« Rokhaya Diallo s’étonne qu’on découvre le racisme en France », SeneNews.com, 1er décembre 2013

Le Mrap, la Licra, SOS Racisme appellent à une Marche contre le racisme le samedi 30 novembre ; le PS tenait un meeting le mercredi 27 pour soutenir Christiane Taubira. Pour Rokhya Diallo, du Réseau européen contre le racisme (Enar), le gouvernement ferait mieux de prendre des mesures concrètes.

Elle n’ira pas marcher le 30 novembre entre Et s’étonne que certains – la gauche,les responsables politiques – découvrent le racisme en France depuis quinze jours…

Rokhaya Diallo, essayiste et militante antiracisme – elle préside l’association les Indivisibles, qui décerne chaque année les Y’a Bon Awards, trophées aux phrases les plus racistes de l’année – trouve qu’il y aurait eu de meilleures occasions de marcher contre le racisme. »L’année dernière, à Marseille, des habitants des quartiers nord ont brûlé un camp de Roms. Avec la bénédiction d’une élue socialiste, Samia Ghali, qui a dit publiquement qu’elle ne condamnait pas. C’est un moment où on aurait pu marcher. »

Et le meeting à la Mutualité du PS en soutienà la garde des Sceaux Christiane Taubira, victime d’attaques racistes ? « Absolument sympathique », reconnaît Rokhaya Diallo, « mais je rappelle que le PS est au pouvoir et donc en mesure de mettre en place une politique de lutte contre le racisme ». Ainsi, accorder le droit de vote aux résidents étrangers est une promesse qui remonte à l’époque de la Marche pour l’Egalité et contre le racisme, en 1983, sous Mitterrand… « réitérée par François Hollande. Et toujours pas honorée ». Autre promesse : la lutte contre les contrôles au faciès. Jean-Marc Ayrault s’était engagé à mettre en place un récépissé – ce qui n’a pas été fait.

En conclusion, Rokhaya Diallo « n’attend pas du gouvernement qu’il manifeste (alors qu’il est au pouvoir), mais prenne des mesures concrètes contre le racisme ».

regardez la Video

Source : francetvinfo.fr
A propos de Rokhaya Diallo (Source Wikipedia) Rokhaya Diallo, née le 10 avril 1978 dans le 4e arrondissement de Paris, est une militante française associative et chroniqueuse pour la télévision et la radio. Diplômée en droit et en marketing, elle travaille dans la production audiovisuelle1. D’abord impliquée dans la vie locale, elle a présidé le Conseil local de la jeunesse de La Courneuve, tout en militant au sein de l’association anti-sexiste Mix-Cité et auprès de l’organisation altermondialiste ATTAC. Née de parents sénégalais et gambien2, un père mécanicien et une mère professeur de couture, sa famille déménage en 1989 à La Courneuve. Diplômée d’une maîtrise de droit international et européen, elle est diplômée d’une école de commerce qui la conduit à un court passage chez IBM, qu’elle quittera en 2002 parce qu’elle s’y sentait « comme un pion »1. Elle entreprend alors un master à la Sorbonne, Université Paris I, en marketing et distribution dans l’industrie audiovisuelle, qu’elle obtient en 2003. En 2001, elle fréquente le service jeunesse de La Courneuve. Elle est ensuite sollicitée lors de la création du Conseil Local de la Jeunesse avant d’en devenir présidente et de le rester pendant deux ans. Féministe convaincue, elle est militante du mouvement Mix-Cité3. Elle s’engage aussi avec ATTAC notamment lors du festival Images mouvementées.

Source: ici

TRENTE ANS APRÈS, ON REMARCHE, Vosges matin, 30 novembre 2013

Élodie BÉCU

« Marchons contre le racisme avant que le racisme ne nous marche dessus. » C’est le slogan de la manifestation organisée aujourd’hui en protestation contre les insultes dont a été victime la garde des Sceaux Christiane Taubira. Cette mobilisation résonne avec un anniversaire, celui de la marche des beurs. En 1983, des jeunes des Minguettes à Vénissieux, près de Lyon, avaient pris la route pour demander l’égalité. Trente ans après, et alors qu’un hommage leur est rendu dans le film La Marche , comment les choses ont-elles avancé ?

Moins de crimes racistes « La marche et les mobilisations antiracistes ultérieures ont fait reculer les violences racistes », observe le sociologue Abdellali Hajjat : « Dans les années 1970, une centaine de crimes racistes ont eu lieu. Dans les années 1980, la décennie noire, il y en avait environ 150. Aujourd’hui, on en dénombre au maximum entre deux et cinq par an. »

De nouvelles formes de discriminations Le racisme a changé de visage. « Le racisme ethnique est devenu minoritaire, explique Adil Jazouli, sociologue et coauteur de La marche pour l’égalité (Éditions de l’Aube). Le racisme aujourd’hui est plus sociologique. Les classes populaires, qui sont en concurrence pour l’emploi, les prestations sociales, le logement, jugent illégitimes les enfants d’immigrés, qu’elles perçoivent comme étrangers mais qui sont Français. »

Le rejet s’est aussi déplacé sur un autre terrain, celui de la culture et de la religion. « Le discours classique raciste est condamné dans la sphère publique — la levée de bouclier suite aux insultes contre Christiane Taubira le montre — en revanche, il y a une hausse de l’islamophobie et des agressions pour motif religieux contre les musulmans », observe Abdellali Hajjat, auteur de La Marche pour l’égalité et contre le racisme (Éditions Amsterdam).

Difficultés sociales Les enfants d’immigrés de 1983 étaient aussi des fils et filles d’ouvriers. Le taux de chômage dans les quartiers reste très élevé. Avec la crise, certains vivent moins bien que leurs parents, comme beaucoup de jeunes dans leur ensemble : « On observe une reproduction sociale, voire une régression avec le passage d’une société de salariat à une société précaire ». Mais contrairement à il y a trente ans, une partie a connu une ascension sociale et appartient aujourd’hui aux classes moyennes et supérieures.

Une diversité acceptée En 1983, les jeunes des quartiers marchaient pour affirmer leur appartenance à la France. Aujourd’hui, « notre société est multiculturelle, et c’est une réalité acceptée, même si une minorité a des réticences », observe Jean-Louis Malys, secrétaire national de la CFDT, qui a marché il y a trente ans, et sera dans la rue aujourd’hui.

Division des antiracistes Un clivage traverse les tenants de la lutte antiraciste. Le mouvement est divisé entre les tenants d’un antiracisme moral — qui veut réaffirmer des principes dans la rue — et ceux qui plaident pour une lutte contre les racines institutionnelles du racisme. Leur stratégie : mener des actions en justice pour dénoncer les discriminations dans le monde du travail ou dans les rapports avec l’administration. Les militants et associatifs commémoreront la marche en ordre dispersé.

Élodie BÉCU

Source: ici