« DES MARCHES QUI NE MARCHENT PLUS… », christianvanneste.fr, 30 novembre 2013

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« 30 ans après la “Marche des Beurs”, le bilan… », entretien avec Camel Benchikh, Boulevard Voltaire, 21 octobre 2013

Entretien réalisé par Nicolas Gauthier

1983, la fameuse « Marche des Beurs » traverse la France du sud au nord. Là, pas encore de revendications religieuses ou identitaires, à l’évidence, si ce n’est celle d’une meilleure égalité des droits. Avec le recul, quel regard portez-vous sur cette initiative ?

Avec le recul, je perçois cette initiative comme étant celle d’un groupe social doublement affaibli. Affaibli d’abord par une pauvreté indiscutable, mais qui est encore le cas de nombreux autres Français, et à laquelle s’ajoute une situation identitaire des moins enviables. Étranger en France comme dans son pays d’origine, le « Beur » constitue un ensemble anthropologiquement apatride. Je ne crois pas être un partisan du discours victimaire, loin s’en faut, mais négliger le diagnostic d’un malaise social, c’est en ignorer le remède.

Ce double handicap produira un sentiment de révolte. Une révolte incompréhensible pour la France de droite, encore traumatisée par la perte de l’Algérie française, et révolte bénie pour la France de gauche, y voyant la réalisation inespérée de son invétéré paternalisme tiers-mondiste. Ces révoltés sont les acteurs sincères, mais naïfs, d’un mouvement social dirigé dès son départ notamment par Christian Delorme, prêtre très à gauche. Dès lors, la messe était dite.

L’année suivante, en 1984, ce mouvement informel est « confisqué » par SOS Racisme. Et on voit que le discours d’origine change de nature, entre récupération politicienne du Parti socialiste et « victimisation » des populations concernées. Quel bilan tirer de ces décennies ?

Celui d’une hideuse manipulation du Parti socialiste à l’endroit de ces nouveaux Français dans un pays très fraîchement et de justesse passé à gauche. Voilà de nouveaux électeurs assurant un réservoir de voix intarissable, encadré par SOS Racisme, et aussi par, il faut le rappeler, le très intègre Julien Dray, dont les moyens sont immédiatement colossaux. Financements publics, plan de communication, réseaux médiatiques, artistiques ; c’est toute la machine PS et les réseaux trotskistes qui vont produire une communautarisation du mouvement. On passe des revendications pour l’égalité à ces identités plaquées de « Beurs » et de « Potes ». Avec, à la clef, un climat opposant de fait Français et « jeunes » toujours aussi pauvres, mais désormais choyés par le pouvoir socialiste.

Avec votre association, Fils de France, vous paraissez faire machine arrière…

Les vertus du comparatisme ont leurs limites, car le contexte est très différent. Nous sommes à trente ans de ces événements et, entre-temps, la République, contrairement aux idées reçues, a formidablement œuvré. De fait, la sociologie des enfants et petits-enfants des primo-migrants de jadis est beaucoup plus hétérogène, même si l’on fait les gros titres des trains qui arrivent en retard – Boulevard Voltaire en tête, mais c’est le propre de la presse –, car la majorité des trains arrivent banalement à l’heure. Fils de France s’adresse à cette majorité silencieuse ayant dépassé le concept de simple citoyenneté pour celui du patriotisme. Un patriotisme issu de nos parcours respectifs, un patriotisme fier et non soumis à l’incompréhension des uns, mais aussi à l’approbation des autres. Un patriotisme rationnel, propre à tous les citoyens du monde, mais étrangement suspect en France.

Certains objecteront que vous ne pesez pas grand-chose, par rapport à d’autres organisations plus « massives ». Que répondez-vous ?

Nous répondons que si la logique du patriotisme épouse le déroulement de l’Histoire, nous épousons donc le déroulement de cette même Histoire. Les peuples sont naturellement patriotes. La France connaît, depuis les années 70, une détestation de soi initiée par ses élites. Cette parenthèse, Dieu merci, se referme et le formidable mouvement populaire de la Manif pour tous en est un des exemples les plus emblématiques. Enfin, SOS Racisme a été financé par le PS, via l’argent des contribuables. Aujourd’hui, le Comité contre l’islamophobie l’est par le milliardaire américain George Soros… Fils de France, prônant l’union des Français, le retour des frontières géographiques et morales et, parce que nous sommes musulmans – une morale issue de son Histoire chrétienne, et non pas une morale laïque à la sauce Peillon –, n’intéresse pas les appareils dominants ; tant mieux. Cela dit, notre détermination est sans faille et nous croyons à ce que nous faisons, depuis un an et demi, avec des bouts de ficelle et beaucoup de créativité et quelques bonnes volontés. Et cela n’est déjà pas si mal…

Source: Boulevard Voltaire