’est largement disloqué du fait d’un certain désarroi qui s’est installé. On allait à un désastre. Ce sont essentiellement des copains du CEDEP, en particulier Manuel Dias et aussi Carlos Bravo, également alors président (ou Secrétaire, à voir) de la FASTI, qui sont venus donner un coup de main à temps plein pour l’organisation de la manifestation prévue, puisque dans le désorganisation qui régnait celle-ci semblait même compromise.
Il y avait un soutien de l’UTIT et de l’ATMF à Convergence ( là encore, ils ne se sentaient pas avoir eu leur place lors de la marche de 83). Après Convergence, nos rapports (entre le CEDEP et eux), s’est renforcé, d’autant plus que, le CAIF étant crée (Janvier 84) nous y participions (en devenant Président du CEDEP, fin 85, sauf erreur, je participe en personne à la direction)
Mémoire Fertile peut encore être considérée une initiative dans la foulée de Convergence, mais c’est un autre sujet.
En feuilletant le livre de José, j’ai vu une interview à Jean Pierre Worms, député socialiste d’alors. Il est un cas particulier. Je l’ai contacté au début de Convergence, ou même dans la phase de préparation-  à la suite d’une interview sur Libé ( je crois, mais presque sûr) où il défendait clairement le pluriculturalisme (en tout cas avec une vision en rupture avec l’idéologie « républicaine »). Un jour, en montant à Paris, je suis descendu à Macon (où il était député) pour le rencontrer et en effet l’idée de Convergence l’a emballé. C’est le seul appui qu’il y a eu de la part des gens du PS. Mais, je disais, c’est bien un cas particulier … JPWorms sera rapporteur auprès du Conseil de l’Europe pour rédiger la Charte européenne des langues Régionales, qui se prononce pour leur protection et reconnaissance. Le gouvernement français jusqu’à aujourd’hui n’a pas encore ratifié la Charte citée (je suis sûr, mais ce serait à vérifier) … Ceci pour dire qu’il était un peu un mouton noir…
Je rappelle le nom du chargé de mission de Georgina Dufoix pour s’occuper des marcheurs : Blocquaux.
Encore une épisode. Malgré des apparentes bonnes relations entre nous et Eric Favereau qui suivait Convergence pour Libé, ses articles se positionnaient la plupart des fois sur la vision « continuiste  » de la marche de 83 et sur le registre anti-raciste. Mais ce qui nous a énervé de la part de Libé est son parti pris pour une vision Blanc-Black-Beur-Embrassons-nous-Folleville qui devenait une caricature quasi-ludique de l’initiative Convergence.
Je connaissais le responsable de rubrique Société de Libé à l’époque, un ex-mao de Grenoble, René Boullu. J’ai eu l’occasion de le rencontrer par hasard dans un bar, je lui ai fait part de mes critiques quant à la forme dont avait été traitée Convergence dans leurs colonnes. Il m’a répondu illico : c’était une décision de section Société ( lui-même) de mettre l’accent sur le slogan « blanc-black-beur »….   sous-entendu : c’était accrocheur. On n’est pas allé plus loin.

J’ai cherché dans mon ordi actuel et je n’ai rien trouvé qui puisse apporter du nouveau par rapport à l’article publié dans la revue du GISTI. Il faudrait fouiller dans les archives papier ou dans des anciens disques durs. Si j’ai une piste, entre-temps, je ne manquerais pas de faire savoir.

Un mot encore sur le premier article que j’ai fait après Convergence pour faire connaitre le rôle des jeunes Portugais dans l’initiative. Je l’ai fait pour « Presença Portuguesa », mensuel lusophone patronné par la Diocèse de Paris et le SITI (n’existe plus, je crois).  Je l’avais intitulé  » Le rôle des jeunes issus de l’immigration portugaise dans … ». Quand je reçois le journal, le titre sorti était « Le rôle des jeunes issus de l’immigration dans …. « . Le mot « portugaise » était disparu….ce qui retirait d’emblée tout intérêt à l’article puisqu’il ne voulait pas parler, comme à l’habitude du rôle des « jeunes issus de l’immigration » (qui était et est sous-entendu « d’origine maghrébine »), mais bien des jeunes d’origine PORTUGAISE. Même un journal pour des Portugais était perméable à l’idée que si l’on parle de ce que font des  jeunes issus de l’immigration, cela ne concerne pas les Portugais.
C’est bien le fait d’avoir été témoin de la manière dont la presse, en particulier, a ignoré de façon systèmique l’apport déterminant des Portugais au projet et à la réalisation de Convergence, observation corroborée par maints contacts avec des personnes censées être au courant des mouvements qui traversaient le monde  de l ‘immigration, qui m’ont amené à écrire dans la revue Travail (publiée par l’ AEROT, de Benjamin Coriat, Catherine Levy, etc),  un article intitulé « La communauté portugaise. La plus grande communauté invisible de France » (Travail, n°7/1985).

article publié dans la revue du GISTI Plein Droit,  n° 65-66, juillet 2005, pp. 60/63.


[1] AMF, association des Marocains en France ; ATMF, association des travailleurs marocains en France (devenue depuis  association « des travailleurs maghrébins ») ; UTIT, union des  travailleurs immigrés tunisiens ; ATF, association des Tunisiens en France ; ATT, association des travailleurs turcs.

[2] CEDEP, Collectif d’études et de dynamisation de l’émigration portugaise ; Centopeia, association de jeunes d’origine portugaise.

[3] Jeunesse ouvrière catholique, Jeunesse étudiante catholique.

Source: blog Changement & Société

Saïd Bouamama, « Marche pour l’égalité ou marche des beurs ? », site Les Indigènes de la République, 15 octobre 2013

La Marche pour l’égalité et contre le racisme est plus généralement connue sous le nom de « marche des beurs ». Le mot « beur » est cependant loin d’être innocent comme le montre le sociologue Saïd Bouamama dans son livre « Dix ans de marche des beurs. Chronique d’un mouvement avorté » dont nous publions, ci-dessous, un extrait.

« Avant la marche de 1983, les jeunes issus de l’immigration n’existent pas pour la société française. Plus précisément, leur sortie de l’invisibilité sociale a connu deux périodes contrastées : la première, connotée négativement, s’enclenche avec les rodéos de l’été 81. La seconde, connotée positivement démarre avec la Marche.
Entre-temps, les méchants casseurs et délinquants se sont transformés en « gentils Beurs ».

S’il y a effectivement une nouvelle réalité sociologique avec l’émergence d’une génération née de l’immigration, les contours et les ruptures sont loin d’être là où le discours politique et médiatique les ont situés pendant et après la Marche.

Les jeunes qui participent à la Marche sont nés pendant et juste après la guerre d’Algérie. Au regard du Français, ils se confondent avec leurs parents. Ils font partie de l’immigration et ont exactement les mêmes caractéristiques que les immigrés plus âgés. La même vision est partagée par les parents de ces jeunes. Ceux-ci rêvent pendant longtemps d’un retour au pays d’origine par réussite interposée de leurs enfants. Pour des raisons différentes, tous les regards sociaux enferment cette génération dans la fixité et dans la non-reconnaissance de leur identité réelle. Pourtant, ils connaissent une socialisation spécifique, cumulant des traits de la culture des parents, de la culture populaire française, et synthétisée dans l’expérience particulière des cités de transit des ZUP et des blocs HLM.

C’est dans ce contexte particulier qu’apparaît le terme « Beur » dans la jeunesse de la région parisienne. Il s’agit en fait d’une auto-appellation, exprimant l’identité d’affirmation. Ce thème est, en effet, le résultat d’un double verlan, d’une double inversion du mot « Arabe » (Arabe devient Rebe, qui devient Beur). Il indique à la fois l’existence de spécificités nouvelles vis-à-vis des parents mais aussi l’affirmation d’une origine arabe. Plus précisément il exprime l’émergence d’une nouvelle réalité identitaire française : l’existence d’Arabes de France. Jusqu’alors, la France ne connaissait que des Arabes en France.(…) Mais le terme est loin de ne désigner que les enfants d’immigrés maghrébins. Des enfants issus de l’immigration africaine, portugaise, etc., de jeunes Français d’origine, s’auto-désignent également ainsi. En fait, ce terme exprime l’émergence d’une identité urbaine multiculturelle, assumée et revendiquée. Il indique le refus d’une identité uniforme, homogène et niant ses diversités.

A l’issue de la marche, le terme « Beur » connaît néanmoins un processus de suridéologisation. Il est récupéré par le discours politique et le vocabulaire médiatique. Il est détourné de son sens initial. Il est présenté comme le signe d’une rupture avec la culture des parents (ce qu’il n’est qu’en partie). L’aspect de revendication des identités d’origines, dans le cadre d’un processus de mutation de celles-ci, est nié. Derrière ce détournement de sens, se cache le besoin de diviser les communautés issues de l’immigration en deux. (…) Si les Beurs sont considérés comme intégrables, le reste des communautés issues de l’immigration est, lui, à gérer avec beaucoup plus de fermeté et de restriction afin d’éviter le flux de l’immigration clandestine. Il n’est dès lors pas étonnant, dans ce contexte, que la plupart des acteurs rejettent aujourd’hui le terme « beur », comme le terme « intégration » d’ailleurs. »

« Les Beurs sont d’autant plus valorisés qu’ils affichent une distance avec leurs origines : ils sont d’autant plus appréciés qu’ils ne paraissent plus arabes ».

Saïd Bouamama

Cet article a été publié le 25 novembre 2008 sur notre site.

Source: Les indigènes de la République

Sylvia Zappi, « Les « beurs », acte III », Le Monde, 11 octobre 2013

Les premiers pensaient être simplement de passage, ils ont subi leur destin d’opprimés. Les deuxièmes ont dû faire face à l’ignorance et s’imposer pour rester. Pour les troisièmes, ils sont d’ici, c’est comme une évidence, mais subissent toujours des discriminations. Trois générations d’immigrés et d’enfants d’immigrés maghrébins cohabitent désormais dans la société française. Parfois quatre.

Depuis la Marche pour l’égalité de l’automne 1983, le chemin parcouru semble énorme. Pour la première fois, des jeunes issus de l’immigration donnaient de la voix pour dénoncer le racisme et demander l’égalité. Qu’en reste-t-il, trente ans plus tard ? En suivant une famille sur trois générations, du grand-père à la petite-fille, on mesure l’évolution du sort fait à ces « étranges étrangers » et celle de leur perception par la société française. Une société qui, en dépit de l’égalité proclamée, porte encore sur eux un regard empreint d’ambivalence.

MAIN-D’ŒUVRE BON MARCHÉ

Quand les premiers arrivent dans la France des années 1950, rien n’est fait pour les accueillir. Au lendemain de la guerre, l’industrie a besoin de main-d’oeuvre bon marché. Elle la trouve dans son empire colonial. Ces hommes dans la force de l’âge ont débarqué, fuyant la misère, d’Algérie ou du Maroc. Ce sont souvent des Bédouins, des paysans, appelés à travailler dans les mines et la sidérurgie. Comme ceux-là, Djilani Kaki arrive en 1956 de Biskra, une région d’oasis dans les hauteurs des monts du Zab, à 400 kilomètres d’Alger. Il vivait avec les siens dans la palmeraie, aux portes du désert, loin de la ville. Pour lui, les Français sont les colons. Méprisants, voire violents. Il revient au pays pour la guerre d’indépendance, puis repart en France en 1960. Durant huit ans, il fait des allers et retours et envoie chaque mois un mandat à sa femme, Takia, qui l’attend avec son fils, M’hamed. Il vit seul dans le bidonville de Sartrouville (Yvelines), un amas de taule et de briques où il fait froid et humide, au bout des champs de patates.

LE RÊVE DU RETOUR

En 1968, il fait enfin venir sa femme et son fils, âgé de 8 ans. Djilani travaille de l’aube à la nuit tombée dans une déchetterie de Villeneuve-la-Garenne où il décharge des camions. Il parle peu, et comprend mal cette femme qui veut travailler, ce petit grandi loin de lui. Son rêve est de rentrer au pays, où il construit « sa » maison. Sa femme fait des ménages. Souvent, elle met en garde ses enfants contre les Français, « après tout ce qu’ils nous ont fait… » Mais de leurs souffrances, des humiliations qu’ils subissent quotidiennement, ils ne parlent pas.

Pour eux, l’immigration n’est qu’une parenthèse destinée à améliorer leur situation, amasser un pécule pour faire construire une maison au bled avant de rentrer. C’est pour ce rêve qu’ils endurent les « sales bicots », les nuits sans chauffage, la boue dès qu’il pleut et ce robinet que la mairie refuse de déplacer, même si les enfants risquent leur vie en traversant la route nationale chaque fois qu’ils sont de corvée d’eau. « Dans cette France, on n’était pas chez nous, donc on ne réclamait rien », se souvient Mehdi Lallaoui. Le réalisateur, auteur notamment d’une série de documentaires sur l’immigration (Un siècle d’immigration en France, 1997), poursuit : « C’est le rêve du retour sur la terre natale qui leur a fait tenir l’exil, confrontés au racisme brut au quotidien. » Même si ce retour est repoussé après la fin de la scolarité des enfants, puis après la retraite. « La perspective d’une immigration temporaire a été une forme de protection face à la somme des difficultés auxquelles ces immigrés devaient faire face. Comme ils ne devaient pas rester, ils n’ont pas posé leurs marques », ajoute la sociologue Emmanuelle Santelli, chercheuse au centre Max-Weber de l’université de Lyon et à l’Institut national d’études démographiques (INED). Djilani repartira en Algérie en 1984, Takia restera auprès de ses fils.

IMPLACABLE DESTIN SCOLAIRE

C’est avec ces « fils de », cette génération arrivée très jeune ou née sur le sol français, que tout bascule. Les pouvoirs publics ne s’attendaient pas à ce que ces Maghrébins restent et fassent venir leur famille. Pourtant, les enfants d’immigrés représentaient, dans les années 1970, environ 12 % de la population française, dont 28 % d’origine maghrébine, estime l’enquête « Trajectoires et origines » 2008, réalisée conjointement par l’INED et l’Insee. « Les autorités se sont retrouvées face à un processus de peuplement qu’elles n’avaient pas anticipé. Dans les années 1970, l’immigré est un travailleur, un ouvrier défini par son espace de travail : l’usine ou la mine. Des femmes et des enfants, on ne parle pas. Ils sont déjà là mais ils n’entrent pas encore dans les représentations collectives », explique Patrick Simon, sociodémographe à l’INED.

M’hamed Kaki se souvient de cette période où « il fallait raser les murs, ne pas se faire attraper par la police parce qu’elle faisait peur ». L’école, fréquentée par les seuls enfants du bidonville (maghrébins et gitans), ne laissait pas beaucoup d’espoir. « En CP, l’instituteur, un ancien d’Algérie, nous frappait avec une trique en nous traitant de « têtes de béton ». On en sortait tous fracassés », explique le quinquagénaire. Son destin scolaire sera, comme celui de beaucoup de ses copains, émaillé d’échecs et d’humiliations. « Au collège, notre classe était dans un préfabriqué, à côté des bâtiments en dur où étudiaient les « vrais » élèves. Nous, on savait qu’on allait à la casse. »

RACISME QUOTIDIEN

Orienté en 4e préprofessionnelle, puis en CAP de maçonnerie, il sort à 15 ans du système scolaire et va travailler comme couvreur. Là, il est confronté au racisme quotidien des ouvriers blancs : « Le mec avec qui je bossais ne m’appelait jamais par mon nom. Il disait « Eh, toi ! » pour ne pas prononcer mon prénom. » M’hamed ne supporte pas, se bagarre, démissionne et galère dans d’autres petits boulots, jusqu’à ce job de veilleur de nuit à la fac de Nanterre. C’est là qu’il va se fabriquer son éducation culturelle, à travers des rencontres, des cours du soir, le théâtre et un acharnement qui lui fera passer l’examen spécial d’entrée à l’université, puis une licence et un DEA de sociologie. Il est aujourd’hui cadre territorial.

Comme lui, ils sont quelques-uns à s’en sortir. Mais la plupart ont eu un destin de fils et de filles d’ouvriers. Quand ils arrivent sur le marché du travail, les emplois d’ouvriers se raréfient. Les usines et les mines ferment et leur peu de qualification est dévaluée.

Leurs parents quittent les cités de transit pour s’installer en HLM au moment où la petite classe moyenne française en sort, accédant en masse à la propriété grâce au crédit pas cher. Le climat se fait encore plus violent : pas un mois sans qu’un crime raciste défraye la chronique. « Notre présence était insupportable pour certains. Les policiers et les beaufs avaient la gâchette facile. Quand on était contrôlé, il fallait montrer sa carte de séjour et ses fiches de paie », se souvient M’hamed Kaki.

LE TEMPS DE LA FRANCE « MULTICULTI »

A Vénissieux (Rhône), dans la cité des Minguettes, les premières émeutes opposent les jeunes aux forces de l’ordre. Toumi Djaidja se fait tirer dessus. C’est lui qui lancera, en 1983, l’idée de la Marche pour l’égalité, que l’on appellera très vite « Marche des beurs ». Départ de Marseille le 15 octobre, avec un cortège qui compte quelques dizaines de personnes. Deux mois plus tard, ils sont 100 000 à défiler à Paris pour dénoncer le racisme : finie l’image du vieux, isolé dans son foyer Sonacotra, la France découvre ses enfants d’immigrés, keffieh autour du cou et coiffure à la James Brown ou Angela Davis. La Marche va devenir la métaphore de ce que vit toute une génération : ils sont d’ici et clament qu’ils vont y rester.

Pour ces jeunes issus de l’immigration, c’est une renaissance : ils peuvent s’inventer un avenir et découvrent une France plus ouverte qu’ils ne l’imaginaient. Ceux qui ont milité à cette époque se souviennent : « Tout d’un coup, on pouvait exister, on investissait l’espace public. On revendiquait notre part de Français », assure M’hamed Kaki. « Ce fut le moment de la visibilité de toute une génération, et de la diversité de la société française », souligne Saïd Bouamama, sociologue à l’association Intervention, formation, action et recherche (IFAR). « C’est un horizon de reconnaissance qui s’ouvrait. Et c’est aussi une France nouvelle qui apparaissait, jeune et métissée. Même si cela n’a rien changé dans les quartiers, c’est un acquis fondamental », renchérit Ahmed Boubeker, professeur de sociologie à l’université de Saint-Etienne. La génération qu’on a appelée « beur » explose alors : elle investit les associations, la culture, apparaît pour la première fois à la télévision et dans la littérature. La France se découvre multiculturelle et ses immigrés deviennent eux aussi des acteurs. Cela ne va pas durer.

Lire l’entretien : « Les discriminations ethniques excluent davantage en France qu’en Allemagne »

LA MONTÉE DU FRONT NATIONAL

La parenthèse de cette France « multiculti », qui semble prendre en compte d’autres manières de trouver sa place dans la société, se referme assez vite. Face à la montée du Front national aux élections municipales de 1984, la gauche revient sur ses promesses de droit de vote des étrangers aux élections locales et d’abolition de la « double peine », cette mesure selon laquelle un étranger condamné est également expulsé du territoire une fois sa peine purgée. « Plutôt que de prendre acte que la question immigrée était d’abord sociale – la pauvreté l’articulant à l’origine -, la gauche a pensé qu’on pouvait régler la question avec un discours d’intégration par la réussite », note le sociologue Saïd Bouamama. A partir des années 2000, avec le retour de la droite au pouvoir, le discours se durcit encore, soulignent tous les acteurs. La méfiance vis-à-vis des politiques et des institutions s’installe. « D’une vision où c’est à l’Etat qu’il incombe de créer les conditions d’une bonne intégration, on est passé à un constat d’échec et à la désignation des immigrés comme responsables de cet échec », remarque Abdellali Hajjat, maître de conférences en sciences politiques à l’université de Nanterre.

Aïssa Kaki témoigne de cette ambiguïté. Fille de M’hamed, petite-fille de Djilani et Takia, la jeune femme de 23 ans, apprentie comédienne, se sent « complètement » française. Et quand on lui parle d’égalité, elle répond qu’elle a les mêmes problèmes qu’un jeune Français habitant en banlieue, les mêmes galères pour trouver un logement, un emploi. « On ne trouve pas notre place, on n’est pas entendus », explique-t-elle simplement. Mais elle sent aussi les préjugés que suscitent sa peau mate, ses cheveux frisés et son nom : « Il y a toujours cette petite question sur mes origines. Je ne comprends pas pourquoi on me demande d’où je viens alors que je suis née à Argenteuil ! », dit-elle de sa voix déterminée. Elle sent bien le raidissement de la société française mais préfère l’ignorer. « Dans cette crise qui dure, j’ai l’impression qu’on essaie de mettre l’accent sur les origines. Mais ce sont les autres qui veulent me coller une étiquette. Moi, je m’en fiche ! », lance-t-elle. Elle voit son histoire familiale comme « une richesse ». « Quand je vois ma grand-mère et mon père, je n’arrive pas à me plaindre. Ils ont eu tellement de courage. Aujourd’hui, ils sont fiers de moi », dit la jeune femme, qui a obtenu une bourse de la Fondation France Télévisions.

DES ORIGINES QUI FONT ÉCRAN

Aïssa tourne avec la troupe de l’école Miroir, à Epinay-sur-Seine (Seine-Saint-Denis), où elle étudie désormais. Après avoir passé deux ans au prestigieux cours Simon, à Paris, elle a préféré intégrer ce lieu qui promeut les talents « issus de la diversité culturelle et sociale des quartiers populaires ». « J’avais besoin de quelque chose qui me ressemble plus », glisse la jeune femme, qui assure qu’elle sera « au même niveau qu’une comédienne parisienne ». Une manière pudique de dire qu’il n’est pas facile de se faire une place quand les origines font écran.

Pourtant, Aïssa semble aussi se détacher de l’histoire familiale. Ou tout du moins affirmer son rapport à la société française d’une manière moins douloureuse. Quand son père avoue encore avoir « l’impression d’être un indigène », persuadé qu’il n’est pas assez reconnu sur son lieu de travail ou comme acteur politique dans sa ville, elle répond qu’elle est fière de lui, mais que les combats de son père ne sont plus les siens : « Je reviens d’une tournée à Berlin, et là-bas j’étais française, tout simplement. » A ses yeux, il faut juste que « les jeunes de banlieue aillent là où on ne les attend pas et y excellent ». Père et fille donnent un aperçu de ce que ressentent ces héritiers de l’immigration : les contradictions existent dans leurs regards comme dans celui que la France porte sur eux. « Il y a dans la société française un mouvement de flux et de reflux où rien n’est définitivement acquis. Plus il y a de gains vers l’égalité, plus il y a de secteurs qui se crispent », résume Mogniss Hamed Abdallah, journaliste et cofondateur de l’agence de presse IM’média, spécialisée dans l’immigration et les cultures urbaines.

REJET ET DISCRIMINATIONS

En ce début de XXIe siècle, l’immigration a donc diffusé dans toutes les strates de la société. Le visage de la France a continué à se transformer, accueillant plus d’immigrés, d’origines plus diverses, Afrique subsaharienne, Turquie ou Chine. Il n’y a désormais pas un secteur professionnel ou artistique qui n’ait inclus des noms à consonance arabe. Mais dans le même temps, la paupérisation et la relégation spatiale que subissent les banlieues sont des fractures vécues de plein fouet. De plus, depuis les attentats du 11-Septembre et le regain du terrorisme islamiste, un climat de suspicion collective semble s’être installé. L’actualité internationale présente l’islam comme un danger et, désormais, nombreux sont les Français qui le regardent comme tel. Comme le note le sociologue Stéphane Beaud, « le club France s’est rétréci ». « La société française est dans cette tension entre sa réalité multiculturelle et la tentation du repli national qui construit les difficultés d’adaptation des immigrés et focalise sur la menace supposée de l’islam », renchérit le sociodémographe Patrick Simon. Deux phénomènes témoignent douloureusement de cette crispation : le rejet des musulmans et les discriminations raciales.

Une barrière à l’embauche s’est confirmée dans les bassins d’emploi : les jeunes sont pénalisés au faciès ou lorsqu’ils portent un nom à consonance étrangère. « Alors que, pour eux, il va de soi qu’ils veulent vivre dans la société française, ils continuent d’être renvoyés à leur origine. Des décennies après, on recueille toujours, à travers leur histoire, des épisodes discriminatoires envers eux-mêmes ou leurs proches », témoigne la sociologue Emmanuelle Santelli.

« SOCIÉTÉ RACIALISÉE »

La France fait comme si l’égalité était un acquis, puisque ce principe est affiché depuis plus de trente ans. Mais ce discours n’est plus audible tant les pratiques sont discriminatoires, particulièrement pour les plus diplômés. Selon une enquête du Bureau international du travail (2007), quatre employeurs sur cinq choisissent, à diplôme égal, un candidat d’origine métropolitaine de préférence à un candidat d’origine maghrébine ou noire. « Si les discriminations augmentent, c’est parce que, du côté des « majoritaires », des élites administratives et politiques, on a un refus de l’égalité », analyse Abdellali Hajjat. « L’égalité est perçue comme inaccessible, un privilège de certains, les autochtones « , relate Nacira Guénif, sociologue à l’université Paris-VIII. « Depuis trente ans qu’elle se répète, la structure inégalitaire s’est durcie : les jeunes d’aujourd’hui grandissent dans une société racialisée », analyse Patrick Simon. Une raison, aux yeux de ces observateurs, pour que ces jeunes descendants d’immigrés ne veuillent plus entendre parler d’intégration ou d’égalité des chances. Ils veulent qu’on leur fasse une place.

Source : Le Monde

Sylvia Zappi, « La Marche des beurs veut entrer dans l’histoire de France », Le Monde, 12 octobre 2013

La marche pour l'égalité des droits et contre le racisme, le 15 octobre 1983, à Marseille.
La marche pour l’égalité des droits et contre le racisme, le 15 octobre 1983, à Marseille. | AFP/P. CIOT
C’est l’histoire d’une amnésie collective. De l’oubli d’un événement majeur qui a pourtant secoué toute la société française, lui mettant sous les yeux la présence de milliers de jeunes issus de l’immigration qui demandaient à être reconnus. Le 15 octobre 1983, une petite quarantaine de jeunes immigrés partaient de Marseille pour dire stop aux crimes racistes et réclamer l’égalité et la justice . Ils lançaient la Marche pour l’égalité et contre le racisme, appelée ensuite Marche des beurs.Trente ans plus tard, une multitude d’initiatives s’apprêtent à commémorer cette marche. Tour à tour, des rencontres sont organisées dans toute la France durant un mois et demi, plusieurs livres sont publiés pour retracer cette épopée, et un film grand public, La Marche, de Nabil Ben Yadir, avec Olivier Gourmet et Djamel Debbouze, sort le 27 novembre dans 500 salles.

Pourtant, durant trente ans, cette irruption citoyenne sans précédent des jeunes issus de l’immigration semblait avoir sombré dans l’oubli. Au lendemain de la

marche, c’est l’association SOS-Racisme qui avait habilement récupéré la mise médiatique et politique . Déçus par la gauche qui n’a pas su leur ouvrir ses portes, les acteurs principaux se sont tus, se repliant sur le local. Lors du dixième puis vingtième anniversaire de la marche, quelques initiatives avaient tenté de ranimer la flamme des Minguettes, mais sans succès.

LE « MAI 68 DES JEUNES IMMIGRÉS »

Selon un sondage de la Licra, réalisé par l’Institut Opinion Way (du 2 au
3 octobre auprès de 1 003 personnes), 19 % des Français – et seulement un quart des plus de 40 ans (23 %) – se rappellent de la marche de 1983. Ce qu’on a souvent appelé le « Mai 68 des jeunes immigrés » semble n’avoir pas marqué les mémoires. Beaucoup moins que les révoltes étudiantes de 1986. « Personne ne se rappelle de cette histoire parce c’est une histoire qui concerne les Arabes. Et nous, nous avons oublié de la raconter », veut croire Saïd Kebbouche, directeur d’Espace projet interassociatif à Vaulx-en-Velin et militant PS.

Cette amnésie illustre surtout le rapport ambigu et conflictuel entre la gauche et la jeunesse des banlieues. Le PS, méfiant à l’égard d’associations remuantes de jeunes des cités, a préféré soutenir ses alliés de SOS-Racisme, plus présentables quand le FN commençait à remporter ses premiers succès électoraux. Le PCF a longtemps regardé les marcheurs comme de jeunes utilisés par le PS pour « détourner » de la question sociale. Les querelles internes au milieu associatif issu de l’immigration, entre ceux qui cherchaient une reconnaissance auprès des élus et les plus radicaux, ont miné toute possibilité de résurgence politique de cette jeunesse des banlieues .

Ce fut pourtant, en 1983, un électrochoc dans la société. Pour la première fois, ces fils et filles d’immigrés dont on n’avait jamais imaginé qu’ils feraient souche sur le territoire, se mobilisaient. Leur marche, commencée dans l’indifférence, a résonné comme le cri d’une génération et suscité un consensus antiraciste sans précédent.

ÉVÉNEMENT FONDATEUR

Ils sont partis à une petite quarantaine de Marseille, ce 15 octobre 1983. Accompagnés par un curé et un pasteur, ils ont lancé leur initiative dans une indifférence polie. Sept semaines plus tard, le 3 décembre, rejoints par tout ce que la gauche compte d’organisations syndicales et antiracistes, ils sont accueillis par une manifestation monstre de 100 000 personnes à Paris et reçus par le président de la République.

Tous ses acteurs assurent que cette marche fut un événement fondateur. « Ça a été une reconnaissance incroyable », se souvient Yamina Benchenni, animatrice du Collectif du 1er juin à Marseille. « Ce fut soudain un signe de respect et le signal pour nous d’investir le monde associatif, syndical les milieux de

l’entreprise », raconte Mogniss Abdallah, fondateur de l’agence Im’media. « Toute une génération sort de l’invisibilité et revendique sa place », renchérit le sociologue Saïd Bouamama.

C’est aujourd’hui cette visibilité dans l’histoire que revendiquent les héritiers de la marche. Un peu partout sur le territoire, des associations et collectifs se sont montés pour rappeler cet événement. Une effervescence qui se fait encore dans l’éparpillement mais qui témoigne d’une volonté de faire entendre cette voix des banlieues et des descendants d’immigrés.

INITIATIVES UN PEU PARTOUT SUR LE TERRITOIRE

Vendredi 11 octobre, le collectif AC LeFeu, soutenu par la Fondation Abbé Pierre, lance une « caravane de la mémoire » qui sillonnera les villes pour soutenir de nouvelles formes d’engagement dans les cités et pousser les jeunes à s’inscrire sur les listes électorales afin de faire entendre leur voix. Le 15, ce sera au tour d’un Collectif national pour la célébration de la marche, regroupant une quarantaine d’associations, soutenu par plusieurs organisations de la gauche radicale et écologiste, d’annoncer une série de rencontres qui pourraient aboutir à une manifestation nationale le 7 décembre.

Le gouvernement ne sera pas en retrait. François Lamy, ministre de la ville, doit se rendre lundi 14 octobre à Vénissieux, ville où Toumi Djaidja a lancé, avec son association SOS Avenir Minguettes, l’idée de cette marche pacifique et revendicative. Quelque 450 000 euros ont été débloqués pour soutenir les initiatives un peu partout sur le territoire. « Je veux rendre hommage à un temps fort d’initiative citoyenne qui doit s’intégrer dans l’histoire de France », explique M. Lamy.

Dans l’entourage du président de la République, la question d’une intervention du chef de l’Etat a été évoquée. Rien n’est encore arrêté. Mais M. Lamy reconnaît qu' »il serait utile d’avoir une parole forte sur cet événement fondateur qui a réveillé la société française ». Reste que l’attente des associations n’est pas seulement dans la commémoration mais aussi dans le rappel des situations de discriminations et de stigmatisation qui demeurent dans les quartiers populaires.

 

Source: Le Monde