« Français et Américains ont marché pour la liberté », Bondy Blog, 25 novembre 2013

 

LA MARCHE. Dimanche soir à Cergy-le-Haut (95), l’association Agir pour réussir (AGPR) a organisé la soirée « Comprendre le passé pour construire l’avenir » dans le but de commémorer et de poursuivre le combat des deux marches de l’égalité organisées en 1963 aux Etats-Unis et en 1983 en France.

Le beat-box des collégiens, une lecture des mots de Martin Luther King par la comédienne Mata Gabin, un spectacle de breakdance ou encore la projection du film « Les Marches de la liberté » de Rokhaya Diallo… Tant de spectacles pour célébrer les deux marches pour l’égalité trop oubliées et un combat contre le racisme à perpétuer. Retour en arrière : en 1963, Martin Luther King clame son « I have a dream » aux Etats-Unis et demandait l’égalité des droits civiques pour tous les Américains. En 1983, Toumi Djaïdja lance avec un groupe de jeunes une marche à travers toute la France pour l’égalité et contre le racisme. Ces initiatives ont marqué l’Histoire mais ne sont pas une évidence dans la mémoire collective.

La soirée « Comprendre le passé pour construire l’avenir » a voulu y remédier. A l’origine, un projet entre l’association AGPR basée à Cergy et le groupe américain Give 1 Project, mené par Thione Niang. Dix Américains sont venus cette année en France pour découvrir Paris et l’autre côté du périph’. Rokhaya Diallo, éditorialiste et activiste, s’est joint au projet en réalisant un documentaire sur leur voyage et montrer le regard des Américains sur une France qui continue de se chercher.

« On est l’héritage direct de La Marche »

Le président bénévole d’AGPR, Moussa Camara, 26 ans, explique le projet : « Avec l’association Give 1 Project, on a fait le constat qu’on était l’héritage direct de la Marche pour l’égalité et contre le racisme et de la Marche pour les droits civiques. Mais aujourd’hui, elles sont très peu apprises à l’école et peu de jeunes autour d’AGPR les connaissent. » L’idée de faire une avant-première du film de Rokhaya Diallo permet de parler des thèmes autour du racisme. « C’est un travail de mémoire pour essayer d’inspirer les jeunes et de redonner espoir. Il y a 30 ans, les difficultés étaient plus fortes et des personnes ont marché, elles se sont battus pour avoir plus de droits et elles ont amélioré leurs conditions. »

Tout au long de la soirée, ils ont diffusé ce message par différents spectacles, expositions et débat. Le présentateur de MTV Raphal Yem joue le rôle d’animateur : « C’était très important pour moi d’être là, je me considère comme un héritier de ces marches », affirme t-il.Pour Raphal Yem, le fait que le combat continue aujourd’hui montre qu’il n’a pas vraiment avancé. En 1983, les meurtres de Maghrébins étaient devenus une banalité dans les médias, le film de Nabil Ben Yadir, La Marche, en fait référence. Aujourd’hui pour Raphal Yem, la banalité se trouve dans les « bavures » policières dans les quartiers populaires. « C’est pour cela qu’il est important de commémorer les combats des marcheurs avec les jeunes qui n’en ont jamais entendu parler », ajoute t-il. Les festivités ont commencé par le stand-up de jeunes de Cergy âgés entre 11 et 15 ans. Ils ont écrit eux-mêmes des textes en riant du racisme et des discriminations. « Les enfants décident de se moquer des clichés pour mieux les dénoncer, c’est un moyen de lutter contre les discriminations, et c’est ce que j’essaie de faire dans mon métier » partage Raphal Yem.

Devoir de commémorer et de combattre

Le show continue avec un spectacle de breakdance, la lecture du célèbre discours de la Lettre de Birmingham par Mata Gabin et du slam par l’artiste Djafar Lakrouz. AGPR projette ensuite un micro-trottoir sur le manque de mémoire face aux marches. Le résultat montre que les interviewés en savent plus sur la Marche de 1963 que sur celle de leur pays. Plusieurs personnes évoquent la présence du racisme ambiant au quotidien. Au travail, dans un café, dans les gares, où le contrôle au faciès est subi environ une fois par mois. Le message principal que veut faire passer Moussa Camara est qu’il ne faut pas attendre d’être défendu car personne n’offrira l’égalité : « C’est aux jeunes de se donner les moyens pour avoir une égalité réelle dans notre pays », ajoute t-il. Devant les centaines de personnes présentes dans la salle, il évoque la parole raciste qui se libère. Il ajoute : « Il n’y a pas une réelle opposition, même de la part des citoyens. Les Noirs défendent la cause des Noirs mais normalement, ça doit être le problème de tous les Français. Ils doivent tous s’élever. » Moussa Camara n’attend pas que le gouvernement agisse car « quand une ministre de la République s’est faite insulter, les réactions sont arrivées trop tardivement. » Il est persuadé d’une chose, que le changement est possible si les citoyens se mobilisent.

Claude, enseignante d’histoire au lycée Kastler à Cergy s’est déplacée pour la thématique de la soirée, mais pas seulement : « Je suis affolée par la banalisation de la pensée raciste aujourd’hui. Je ne pense pas que la France soit raciste mais il faut lutter au quotidien avec les jeunes pour le respect des droits de l’Homme ». Sur le devoir de mémoire, elle indique que ces marches sont présentes dans les livres scolaires mais elle signale : « On en parle dans nos cours mais de façon beaucoup trop rapide car les programmes sont très denses ».

« Il ne reste pas grand chose de la marche de 1983 »

Très impliquée dans l’initiative, Rokhaya Diallo observe les conséquences de la Marche pour l’égalité et contre le racisme par son film Les marches de la liberté* : « Aujourd’hui il ne reste pas grand chose de la Marche de 1983. C’est ce que les dix Américains ont appris après leur rencontre avec Toumi Djaïdja, l’homme qui est à son origine. Faire ce film, c’était laisser une trace de ce combat. » Avec son documentaire, la réalisatrice montre la traversée de jeunes américains à la rencontre de Valérie Trierweiler, de Christiane Taubira ou leur passage à Clichy-sous-Bois où ils découvrent la banlieue, les inégalités criantes et le drame de la mort des deux jeunes, Zyed et Bouna. « L’idée c’est un peu le principe des Lettres persanes. Ils sont un peu candides et partent à la découverte d’un pays et l’observent avec un regard complètement neuf. » Si on s’aperçoit que les Français et Américains d’origine étrangère subissent les mêmes discriminations, on voit aussi qu’ils sont épatés par la loi Taubira, celle qui reconnait l’esclavage et les crimes contre l’humanité. Rokhaya Diallo explique, « on s’aperçoit que des choses qui nous paraissent évidentes ne le sont pas pour d’autres. C’est un moyen d’accentuer ce qu’on ne remarque plus ».

Le mot de la fin revient à Thione Niang du Give 1 Project, Sénégalais et symbole du rêve américain. Arrivé avec vingt dollars en poche aux Etats-Unis, il a fini par travailler pour la campagne de Barack Obama et se bat pour éveiller l’esprit civique des jeunes. Il a travaillé sur la mémoire de la marche des droits civiques de Martin Luther King et a son message à transmettre aux Français : « En France aussi vous avez un Martin Luther King, c’est Toumi Djaïdja ! » Un personnage historique oublié par l’histoire.

* Les Marches de la liberté, diffusé le 3 décembre sur France Ô

Assia Labbas

Source: ici

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« Rokhaya Diallo s’étonne qu’on découvre le racisme en France », SeneNews.com, 1er décembre 2013

Le Mrap, la Licra, SOS Racisme appellent à une Marche contre le racisme le samedi 30 novembre ; le PS tenait un meeting le mercredi 27 pour soutenir Christiane Taubira. Pour Rokhya Diallo, du Réseau européen contre le racisme (Enar), le gouvernement ferait mieux de prendre des mesures concrètes.

Elle n’ira pas marcher le 30 novembre entre Et s’étonne que certains – la gauche,les responsables politiques – découvrent le racisme en France depuis quinze jours…

Rokhaya Diallo, essayiste et militante antiracisme – elle préside l’association les Indivisibles, qui décerne chaque année les Y’a Bon Awards, trophées aux phrases les plus racistes de l’année – trouve qu’il y aurait eu de meilleures occasions de marcher contre le racisme. »L’année dernière, à Marseille, des habitants des quartiers nord ont brûlé un camp de Roms. Avec la bénédiction d’une élue socialiste, Samia Ghali, qui a dit publiquement qu’elle ne condamnait pas. C’est un moment où on aurait pu marcher. »

Et le meeting à la Mutualité du PS en soutienà la garde des Sceaux Christiane Taubira, victime d’attaques racistes ? « Absolument sympathique », reconnaît Rokhaya Diallo, « mais je rappelle que le PS est au pouvoir et donc en mesure de mettre en place une politique de lutte contre le racisme ». Ainsi, accorder le droit de vote aux résidents étrangers est une promesse qui remonte à l’époque de la Marche pour l’Egalité et contre le racisme, en 1983, sous Mitterrand… « réitérée par François Hollande. Et toujours pas honorée ». Autre promesse : la lutte contre les contrôles au faciès. Jean-Marc Ayrault s’était engagé à mettre en place un récépissé – ce qui n’a pas été fait.

En conclusion, Rokhaya Diallo « n’attend pas du gouvernement qu’il manifeste (alors qu’il est au pouvoir), mais prenne des mesures concrètes contre le racisme ».

regardez la Video

Source : francetvinfo.fr
A propos de Rokhaya Diallo (Source Wikipedia) Rokhaya Diallo, née le 10 avril 1978 dans le 4e arrondissement de Paris, est une militante française associative et chroniqueuse pour la télévision et la radio. Diplômée en droit et en marketing, elle travaille dans la production audiovisuelle1. D’abord impliquée dans la vie locale, elle a présidé le Conseil local de la jeunesse de La Courneuve, tout en militant au sein de l’association anti-sexiste Mix-Cité et auprès de l’organisation altermondialiste ATTAC. Née de parents sénégalais et gambien2, un père mécanicien et une mère professeur de couture, sa famille déménage en 1989 à La Courneuve. Diplômée d’une maîtrise de droit international et européen, elle est diplômée d’une école de commerce qui la conduit à un court passage chez IBM, qu’elle quittera en 2002 parce qu’elle s’y sentait « comme un pion »1. Elle entreprend alors un master à la Sorbonne, Université Paris I, en marketing et distribution dans l’industrie audiovisuelle, qu’elle obtient en 2003. En 2001, elle fréquente le service jeunesse de La Courneuve. Elle est ensuite sollicitée lors de la création du Conseil Local de la Jeunesse avant d’en devenir présidente et de le rester pendant deux ans. Féministe convaincue, elle est militante du mouvement Mix-Cité3. Elle s’engage aussi avec ATTAC notamment lors du festival Images mouvementées.

Source: ici

Conférence « 1983-2013: 30 ans de marche pour l’égalité »

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1 juin à 08:30

Espace Monceau – Ibis Paris Berthier 163 bis, avenue de Clichy 75017 Paris

 
Un événement en partenariat avec Radio Orient

 

Cette année 2013 verra commémorer les trente ans de la Marche de l’égalité et contre le racisme.

 

Initiée précisément aux Minguettes dans la région lyonnaise en conséquence des premières dénonciations issues des banlieues, la marche débuta le 15 octobre 1983 à La Cayolle au sein de la cité phocéenne avec une trentaine de marcheurs pour terminer à près de cent mille citoyens dans les rues de la capitale le 3 décembre suivant. Des premiers aux derniers, l’ensemble de ces citoyens courageux marquera à jamais l’histoire de la nation, de ses territoires et de ses enfants. Néanmoins, celle-ci est trop peu transmise. Trois décennies plus tard, au delà des récupérations et des désenchantements, les problématiques issues des banlieues ont difficilement évolué.

 

Fidèle à sa volonté d’éveil des consciences, BANLIEUE + et nos quartiers évoquera tout au long de cette année anniversaire cette histoire de France à travers différentes actions. Symboliquement, BANLIEUE + et nos quartiers rendra hommage le 15 octobre prochain à Marseille aux marcheurs d’il y a trente ans, puis s’associera à une marche commémorative à Paris le 3 décembre.

 

Tout au long de l’année, l’association continuera ses rencontres-débats notamment à travers ses nouvelles antennes lyonnaises et toulousaines.

 
Parallèlement, BANLIEUE + et nos quartiers organisera le premier juin prochain un forum lié aux trente ans de la marche de l’égalité et contre le racisme. Il ne s’agit nullement de faire un quelconque bilan; chacun a su et saura mener ses observations utiles. Notre ambition est d’apporter cette réflexion nécessaire à la transmission de cette histoire des banlieues – et – au delà – aux générations nouvelles et à venir. C’est ainsi que l’ensemble des sujets marquants tant la marche elle-même mais également son interaction avérée au sein de la société française seront abordée. BANLIEUE + et nos quartiers pourra compter sur son réseau de femmes, d’hommes, et d’entités associées.

 
Ce premier juin prochain, à Paris, le forum sera animé par cette volonté de retranscrire le plus fidèlement possible ces réalités parfois trop souvent biaisées. Le constat des situations policières présentes il y a plus de trente ans l’est encore largement souvent aujourd’hui. L’exploitation par certains et la philosophie les ayant conduit à alimenter la marche initiale sont trop peu évoquées. La lutte contre les discriminations a bénéficié des projecteurs de l’époque, mais également subi les travers de sa performance éphémère.

 
La politique dite «de la ville» née ultérieurement n’a toujours pas su être associée aux projets gouvernementaux de cohésion nationale. Enfin, trente ans après, la considération des quartiers et de leurs habitants se fait toujours attendre en dépit des évolutions partielles. Ce sont autant de raison pour lesquelles la transmission de cette histoire est un devoir.

 
Trente ans après, l’implication civique peut être caractérisée comme étant en marche à la vue de l’existence de plus en plus importante des entités associatives et autres démarches citoyennes à travers l’ensemble du territoire. Cette croissance, expiée des erreurs passées, qui se veut d’autant plus honnête et juste, symbolise par définition cette nouvelle marche: la marche vers la juste défense des intérêts des banlieues.

 

 
Le programme de la manifestation :

 
8h30: Accueil 

9h: La Marche de l’égalité: contexte et genèse, avec Toumi DJAÏDA, Rachid MOKRAN et Fouad CHERGUI
 

11h: La Marche de l’égalité: récupération politique et création de SOS Racisme, avec Serge MALIK et Philippe JUHEM.

 

14h30: Les luttes contre les discriminations en France et à l’étranger, avec Rokhaya DIALLO, Mohsein MOUEDDEN et Marwan MUHAMMAD.

 

16h: Les violences policières, avec Tarek KAWTARI, Tara DICKMAN et Manuel BOUCHER.

17h30: Banlieue ou l’impossible considération, avec Aziz SENNI, Mohamed MECHMACHE, Akim MIMOUN et Mohamed BOUKLIT.

Source: Banlieue +.