« Les marcheurs de 1983 continuent le combat de l’égalité », La Croix, 8 novembre 2013

Dans un livre qui sort aujourd’hui, le P. Christian Delorme, l’un des initiateurs de la Marche pour l’égalité et contre le racisme de 1983 avec le pasteur Jean Costil, revient sur cet événement fondateur de l’antiracisme en France.

Que sont devenus ces marcheurs ? Trois d’entre eux reviennent sur leur parcours personnel et sur leurs engagements. Si chacun continue à sa façon de militer et d’exprimer ses colères, tous conservent un parti pris d’optimisme sur les évolutions de la société.

Farid L’Haoua,  héraut de la « communauté nationale »

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Ne prononcez pas devant lui le mot « beur ». « Un terme humiliant, qui me vrille les oreilles », s’échauffe Farid L’Haoua, animé par la fougue militante que l’ancien coordinateur de la Marche insuffle dans ses engagements depuis trente ans. Il n’apprécie pas plus d’entendre parler de « Français de la deuxième ou de la troisième génération », des termes incompatibles avec la conception qu’il se fait de la « communauté nationale ». Cette dernière n’est « pas assez affirmée », y compris à l’école où, juge-t-il, « l’on n’insiste pas assez sur les liens qui nous unissent ».

Pourtant, il la voit s’incarner au quotidien, dans toute sa banalité. Le plus jeune de ses huit frères et sœur, le seul de sa famille à avoir fait des études supérieures, il travaille pour une collectivité locale. De jeunes chercheurs en sciences sociales se prénommant Abdellali ou Foued viennent le rencontrer. « Le jeu de l’intégration pour les gens d’origine maghrébine s’est fait », se réjouit Farid L’Haoua.

À 55 ans il garde en mémoire le « bidonville amélioré » de son enfance, à Vienne, en Isère. « On constate un mieux-vivre. La société a progressivement accepté notre existence. » Néanmoins, « le plafond de verre » demeure une réalité. Lui-même s’y est heurté au cours d’une carrière tournée vers l’animation sociale et l’éducation populaire.

« La lutte contre les discriminations reste d’actualité », affirme celui qui dirige depuis quatorze ans une ludothèque sur les pentes de la Croix-Rousse, à Lyon. En revanche, d’autres combats de l’époque ne lui paraissent plus pertinents. « Aujourd’hui, la revendication sur le droit de vote des étrangers n’est plus légitime, assure-t-il. Cela ne ferait qu’offrir des voix au Front national. »

Il s’inquiète aussi « d’une libération de la parole raciste » dans une société divisée, où « toute une partie de la population est enveloppée sous le terme de Français musulmans ». Les responsables politiques, « de droite comme de gauche, manquent de courage », déplore ce militant associatif à la fibre écologique. Son fils aîné, 24 ans, « enfant du métissage » et apprenti comédien, fait une apparition dans le film « La Marche ». Mais sa motivation à figurer au générique est davantage liée à son parcours artistique qu’à son histoire personnelle, pense son père. « C’est un enfant du droit commun », sourit-il.

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Fatima Mehallel, musulmane et féministe

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Fatima n’a jamais cessé de marcher. À 21 ans, elle était du petit groupe parti de Marseille. Le souffle de la marche de 1983 « est vite retombé », regrette Fatima Mehallel, qui s’est, depuis, toujours révoltée contre le racisme au quotidien. Lorsque cette aide à domicile cherchait un emploi. Ou lorsqu’elle a déménagé de Vaulx-en-Velin au quartier de Gerland, à Lyon. « Ma voix passait bien au téléphone, mais face aux propriétaires, les appartements étaient toujours déjà loués. » Son fils et sa fille nés d’un père antillais ne sont pas épargnés. « On a fait explicitement comprendre à ma fille, lors d’un stage chez un chocolatier, qu’elle n’était pas à sa place. »

Aujourd’hui, blouson de cuir bleu et boucles d’oreilles cascadant sur ses cheveux de jais, elle continue de « militer au quotidien », en arpentant son quartier, habillée comme elle l’entend. « Il faut refuser de baisser les yeux face au regard désapprobateur de certains hommes », dit-elle. Le combat continue mais sur un double front.

Musulmane pratiquante, elle dénonce « la stigmatisation en raison de la religion » tout en refusant, au nom de l’égalité homme-femme, de porter le voile, « une tradition importée d’Arabie saoudite ». « À force de ne pas accepter les différences, en ‘‘parquant’’ les mêmes populations, la société a provoqué un repli communautaire », dénonce Fatima Mehallel, consternée par le porte-à-porte jusque chez elle « des Frères musulmans embrigadant les jeunes ».

Pour Fatima, dont la fille est en couple avec « un Français de France », ce sont les femmes qui sont les vraies victimes, dans les quartiers populaires. Se faire belle, le droit de plaire, c’est « haram » (illicite). Fatima combat « en regardant droit dans les yeux ceux à qui cela ne plaît pas ».

Résolument « optimiste », elle reste persuadée qu’il est possible d’inverser cette évolution. « Tôt ou tard, nous y parviendrons. Je crois en l’être humain, en la solidarité, en la fraternité. L’éducation a son rôle à jouer. »

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Djamel Atallah, toujours militant

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Djamel tapote la table du doigt, accélère son débit, semble s’emporter, puis finit par sourire. À 50 ans, père de cinq enfants, il a gardé une capacité d’indignation apparemment intacte. Ses sujets de colère du moment ? Les insultes racistes contre Christiane Taubira et le salafisme. « Je me bats toujours contre les personnes qui portent un discours haineux, quels qu’ils soient », clame-t-il.

En marchant à travers la France, en 1983, ce fils d’Algérien avait décidé qu’il ne retournerait pas à Vénissieux, dans le quartier des Minguettes, où il avait grandi. « Au départ, j’incarnais la branche un peu dure du mouvement, raconte-t-il. Mais je me suis construit à travers cette marche, elle m’a structuré intellectuellement. J’ai rencontré des gens formidables qui m’ont poussé à reprendre mes études. » Lui qui n’avait pas le bac s’est inscrit en droit à Paris. Mais il s’est surtout consacré au militantisme étudiant et investi dans l’Association de la nouvelle génération immigrée (Angi).

L’ancien « marcheur » a aussi été brièvement encarté au PS. « J’ai claqué la porte au bout de trois mois, précise-t-il. Je suis quelqu’un qui ne peut pas se taire. Quand quelque chose ne va pas, je le dis. » S’il s’est présenté à des élections cantonales en 2004 dans son département d’adoption, les Hauts-de-Seine, c’est sans étiquette. « J’ai quand même fait 2 % des voix », souligne-t-il, les yeux rieurs.

La même année, il a également soutenu en France la campagne d’Ali Benflis à la présidentielle algérienne.

Même sans avoir mené ses études à terme, Djamel Atallah a trouvé sa voie professionnelle. Aujourd’hui, toujours installé en banlieue parisienne, il vend des « prestations sécurité » pour une entreprise spécialisée et continue à militer, sans faire partie d’aucune organisation : « Je suis toujours un militant de l’égalité. »

Demain, il ira prononcer un discours à Nanterre (Hauts-de-Seine) pour l’inauguration du boulevard Abdenbi-Guemiah, un étudiant victime d’un crime raciste en 1982, un an avant une marche qui a changé sa vie.

PASCAL CHARRIER ET BÉNÉVENT TOSSERI (à LYON)

Source: La Croix

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Albano Cordeiro, « Les jeunes Portugais et Convergence 84 pour l’Egalité – Ce qui s’est joué : Retour sur un échec », Plein Droit, n°65-66, juillet 2005

Albano Cordeiro, membre de la Coordination nationale de Convergence 84 pour l’Égalité

Convergence 84 pour l’égalité est parfois citée lorsque l’on énumère les Marches des années 80. Cela se résume à l’intitulé de cette initiative ou à ajouter une date : le 1er décembre 1984, jour où environ 30000 personnes ont défilé à Paris, avec les « rouleurs » en tête. Ces mentions extrêmement sommaires, sans entrer dans des détails, laissent supposer que cette initiative partage les caractéristiques de ces marches. La difficulté à mieux en rendre compte ne tient pas uniquement au fait qu’elle est tombée dans l’oubli. C’est aussi parce que, par ses objectifs, bien que parfaitement intégrables dans ceux du dit « mouvement beur », cette initiative tenta d’infléchir ce mouvement dans une autre direction. Parler de Convergence équivaut à revenir sur des débats internes que la littérature sur les marches évite en général d’aborder.

 

Convergence 84 pour l’égalité est parfois citée lorsque l’on énumère les Marches des années 80. Cela se résume à l’intitulé de cette initiative ou à ajouter une date : le 1er décembre 1984, jour où environ 30.000 personnes ont défilé à Paris, avec les « rouleurs » en tête. Ces mentions extrêmement sommaires, sans entrer dans des détails, laissent supposer que cette initiative  partage les caractéristiques de ces marches.

La difficulté à mieux en rendre compte ne tient pas uniquement au fait qu’elle est tombée dans l’oubli. C’est aussi parce que, par ses objectifs, bien que parfaitement intégrables dans ceux du dit « mouvement beur », cette initiative  tenta d’infléchir ce mouvement  dans une autre direction. Parler de Convergence équivaut à revenir sur des débats internes que la littérature sur les marches évite en  général d’aborder.

 Les enjeux du mouvement 

1) D’abord, cette initiative avait comme but, entre autres,  de changer l’image du mouvement « des jeunes issus de l’immigration » que la « Marche des Beurs » avait laissée : celle d’un mouvement anti-raciste porté par des jeunes d’origine algérienne, voire maghrébine, en tant que cibles de ce même racisme.

La reconnaissance de la paternité du mouvement revenant formellement « aux beurs », cela circonscrivait la thématique au racisme. A travers cette présentation des choses, c’était bien la société française qui se rachetait de l’accusation de raciste, en reconnaissant aux victimes le droit d’être porteuses du sentiment anti-raciste également présent dans la société française.

La Marche de 1983 était partie de Marseille dans l’indifférence des médias. A son départ elle affichait ses objectifs sur la banderole de front (« Marche contre le Racisme et pour l’Egalité »). L’événement qui projeta la Marche sur les devants de la scène médiatique se produisit un peu plus de deux semaines avant l’arrivée à Paris, lorsque la défenestration d’un jeune marocain du train Bordeaux-Vintimille par des jeunes militaires français, souleva  une vague d’indignation dans toute la France. Le gouvernement et le parti socialistes décidèrent d’apporter un soutien appuyé à la Marche, vue comme un symbole du rejet du racisme en France. Sollicités, récupérés, les leaders du « mouvement beur » vont s’entre-déchirer, après le défilé des 100.000 à Paris. A Paris également, le Comité des jeunes issus de l’immigration qui avait préparé et mobilisé les militants de la région parisienne, éclata dans les premiers mois de 1984.

Une des analyses faites sur la cause de cet échec est justement le fait d’avoir laissé la Marche devenir un symbole de l’anti-racisme, au détriment de l’affirmation du principe d’égalité, ce qui ouvrait la porte à la récupération, en particulier par les forces politiques au pouvoir.

Convergence 84 va essayer de mettre l’accent sur l’égalité et éviter ainsi l’étiquetage en tant que mouvement exclusivement anti-raciste. Ceci passait par le refus d’une forme de soutien qui pouvait provenir du parti socialiste alors au pouvoir. Ce soutien, si tant est qu’il se présentait, devait être discret et non-récupérateur.

2) La nécessité d’une riposte à la montée du Front national

Après quelques percées aux élections municipales de 1983, l’année 1984 est celle de la prise de conscience du danger de la montée du Front national. Une montée qui défiait directement le « mouvement beur » : celui-ci semblait bien, dans le contexte d’alors, une force issue de la société civile qui se devait de faire face à ce danger qui menaçait directement les valeurs pour lesquels il se battait.

Or, la crise du « mouvement beur » devint notoire aux Assises des jeunes issus de l’immigration à Villefranche-sur-Saône à la Pentecôte 1984, alors même que le Front national confirmait sa percée aux élections européennes de juin 1984. Déchiré, le mouvement va s’avérer incapable d’apporter une réponse. C’est en réaction à cette incapacité qu’un petit groupe issu des divisions qu’a connues le Comité des jeunes issus de l’immigration se proposa de faire une marche, prenant comme slogan de ralliement « la France est comme une mobylette. Elle marche au mélange », phrase affichée par un manifestant anonyme à la manifestation du 3 décembre 1983. D’où l’idée de parcourir la France en mobylette. Les marcheurs devinrent des « rouleurs ».

3) Le changement de la représentation de la France d’aujourd’hui.

L’accent mis sur l’idée d’ «égalité» était un point majeur. Mais Convergence se voulait aussi une démarche visant à populariser l’idée que la France était devenue un pays multi-ethnique et pluri-culturel, battant en brèche le républicanisme jacobin qui présuppose que la France est « à ses nationaux » puisque la France est et doit rester un Etat-Nation englobant des populations non-françaises pour les franciser. Au contraire, les « rouleurs » étaient les messagers d’une France appartenant à ses résidents de toutes nationalités et origines culturelles.

C’est bien de là qu’est venue l’idée de faire cinq trajets convergeant vers Paris. A chaque trajet était associée une  communauté (ou plus) de la France d’aujourd’hui: le trajet français-maghrébin, le trajet portugais, le trajet africain, asiatique, turc, etc. Ces trajets symbolisaient les diverses composantes du peuplement de la France. L’objectif était de rendre une représentation proche de la France-pays réel d’aujourd’hui et de la France de demain.

4) L’élargissement de la lutte des jeunes issus de l’immigration.

L’initiative de la marche de 83 s’inscrivait dans un conflit qui concernait au premier chef une partie de la population de France. Certes, les valeurs pour lesquelles les marcheurs se sont mobilisés étaient universelles et à ce titre l’initiative concernait bien d’autres segments de la population de France, et l’image même de la France. L’explicitation de ces valeurs pour qu’elles soient plus largement répandues et produisent des résultats politiques intéressant toute la société française, était nécessaire mais problématique.

Paradoxalement, la crise du dit « mouvement beur » allait faciliter cette diffusion de la thématique de l’égalité et de l’antiracisme auprès d’autres composantes de la population française susceptibles de s’y reconnaître et d’y adhérer. Il y avait là une suite logique à l’initiative des la « marche des beurs ». De fait, cette démarche fut aisément comprise par des militants provenant de divers horizons, peu mobilisés ou mobilisés très tardivement pour le succès de la marche de 1983.

Si Farida Belghoul, du Comité des jeunes issus de l’immigration de la région parisienne alors en pleine crise, est partante pour une nouvelle initiative en 1984, elle n’a pas réussi à réunir autour d’elle un groupe suffisamment significatif d’anciens marcheurs de 1983 et de ceux qui s’étaient mobilisés pour le succès de l’opération, comme par exemple le père Christian Delorme et le pasteur Jean Costil, et avec eux les réseaux  paroissiaux ou simplement chrétiens qu’ils avaient su stimuler en 1983. Delorme et Costil ont fait le choix de rester aux côtés de la majorité des anciens marcheurs qui, faute d’entente large entre eux, resteront en retrait de l’initiative «de Farida ».

Malgré ce handicap, Farida et le petit groupe favorable à une nouvelle initiative, réussirent à constituer une équipe et une coordination pour lancer Convergence 84. Y seront représentées des organisations déjà présentes comme soutiens dans la préparation de la manifestation du 3 décembre 1983, des militants sympathisants de la démarche du « mouvement beur », et de nouveaux apports presque absents de l’initiative précédente. C’est le cas, par exemple, des associations communautaires nationales (AMF, ATMF, UTIT, ATF, ATT[1] ). Des organisations «franco-immigrées» de solidarité et de défense des droits des étrangers, déjà présentes (MRAP, LDH)  dans la mobilisation de 1983, s’impliquèrent également.

Sont aussi présents des militants d’organisations politiques de la gauche extra-parlementaire française, des travailleurs sociaux de sensibilité de gauche et des militants anti-racistes.

Parmi ces apports, celui de militants portugais a été déterminant. Ils constituaient potentiellement des relais pour une mobilisation  plus large et plus diversifiée que celle de décembre 1983, puisqu’ils étaient insérés dans la plus importante communauté étrangère de France. Mobilisés par l’intermédiaire de deux associations franco-portugaises, le CEDEP et Centopeia[2],  ils auront un rôle important dans l’organisation de Convergence et dans la préparation des cinq trajets. José Vieira est le principal organisateur de ces cinq trajets, et il devint ainsi une des chevilles ouvrières de Convergence 84.

Une alliance objective entre deux communautés d’origine immigrée

Parmi les jeunes d’origine algérienne au premier plan lors de la marche de 1983, nombreux sont ceux qui, tout en étant socialisés en France, avaient des obstacles d’ordre psychologique à assumer l’identité française. Leurs parents et tout un peuple, celui auquel ils avaient appris à se sentir appartenants, avaient lutté et sacrifié des centaines de milliers de vies pour que leurs enfants ne soient pas français. Et si l’identité française leur était offerte, le racisme auquel ils étaient confrontés leur rappelait que même s’ils étaient prêts à la prendre et à l’assumer, il n’était pas certain que cette situation serait bien acceptée par les Français, du moins par une partie d’entre eux.

D’un autre côté, la communauté portugaise – et grâce, en partie, à l’émergence du racisme anti-maghrébin qui va la faire oublier – avait connu des circonstances exceptionnelles pour construire une « invisibilité » propice à l’objectif du maintien à long terme de leur identité collective sur le territoire français. Pour les jeunes portugais socialisés en France et au regard de cet effort gigantesque mené par les parents, la logique était de ne pas liquider sans résistance un tel acquis.

Entre la fin des années 70 et la moitié des années 80, ces deux grandes communautés du nouveau peuplement de la France issu de l’immigration étaient, en situation – au moins au plan théorique – de poser les termes d’un débat sur le dépassement de la conception centraliste, unitaire et jacobine de l’organisation sociale et politique française. Mais, comme on vient de le voir, les facteurs qui y contribuent dans chacun des deux cas sont de nature totalement différente.

Les jeunes militants portugais qui ont rejoint Convergence sont nés au Portugal dans les années cinquante et soixante. Ils ont les mêmes âges que les militants « beurs » du début des années quatre-vingts. Mais, démographiquement, ils sont relativement peu nombreux. Ceux qui se rapprochent du mouvement sont fils et filles de militants associatifs ou antifascistes, de militants de la gauche catholique, eux-mêmes ont milité dans des associations plus ou moins politisées et  des organisations catholiques, comme la JOC ou la JEC[3].

S’ils s’étaient sentis concernés par le mouvement beur, en quelque sorte, ils n’y voyaient pas bien leur place. Convergence 84 leur donnait une opportunité de s’impliquer.

Le retournement du 15 novembre 1984 : un changement d’orientation politique est opéré.

Les objectifs de Convergence pour l’égalité étaient définis dans l’Appel de l’été 84. Il y était fait référence au repli des communautés minoritaires croyant par là « défendre [leur] statut et [leur] identité » . Il y était question également de l’intolérance croissante indiquée par la montée du Front national. Mais c’est autour de l’idée de « mélange », comme fondement de la nécessité de l’égalité, que s’était créée la dynamique principale. Le slogan « vivons égaux avec nos ressemblances, quelles que soient nos différences » exprimait également cette aspiration. Ce slogan devait signifier que nous nous positionnions d’égal à égal face à l’Etat français et dans les débats de société; la logique était celle de changer la représentation de la nation française où un « pacte républicain »  ne concernerait que des citoyens-nationaux et tendrait à ne pas reconnaître la diversité culturelle du pays. L’insistence sur une necessaire « intégration », de nature culturelle, en était la démonstration.

Toutefois, à la réunion de la coordination nationale de Convergence du 15 novembre 1984, Farida Belghoul et une partie de la coordination proposèrent de donner un autre contenu à la manifestation d’arrivée à Paris le 1er décembre, et ce,  malgré les engagements de l’Appel et en dépit du fait que l’initiative avait été prise en charge par de multiples composantes et par des militants d’origines diverses. Le contenu et le message de Convergence seraient désormais l’«autodéfense des quartiers» et la dénonciation des « faux anti-racistes ».

Dans la crise qui s’en est suivie, la préparation matérielle de la manifestation de l’arrivée à Paris fut compromise et celle-ci faillit être déprogrammée. C’est devant la perspective d’un échec irrécupérable que des militants se sont mobilisés vingt-quatre heures sur vingt-quatre, à quelques jours de la date de cette manifestation. Les militants portugais ont fourni une contribution majeure pour assurer un minimum de réussite à celle-ci.

Quelle est l’origine de ce volte-face ? En fait, Farida et ses compagnons du trajet franco-maghrébin venant de Marseille, avaient subi de plein fouet les conséquences de la désaffection des réseaux les plus actifs qui avaient apporté le soutien à la Marche de 1983.

Si le trajet était à peu de choses près identique à celui de l’année précédente, cette fois en revanche, ces réseaux s’étaient peu mobilisés. Les « anti-racistes » n’ont pas fait la publicité nécessaire et les « rouleurs » s’entendront dire que « de toute façon », s’adresser aux militants anti-racistes ne valait pas la peine, puisqu’ils étaient des « convaincus ».

A la veille du défilé, Farida Belghoul a fait connaître le texte de son intervention Place de la République à Paris, terminus de la manifestation. Intitulé « Lettre aux Convaincus » – il fallait lire, naturellement « Lettre aux Cons Vaincus »  – le texte non seulement confirmait l’orientation du 15 novembre, mais il allait même au-delà, en dénonçant les « faux anti-racistes ». Alors qu’en  tout état de cause, il s’agissait d’alliés dans la lutte anti-raciste, au-delà et en dépit de tous les reproches d’engagement mou ou d’opportunisme qui pouvaient leur être adressés.

Si la plupart des militants engagés jusque-là dans l’organisation, quoiqu’en  désaccord avec la nouvelle orientation de dernière minute, participèrent à la manifestation, certains cependant n’ont pas pu cautionner le volte-face. Parmi ceux-ci, l’organisateur des trajets en province, José Vieira, qui ce jour-là resta introuvable.

Cette initiative aurait pu être le point de départ d’un travail commun entre jeunes militants associatifs maghrébins et portugais, en faveur d’une conception nouvelle de la France. A un moment historique particulièrement propice à cette « convergence », la manière dont elle s’est terminée, en a fait une occasion ratée. Par la suite, d’autres raisons aidant, comme l’entrée en jeu de SOS Racisme, la crise prolongée du mouvement beur qui ne se remettra plus, cette possibilité ne s’est plus présentée.

D’une manière plus générale, ce fut aussi une occasion perdue de valoriser la diversité du peuplement de la France et des atouts variés qu’elle apporte. Certes, il est n’est guère possible d’affirmer que le succès de Convergence aurait modifié substantiellement l’état de la société, mais le mouvement aurait pu participer à accroître la contestation de l’idéologie de « l’intégration », devenue plus difficile. L’enjeu qui consistait à faire reconnaître que les migrations du XXème siècle avaient changé significativement le peuplement de la France avec des composantes « non-françaises » d’origine, est resté irrésolu. La reconnaissance de cette nouvelle identité de la France était nécessaire pour que tous se sentent partie du même pays.

L’échec de Convergence, même s’il fut  relativement camouflé, ne pouvait pas aider  le « mouvement beur » à se relever de la crise dans laquelle il avait plongé en 1984. Le vide sera ainsi rempli par SOS Racisme qui a repris à son compte un type de «lutte anti-raciste» qui « dénonce » des «faits concrets» type «l’ascenseur en panne » et oppose un discours antithétique à celui du Front National, sans remettre en cause les représentations en cours sur la société française. Au delà de SOS Racisme, plus généralement, la «lutte anti-raciste», dont on sera témoin, conjugue un militantisme de proximité, par récupération des «leaders de quartier», le grand spectacle (les Concerts), les «fêtes interculturelles» et une valorisation béate des «valeurs de la Nation Française », la première desquelles celle d’une République généreuse vocationnée à intégrer «tous ceux qui viennent chez elle».

Le seul ouvrage existant sur cette initiative est « Convergence 84 pour l’égalité/ La ruée vers l’égalité »,  (1985, 108 p.), réalisé par un Collectif de militants actifs de Convergence 84 : Nelson Rodrigues, Josée Chapelle, Olga Najgeborn  et José Vieira. Mise en page de José Vieira. L’ouvrage rassemble les textes produits avant, pendant et après cette expérience, ainsi que des reproductions d’articles de presse.  Epuisé, l’ouvrage est disponible au CIEMI, 46, rue de Montreuil 75011 Paris : http://www.ciemi.org

Dans la vaste littérature dite « sur les Marches », nous signalons le livre « Dix ans de marche des Beurs » (Epi / Habiter, Desclée de Brouwer, 1994, 232 pp.), de Saïd Bouamama, qui aborde Convergence 84 pour l’égalité (p. 99 à 112).  Militant actif de Convergence 84, Bouamama rappelle que cette initiative s’adressait bien à la société civile plutôt qu’à l’État, et que «malgré elle» Convergence a pris l’allure d’une action «de Maghrébins pour des Maghrébins».

« Contribution à la mémoire des banlieues » (co-édition de Culture & Liberté –Ile-de-France et Edition du Volga), de Saïd Bouamama avec la collaboration de Mokhtar Djerdoubi et Hadjila Sad-Saoud, porte sur des témoignages d’acteurs du « mouvement beur ». Cet ouvrage est précieux pour évaluer l’héritage laissé dans la mémoire des débats qui ont traversé la « communauté » des militants intervenus dans les mouvements de la décennie 80.

Convergence 84 y est rarement rappelée. De la lecture on retire surtout l’idée que cette expérience est absente de la mémoire, voire refoulée, puisque les témoignages en font que rarement référence. A se demander si cette expérience fait ou non partie de la mémoire du « mouvement beur », ou s’il s’agissait d’une expérience « atypique ».

A Stephane Beaud, 21/5/09

Je reprends la conversation – pour ainsi dire- parce que je me suis aperçu d’une petite erreur (pour ne pas être exigeant), en télescopant deux événements lors de Convergence.
La rupture avec Farida se fait en réalité en deux temps. Le premier est celui donc de la coordination nationale du 15 novembre 84, où Farida annonce un changement des objectifs de Convergence  qui seraient publicisés à l’arrivée à Paris. Il y a une réaction de ma parte : une lettre que j’écris de Grenoble que je croyais se trouver dans le livre de José (Ruée vers…), mais elle n’y est pas. J’ y faisais une critique du virage de Farida.
Le clash définitif se produit à la veille (avant-veille?) de la manif de Paris. Les « marcheurs » dorment dans des aparts de l’immeuble où se trouvait alors la FASTI. Dans la nuit Farida glisse sur la porte des chambres des membres de la coordination (je n’y étais pas), le texte du Discours de la République. C’est bien ce texte  qui va provoquer la colère de José Vieira, qui ira chez lui s’enfermer jusqu’à la fin de la manifestation. De là aussi la réaction -semble-t-il immédiate- des copains maos de Badiou (dont Olga Najborn et « Leopold », c.a.d. Christian Dutertre) qui se dissocient, ainsi que d’autres membres de la coordination et marcheurs….. (ce sera avec eux qui sera créée l’Université Alternative Anti-Raciste pour l’Egalité (UAARE) qui durera environ deux ans. Dans celle-ci il n’y a pratiquement pas de maghrébins (je me rappele d’un : Mustapha Hadjarab), mais il y a d’autres gens.
Dans les jours qui suivèrent la Coordination du 15 novembre, l’exécutif de la Coordination qui travaillait au Relais de Menilmontant s’est largement disloqué du fait d’un certain désarroi qui s’est installé. On allait à un désastre. Ce sont essentiellement des copains du CEDEP, en particulier Manuel Dias et aussi Carlos Bravo, également alors président (ou Secrétaire, à voir) de la FASTI, qui sont venus donner un coup de main à temps plein pour l’organisation de la manifestation prévue, puisque dans le désorganisation qui régnait celle-ci semblait même compromise.
Il y avait un soutien de l’UTIT et de l’ATMF à Convergence ( là encore, ils ne se sentaient pas avoir eu leur place lors de la marche de 83). Après Convergence, nos rapports (entre le CEDEP et eux), s’est renforcé, d’autant plus que, le CAIF étant crée (Janvier 84) nous y participions (en devenant Président du CEDEP, fin 85, sauf erreur, je participe en personne à la direction)
Mémoire Fertile peut encore être considérée une initiative dans la foulée de Convergence, mais c’est un autre sujet.
En feuilletant le livre de José, j’ai vu une interview à Jean Pierre Worms, député socialiste d’alors. Il est un cas particulier. Je l’ai contacté au début de Convergence, ou même dans la phase de préparation-  à la suite d’une interview sur Libé ( je crois, mais presque sûr) où il défendait clairement le pluriculturalisme (en tout cas avec une vision en rupture avec l’idéologie « républicaine »). Un jour, en montant à Paris, je suis descendu à Macon (où il était député) pour le rencontrer et en effet l’idée de Convergence l’a emballé. C’est le seul appui qu’il y a eu de la part des gens du PS. Mais, je disais, c’est bien un cas particulier … JPWorms sera rapporteur auprès du Conseil de l’Europe pour rédiger la Charte européenne des langues Régionales, qui se prononce pour leur protection et reconnaissance. Le gouvernement français jusqu’à aujourd’hui n’a pas encore ratifié la Charte citée (je suis sûr, mais ce serait à vérifier) … Ceci pour dire qu’il était un peu un mouton noir…
Je rappelle le nom du chargé de mission de Georgina Dufoix pour s’occuper des marcheurs : Blocquaux.
Encore une épisode. Malgré des apparentes bonnes relations entre nous et Eric Favereau qui suivait Convergence pour Libé, ses articles se positionnaient la plupart des fois sur la vision « continuiste  » de la marche de 83 et sur le registre anti-raciste. Mais ce qui nous a énervé de la part de Libé est son parti pris pour une vision Blanc-Black-Beur-Embrassons-nous-Folleville qui devenait une caricature quasi-ludique de l’initiative Convergence.
Je connaissais le responsable de rubrique Société de Libé à l’époque, un ex-mao de Grenoble, René Boullu. J’ai eu l’occasion de le rencontrer par hasard dans un bar, je lui ai fait part de mes critiques quant à la forme dont avait été traitée Convergence dans leurs colonnes. Il m’a répondu illico : c’était une décision de section Société ( lui-même) de mettre l’accent sur le slogan « blanc-black-beur »….   sous-entendu : c’était accrocheur. On n’est pas allé plus loin.

J’ai cherché dans mon ordi actuel et je n’ai rien trouvé qui puisse apporter du nouveau par rapport à l’article publié dans la revue du GISTI. Il faudrait fouiller dans les archives papier ou dans des anciens disques durs. Si j’ai une piste, entre-temps, je ne manquerais pas de faire savoir.

Un mot encore sur le premier article que j’ai fait après Convergence pour faire connaitre le rôle des jeunes Portugais dans l’initiative. Je l’ai fait pour « Presença Portuguesa », mensuel lusophone patronné par la Diocèse de Paris et le SITI (n’existe plus, je crois).  Je l’avais intitulé  » Le rôle des jeunes issus de l’immigration portugaise dans … ». Quand je reçois le journal, le titre sorti était « Le rôle des jeunes issus de l’immigration dans …. « . Le mot « portugaise » était disparu….ce qui retirait d’emblée tout intérêt à l’article puisqu’il ne voulait pas parler, comme à l’habitude du rôle des « jeunes issus de l’immigration » (qui était et est sous-entendu « d’origine maghrébine »), mais bien des jeunes d’origine PORTUGAISE. Même un journal pour des Portugais était perméable à l’idée que si l’on parle de ce que font des  jeunes issus de l’immigration, cela ne concerne pas les Portugais.
C’est bien le fait d’avoir été témoin de la manière dont la presse, en particulier, a ignoré de façon systèmique l’apport déterminant des Portugais au projet et à la réalisation de Convergence, observation corroborée par maints contacts avec des personnes censées être au courant des mouvements qui traversaient le monde  de l ‘immigration, qui m’ont amené à écrire dans la revue Travail (publiée par l’ AEROT, de Benjamin Coriat, Catherine Levy, etc),  un article intitulé « La communauté portugaise. La plus grande communauté invisible de France » (Travail, n°7/1985).

article publié dans la revue du GISTI Plein Droit,  n° 65-66, juillet 2005, pp. 60/63.


[1] AMF, association des Marocains en France ; ATMF, association des travailleurs marocains en France (devenue depuis  association « des travailleurs maghrébins ») ; UTIT, union des  travailleurs immigrés tunisiens ; ATF, association des Tunisiens en France ; ATT, association des travailleurs turcs.

[2] CEDEP, Collectif d’études et de dynamisation de l’émigration portugaise ; Centopeia, association de jeunes d’origine portugaise.

[3] Jeunesse ouvrière catholique, Jeunesse étudiante catholique.

Source: blog Changement & Société

La Licra consacre ses Universités d’automne à l’anniversaire et à l’héritage des marches pour l’égalité, 11-13 octobre 2013

En passant

Que reste-t-il des marches pour l’égalité ?

15 octobre 1983 > 2013, anniversaire de la « Marche des Beurs » dite « Marche pour l’égalité ». 11,12, 13 octobre : Universités d’automne de la Licra au Havre.
50 ans après la Marche vers Washington de Martin Luther King et 30 ans après la Marche pour L’Egalité, dite « Marche des Beurs », la Licra invite le grand public et l’ensemble des associations antiracistes, qui seront toutes présentes lors de ses Université s d’automne au Havre, à s’interroger sur le bilan et les perspectives d’un combat plus que jamais d’actualité.

Temps fort de cette manifestation, la Licra recevra l’ensemble des représentants du combat antiraciste pour faire le bilan de 30 ans de lutte et poser les jalons de son évolution, pour une « Nouvelle Donne » contre le racisme et l’antisémitisme.

La Licra invite le public le plus nombreux à participer aux échanges et aux débats qui auront lieu au Pasino du Havre.

A noter : la Licra délivrera aà l’occasion de ses Universités d’automne les résultats d’un grand sondage Opinion Way sur le thème « Que reste-t-il de la ‘Marche des Beurs’ de 1983 ? ». La société française se pense-t-elle plus ou moins raciste qu’il y a trente ans ? Quel sens donne-t-elle au combat antiraciste et à la lutte des associations ? Quel rôle attribue-t-elle aux différents acteurs dans ce combat ? Où se mène-t-il ? Où se gagnera-t-il ?
* Convergeant vers Washington le 28 août 1963, c’est au terme de la « Marche pour le Travail et la Liberté » que Martin Luther King fit son discours historique « I Have a Dream ».
* Partie de Marseille le 15 octobre 1983 avec une trentaine de personnes, la marche pour l’Egalité et contre le racisme dite « des Beurs », drainera quelque 100 000 personnes à Paris quelques semaines plus tard le 3 décembre. Une délégation sera finalement reçue à l’Elysée. Il s’agit de la première manifestation nationale contre le racisme réunissant « la seconde génération d’immigrés ». Leurs revendications principales consistaient en l’obtention d’une carte de séjour pour 10 ans ainsi que du droit de vote pour les étrangers.

Intervenants, Le Havre, 11-12-13 octobre 2013

Représentants du mouvement antiracistes
Auprès de Alain Jakubowicz : président de la Licra
  • Jean Costil : pasteur et ancien délégué régional de la CIMADE Jonathan Hayoun : président de l’Union des Etudiants Juifs de France Cindy Leoni : présidente de SOS racisme
  • Malik Lounes : participant de la marche des Beurs et militant de la Licra Pierre Mairat : co-président du MRAP
  • Elisabeth Ronzier : présidente de SOS Homophobie
  • Pierre Tartakowsky : président de la Ligue des Droits de l’Homme Louis-George Tin : président du CRAN
  • Fodé Sylla : ancien président de SOS racisme
Experts
  • Sophie Bodry-Gendrot : professeur des Universités, américaniste, politologue
  • Jacqueline Costa-Lascoux : sociologue, directrice du CEVIPOF, directrice de recherche au CNRS Rokhaya Diallo : auteur et éditorialiste
  • Jacques Lévy : professeur à l’Ecole polytechnique de Lausanne
Personnalités qualifiées
  • Marc Chebsun : auteur, éditorialiste, fondateur de Respect Mag
  • Luc Gruson : directeur de la Cité nationale de l’histoire de l’immigration
  • Nacer Kettane : Directeur général de Beur TV et PDG de Beur TV
  • Yazid Sabeg : homme d’affaires, ancien commissaire à la diversité et à l’égalité des chances
Journalistes
  • Antoine Spire : rédacteur en chef du magazine Le Droit de vivre
  • Paul Nahon : ancien directeur de l’information de France 3
Représentants politiques
  • Azouz Begag : homme politique, ancien ministre, chercheur en économie et sociologie Julien Dray : conseiller régional d’Ile de France
  • Corinne Lepage : ancienne ministre de l’Environnement
  • Edouard Philippe : député et maire du Havre
  • Djida Tazdaït : ancienne députée européenne

Pour participer à nos Universités

Source: Licra.