Daniel Guerrier, « Le rendez-vous manqué et ses coulisses », décembre 2013

Il aurait peut-être fallu faire plus attention à la Marche…

Déjà trente ans de passé depuis la « Marche des beurs » de Marseille à Paris comme l’ont dénommée les journalistes au grand dam des principaux intéressés qui l’avaient,  eux, appelée « Marche pour l’égalité », comme en témoigne le tract de l’appel initiateur du 1er août 1983 signé par 4 jeunes Français d’origine maghrébine de SOS Avenir Minguettes, dont Toumi Djaidja (tout juste remis de la balle tirée dans le ventre par un policier alors qu’il tentait de défendre un jeune des crocs d’un chien policier) et par 4 membres de la CIMADE de Lyon dont Christian Delorme, prêtre et Jean Costil, pasteur, avec le soutien du MAN (Mouvement pour une alternative non-violente). Qui s’en souvenait encore avant le curieux élan de commémoration quasi officielle de ces dernières semaines, à part « ceux et celles qui marchent encore » ?

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Publication: MARCHE OU (C)RÊVE La Marche pour l’égalité et contre le racisme, 30 ans après.

Abderrahim Hafidi, Zaïr Kedadouche,
Préface du Père Christian Delorme –
Postface de Bariza Khiari

LA MARCHE en même temps que le film, le livre !

Marche ou (C)Rêve éclaire l’histoire de la Marche pour l’égalité et contre le racisme de 1983. Cet ouvrage l’inscrit clairement dans une histoire de la France, et de ses relations avec ses anciennes colonies, qui n’est pas enseignée à l’école. Combats d’une génération issue de l’immigration pour être reconnue française, rêve d’un avenir meilleur pour ses enfants, mais aussi des extrémismes religieux, politiques et économiques, sont autant de questions d’actualité auxquelles les auteurs répondent du lieu de leur pratique militante.

ISBN : 978-2-343-02346-5 • décembre 2013 • 152 pages

Prix éditeur : 15,5 € 14,73 € / 97 FF

Source: ici

Colloque « Histoire et mémoire de la Marche pour l’égalité et contre le racisme », Nanterre, 4-5 décembre 2013

En passant

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Programme du colloque

« Histoire et mémoire de la Marche

pour l’égalité et contre le racisme »

Mercredi 4 décembre 2013, Salle des conférences, bâtiment B

Université Paris Ouest Nanterre la Défense (RER A – Station Nanterre Université)

Entrée libre dans la limite des places disponibles

9h Accueil des participants

9h30 Ouverture

Abdellali HAJJAT (Univ. Paris-Ouest)
Ghislaine GLASSON DESCHAUMES (Labex Les passés dans le présent)

Valérie Tesnière (BDIC)

10h Session 1 : « La Marche dans l’espace des mobilisations »

Présidence : Bernard LACROIX (Univ. Paris-Ouest)

Foued NASRI (Sciences Po Paris) : « Le ‘collectif Rhône-Alpes’ : la tentative de construction d’un espace de représentation à l’échelle locale et nationale (1983-1985) »

Victor COLLET (Univ. Paris-Ouest) : « Entre critique et soutien : la participation ambivalente du comité Gutenberg (Nanterre) à la Marche pour l’égalité des droits et contre le racisme de 1983 »

Vincent GAY (Univ. d’Evry) : « Sur le mouvement beur et les travailleurs immigrés »

Abderahmen MOUMEN (Univ. de Perpignan) : « Participation et mobilisation des ‘enfants de harkis’ à travers la Marche pour l’égalité et contre le racisme »

13h Déjeuner
14h30 Session 2 : « La Marche et le champ politique »

Présidence : Bernard PUDAL (Univ. Paris-Ouest)

Abdellali HAJJAT (Univ. Paris-Ouest) : « La gauche de gouvernement et la Marche »

Angéline ESCAFRÉ-DUBLET (INED) : « Faire génération. Le rôle des artistes et l’écho culturel donné à la Marche »

Table-ronde en présence d’Ahmed BOUBEKER (Univ. de Saint-Étienne, modérateur), Christian DELORME, Djamel ATALLAH, Farid L’HAOUA (anciens marcheurs), Jean BLOCQUAUX (ancien membre de cabinet du secrétariat d’Etat chargé des immigrés), Kaïssa TITOUS (comité parisien d’accueil de la Marche), Zouina MEDDOUR (Femmes d’ici et d’ailleurs).

Jeudi 5 décembre 2013, Salle des conférences, bâtiment F (3e ét. – s.358)

Université Paris Ouest Nanterre la Défense (RER A – Station Nanterre Université)

Entrée libre dans la limite des places disponibles

9h Accueil des participants
9h30 Session 3 : La « génération de la Marche » et la société française

Présidence : Michelle ZANCARINI-FOURNEL (Univ. Lyon 1)

Ahmed BOUBEKER (Univ. Saint-Étienne) : « La Marche et l’avènement d’un espace public multiculturel ? »

Stéphane BEAUD (ENS Ulm) : « La génération sociale des ‘Beurs’ : des outsiders frappant à la porte du ‘club France’ »

Éric MARLIÈRE (Univ. Lille) : « Les héritiers des quartiers populaires : trois décennies depuis la ‘marche’ entre émeutes urbaines et désillusion politique »

Adèle MOMMÉJA (Univ. Paris-Ouest) : « Gérer l’héritage de la Marche pour l’égalité : les leaders associatifs entre distance et proximité à la ‘jeunesse issue de l’immigration’ »

13h Déjeuner
14h30 Session 4 : « La mémoire de la Marche »

Présidence : Marie-Claire Lavabre (ISP)

Farid TAALBA (Écho des Cités/BDIC) : « Transmission de la mémoire des luttes : itinéraire d’un militant de l’immigration »

Franck VEYRON (BDIC) : « Sauvegarder les archives des luttes de l’immigration et des habitants des quartiers populaires »

Table-ronde en présence de Nicolas BEAU (ex-journaliste au Monde), Nabil BEN YADIR (réalisateur de La Marche, sous réserve), Tarik KAWTARI (Écho des cités) et Louisa ZANOUN (Génériques).

17h30 Conclusion

Ahmed BOUBEKER (Univ. Saint-Étienne)

« Marche pour l’égalité : la belle cacophonie », Politis, 26 novembre 2013

Les commémorations pleuvent pour le trentième anniversaire de la Marche pour l’égalité. Certains anciens marcheurs, encore bien actifs, crient à la récupération. Revue d’effectif.

C’est à s’y perdre. Trente ans bientôt jour pour jour après l’arrivée à Paris de la Marche pour l’égalité et contre le racisme, le 3 décembre 1983, on ne compte plus les célébrations. Film, documentaires, livres-témoignages, colloques et autres forums se succèdent partout en France, avec, en point d’orgue, deux manifestations nationales… Concurrentes.

Les militants de l’ombre, tantôt spécialistes de la lutte contre les discriminations, tantôt experts des combats en justice contre les « crimes racistes et violences policières » bénéficient avec ce trentenaire d’un « moment » rare pour mobiliser et d’une (petite) fenêtre médiatique.

Ce sont par exemple les associations ACLeFeu à Clichy-sous-Bois, le Tactikollectif (d’où émanent les Motivé(e)s) à Toulouse ou le mouvement lyonnais Agora-Valeurs des quartiers, qui se revendiquent de l’héritage des marcheurs de 1983, en dehors des grandes organisations du mouvement antiraciste. Réunies au sein du collectif Égalité des droits et justice pour tous, des dizaines d’associations, rejointes par la gauche du PS, appellent à manifester le 7 décembre à Paris.

Mais cet appel risque d’être occulté par une autre « marche contre le racisme », convoquée par des organisations nationales antiracistes et syndicales en réaction aux propos racistes contre Christiane Taubira, le 30 novembre dans toute la France.

SOS Racisme, « un peu embarrassée »

Les accusations de récupération n’ont pas tardé à apparaître. Trois anciens marcheurs ont même créé vendredi une association pour dénoncer les « récupérations politiques et mercantiles ». Christian Delorme, un des organisateurs de la marche de 1983 surnommé le « curé des Minguettes », précise :

« Il s’agit de réunir les gens qui ont été impliqués et de donner la parole aux uns et aux autres. La marche portait un message d’ouverture et de fraternité qui ne peut pas être récupéré. »

Ce lundi, sur Twitter, le sociologue Marwan Mohammed, pointe aussi le risque de « dépolitisation » de la marche :

 

C’est le retour d’une éternelle – et insoluble – accusation, directement destinée à SOS Racisme, qui s’est créée en 1984 sur l’élan de la seconde marche, « Convergence ». « L’association s’est toujours présentée comme une héritière de la marche, raconte Abdellali Hajjat, sociologue et auteur d’une étude sur la marche de 1983 . Elle est un peu embarrassée par cette première grande commémoration de l’événement, car elle s’accompagne de sa remise en cause. »

Trente ans après, cette vieille querelle a achevé de rompre le dialogue au sein du mouvement antiraciste. « C’est un fonds de commerce malsain, qui consiste à remettre tout sur le dos de SOS Racisme. Mais la génération qui est à la tête de l’association aujourd’hui n’était pas née en 1983 ! », tempête Samuel Thomas, porte-parole de la Maison des Potes. Le réseau national, très proche de SOS Racisme, bouclera le 5 décembre un tour de France de 53 villes, à l’occasion du trentenaire de la marche de 1983.

« Ce qui est dangereux, c’est le sectarisme. Cela abîme des gens qui sont prêts à s’unir. Nous devons nous réunir autour de revendications », s’attriste le militant.

Des arguments qui n’émeuvent pas Mohamed Mechmache, cofondateur d’ACLeFeu, qui a ravi depuis 2005 une partie de la lumière médiatique de SOS Racisme, avec un discours très critique envers l’association. « Il y a déjà eu il y a trente ans une OPA sur la Marche pour l’égalité, nous n’allons pas aujourd’hui nous afficher aux côtés de ceux qui en ont été les acteurs », s’agace le militant, qui ne manifestera pas le 30 novembre.

« La politique, c’est les bourgeois »

Les célébrations n’auront donc pas permis de faire la synthèse, y compris parmi les anciens marcheurs, eux-mêmes divisés :

Les moins politisés, notamment les initiateurs de la marche et de SOS Avenir Minguettes, « ont découvert le monde politique avec la marche et la plupart n’ont pas continué à militer après, analyse Abdellali Hajjat. Ils véhiculent un discours sur l’apolitisme qui renvoie à une définition assez typique du politique par les classes populaires : “La politique c’est les autres, les bourgeois“. »

C’est le cas encore aujourd’hui de Toumi Djaïdja, initiateur de la marche, qui insiste surtout lors de ses nombreuses interventions publiques sur la non-violence. Le « racisme institutionnel » et les « violences policières » ne font pas partie de son vocabulaire.

D’autres marcheurs, militants « établis » ou politisés par la marche, vont plus loin, avec, eux encore, leurs propres différences de vues. Notamment sur la stratégie à adopter face aux grandes organisations et sur les priorités d’action.

« Associations riquiqui »

On trouve de tout, donc, dans le joyeux capharnaüm de ce trentenaire de la marche. Tout est bon à prendre, estime d’ailleurs Mehdi Bigaderne, cofondateur d’ACLeFeu, qui boucle deux mois le « tour de France de la mémoire » dans une trentaine de villes. « Plus on en parle, mieux c’est », juge même ce militant qui redoute le caractère systématique de l’accusation de récupération. « Le plus important est de ne pas rester focalisé sur la marche, mais de nous demander ce qui a changé et de tirer le bilan de 30 ans de politique de la Ville ».

D’autant que les années fastes de SOS Racismes sont révolues. Sur le terrain, l’association peine à rassembler. « Les grandes associations sont émiettées par la mise en concurrence pour les subventions. Elles sont devenues riquiqui, constate Samuel Thomas. Et les divisions n’arrangent rien. Les gens qui ont de l’énergie à investir ne veulent pas le faire dans des querelles. »

Un constat partagé par Christian Delorme : « Nous ne sommes plus dans une époque où les organisations ont suffisamment de crédit pour rassembler. Face à la montée du Front national, tout le monde est un peu démuni. »

Raison de plus, pour cette figure de 1983, de ne pas laisser les divisions entacher une belle histoire.

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