« Marche pour l’égalité : la belle cacophonie », Politis, 26 novembre 2013

Les commémorations pleuvent pour le trentième anniversaire de la Marche pour l’égalité. Certains anciens marcheurs, encore bien actifs, crient à la récupération. Revue d’effectif.

C’est à s’y perdre. Trente ans bientôt jour pour jour après l’arrivée à Paris de la Marche pour l’égalité et contre le racisme, le 3 décembre 1983, on ne compte plus les célébrations. Film, documentaires, livres-témoignages, colloques et autres forums se succèdent partout en France, avec, en point d’orgue, deux manifestations nationales… Concurrentes.

Les militants de l’ombre, tantôt spécialistes de la lutte contre les discriminations, tantôt experts des combats en justice contre les « crimes racistes et violences policières » bénéficient avec ce trentenaire d’un « moment » rare pour mobiliser et d’une (petite) fenêtre médiatique.

Ce sont par exemple les associations ACLeFeu à Clichy-sous-Bois, le Tactikollectif (d’où émanent les Motivé(e)s) à Toulouse ou le mouvement lyonnais Agora-Valeurs des quartiers, qui se revendiquent de l’héritage des marcheurs de 1983, en dehors des grandes organisations du mouvement antiraciste. Réunies au sein du collectif Égalité des droits et justice pour tous, des dizaines d’associations, rejointes par la gauche du PS, appellent à manifester le 7 décembre à Paris.

Mais cet appel risque d’être occulté par une autre « marche contre le racisme », convoquée par des organisations nationales antiracistes et syndicales en réaction aux propos racistes contre Christiane Taubira, le 30 novembre dans toute la France.

SOS Racisme, « un peu embarrassée »

Les accusations de récupération n’ont pas tardé à apparaître. Trois anciens marcheurs ont même créé vendredi une association pour dénoncer les « récupérations politiques et mercantiles ». Christian Delorme, un des organisateurs de la marche de 1983 surnommé le « curé des Minguettes », précise :

« Il s’agit de réunir les gens qui ont été impliqués et de donner la parole aux uns et aux autres. La marche portait un message d’ouverture et de fraternité qui ne peut pas être récupéré. »

Ce lundi, sur Twitter, le sociologue Marwan Mohammed, pointe aussi le risque de « dépolitisation » de la marche :

 

C’est le retour d’une éternelle – et insoluble – accusation, directement destinée à SOS Racisme, qui s’est créée en 1984 sur l’élan de la seconde marche, « Convergence ». « L’association s’est toujours présentée comme une héritière de la marche, raconte Abdellali Hajjat, sociologue et auteur d’une étude sur la marche de 1983 . Elle est un peu embarrassée par cette première grande commémoration de l’événement, car elle s’accompagne de sa remise en cause. »

Trente ans après, cette vieille querelle a achevé de rompre le dialogue au sein du mouvement antiraciste. « C’est un fonds de commerce malsain, qui consiste à remettre tout sur le dos de SOS Racisme. Mais la génération qui est à la tête de l’association aujourd’hui n’était pas née en 1983 ! », tempête Samuel Thomas, porte-parole de la Maison des Potes. Le réseau national, très proche de SOS Racisme, bouclera le 5 décembre un tour de France de 53 villes, à l’occasion du trentenaire de la marche de 1983.

« Ce qui est dangereux, c’est le sectarisme. Cela abîme des gens qui sont prêts à s’unir. Nous devons nous réunir autour de revendications », s’attriste le militant.

Des arguments qui n’émeuvent pas Mohamed Mechmache, cofondateur d’ACLeFeu, qui a ravi depuis 2005 une partie de la lumière médiatique de SOS Racisme, avec un discours très critique envers l’association. « Il y a déjà eu il y a trente ans une OPA sur la Marche pour l’égalité, nous n’allons pas aujourd’hui nous afficher aux côtés de ceux qui en ont été les acteurs », s’agace le militant, qui ne manifestera pas le 30 novembre.

« La politique, c’est les bourgeois »

Les célébrations n’auront donc pas permis de faire la synthèse, y compris parmi les anciens marcheurs, eux-mêmes divisés :

Les moins politisés, notamment les initiateurs de la marche et de SOS Avenir Minguettes, « ont découvert le monde politique avec la marche et la plupart n’ont pas continué à militer après, analyse Abdellali Hajjat. Ils véhiculent un discours sur l’apolitisme qui renvoie à une définition assez typique du politique par les classes populaires : “La politique c’est les autres, les bourgeois“. »

C’est le cas encore aujourd’hui de Toumi Djaïdja, initiateur de la marche, qui insiste surtout lors de ses nombreuses interventions publiques sur la non-violence. Le « racisme institutionnel » et les « violences policières » ne font pas partie de son vocabulaire.

D’autres marcheurs, militants « établis » ou politisés par la marche, vont plus loin, avec, eux encore, leurs propres différences de vues. Notamment sur la stratégie à adopter face aux grandes organisations et sur les priorités d’action.

« Associations riquiqui »

On trouve de tout, donc, dans le joyeux capharnaüm de ce trentenaire de la marche. Tout est bon à prendre, estime d’ailleurs Mehdi Bigaderne, cofondateur d’ACLeFeu, qui boucle deux mois le « tour de France de la mémoire » dans une trentaine de villes. « Plus on en parle, mieux c’est », juge même ce militant qui redoute le caractère systématique de l’accusation de récupération. « Le plus important est de ne pas rester focalisé sur la marche, mais de nous demander ce qui a changé et de tirer le bilan de 30 ans de politique de la Ville ».

D’autant que les années fastes de SOS Racismes sont révolues. Sur le terrain, l’association peine à rassembler. « Les grandes associations sont émiettées par la mise en concurrence pour les subventions. Elles sont devenues riquiqui, constate Samuel Thomas. Et les divisions n’arrangent rien. Les gens qui ont de l’énergie à investir ne veulent pas le faire dans des querelles. »

Un constat partagé par Christian Delorme : « Nous ne sommes plus dans une époque où les organisations ont suffisamment de crédit pour rassembler. Face à la montée du Front national, tout le monde est un peu démuni. »

Raison de plus, pour cette figure de 1983, de ne pas laisser les divisions entacher une belle histoire.

Source: ici

« 30 ans de la Marche pour l’égalité et contre le racisme », Université populaire et citoyenne, Roubaix, 20 novembre 2013

En passant

30 ans de la Marche pour l’égalité et contre le racisme

le mercredi 20 novembre 2013 de 19h30 à 23h00
La Marche, avant-première
Le Duplexe 47, Grande rue – Roubaix
Avant-première du film de Nabil Ben Yadir, en présence du réalisateur et des comédiens Jamel Debbouze, M’Barek Belkouk et Lubna Azabal


le jeudi 21 novembre 2013 de 14h00 à 17h00
Caravane de la mémoire AC LE FEU
A déterminer Exposition, débat, projection, librairie… Les militants du collectif AC LE FEU viennent à la rencontre des jeunes Roubaisiens


le jeudi 21 novembre 2013 de 19h00 à 21h30
Conférence-débat 30 ans de la Marche
Ecole Nationale de la Protection Judiciaire de la Jeunesse (ENPJJ) 16, rue du Curoir – Roubaix
Conférence-débat avec Mogniss H. Abdallah et Mohamed Mechmache. Entrée libre


le vendredi 22 novembre 2013 de 09h00 à 12h00
30 ans après la Marche, où en est-on des discriminations dans la ville ?
Ecole Nationale de la Protection Judiciaire de la Jeunesse (ENPJJ) 16, rue du Curoir – Roubaix
Atelier-citoyen, sur inscription à contact@upc-roubaix.org ou 03 20 82 23 96

30 ans de la marche, du 17 au 22 novembre à Roubaix : une avant-première, une conférence-débat, un atelier citoyen, mais aussi une journée spéciale sur Pastel FM et la Caravane de la mémoire d’AC LE FEU.

1983 : La marche pour l’égalité dans le Nord Pas-de-Calais 2013 : Où en est-on de la lutte contre le racisme et les discriminations ? Quelles nouvelles formes de mobilisation pour changer les quartiers ?

1981, la Gauche a enfin pris le pouvoir… Pourtant, durant l’été 1983, les heurts entre jeunes des quartiers populaires et forces de l’ordre dans les banlieues lyonnaises défraient la chronique. En septembre, le FN allié au RPR remporte les municipales de Dreux. Le premier Ministre socialiste qualifie de « chiites » les mouvements de grève chez Talbot et Citroën entre 1982 et 1984. Sur la même période, comme depuis la fin de la guerre d’Algérie, crimes racistes et bavures policières se multiplient et restent souvent impunis.

A l’automne 1983, l’idée d’une marche pacifique, à l’image des démonstrations organisées par Martin Luther King et Gandhi, voit le jour dans le milieu associatif. Le 15 octobre, 32 marcheurs quittent Marseille. Ils seront 100 000 à Paris le 3 décembre.

Reçus à l’Elysée par François Mitterrand, les marcheurs obtiennent la carte de séjour de dix ans. Leurs autres revendications, comme le droit de vote pour les étrangers, seront ignorées. Elles le sont toujours.

Après une deuxième marche en 1984, les dissensions au sein des associations et le soutien du gouvernement à des organisations comme SOS Racisme mettront fin à ce grand mouvement de protestation citoyenne, jamais égalé depuis en France.

Une autre conséquence de la marche fut tout de même la naissance de la politique de la ville. Aujourd’hui, après trente ans de grands travaux et d’investissements dans le bâti, une redéfinition de ces politiques se dessine qui donnerait la priorité aux habitants. L’occasion de retrouver des formes de mobilisation citoyenne ?

Le projet : A travers une série de projections, de rencontres-débats, d’actions culturelles et de diffusions radiophoniques, nous souhaitons retracer l’histoire de la marche pour l’égalité et la mettre en perspective avec les enjeux contemporains. Un point particulier sera porté sur le passage de la marche dans la région, à Roubaix ou Libercourt par exemple : Qui étaient ces marcheurs ? Qui les a accueillis ? Trente ans plus tard, quel regard marcheurs et accompagnateurs portent-ils sur les discriminations ?

Téléchargez le programme complet :

PDF - 3.1 Mo

Source: UPC Roubaix

« La Marche pour l’égalité et contre le racisme: 30 ans après », Nantes, 25-30 novembre 2013

En passant

« La Marche pour l’égalité et contre le racisme: 30 ans après »

Du 25 au 30 Novembre 2013

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L’initiative de la Marche pour l’égalité et contre le racisme de 1983 naît en raison de l’enchaînement des meurtres à caractères racistes, et du maintien des classes populaires et immigrées dans des conditions de vie déplorables.
Trente ans après, le Centre Interculturel de Documentation (C.I.D) – Origi’Nantes souhaite revenir sur les différentes transformations fondamentales qui se sont opérées au sein de la société française entre 1983 et 2013.
Dans ce cadre, le C.I.D – Origi’Nantes propose de participer aux différentes rencontres (expos, ciné-débat, conférences, rencontres littéraires) qui rythmeront la semaine du 25 au 30 Novembre 2013. L’occasion de rencontrer, de partager et d’échanger autour de questions fédératrices.

Au programme:

Préambule le Jeudi 21 Novembre 2013 – Avant première du film « La Marche« 

Avant première du film « La Marche » réalisé par Nabil Ben Yadir avec notamment Jamel Debbouze (Projection en présence de l’équipe du film)

Lundi 25 novembre 2013 – Inauguration

Ouverture de la manifestation et vernissage de exposition « Traits d’unions » sur l’identité par Thierry Mezerette et Yass Griff. Au Centre Interculturel de Documentation.

Mercredi 27 Novembre 2013 – Rencontre

Rencontre en partenariat avec l’association Ambition Jeunesse avec la Marcheuse Marie Laure Mahé qui témoignera du fait historique qu’est la Marche pour l’égalité et contre le racisme. Salle Jean Moulin à Malakoff.

Jeudi 28 novembre 2013

Journée d’étude «La marche pour l’égalité et contre le racisme: 30 ans après» à l’Espace Port Beaulieu.

Programme à télécharger ici.

Vendredi 29 novembre 2013 – Soirée festive à Stéréolux

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Soirée festive « Origi’Night » en collaboration avec Le Ré-Zo’ à Stereolux avec notamment un concert de l’ Orchestre National de Barbès.

Samedi 30 novembre 2013 – Caravane de l’égalité

Caravane de l’égalité avec Mohammed Mechmache président de l’association ACLEFEU au quartier Nord.

Plus d’informations à venir sur le site. En attendant, rejoignez nous sur:

Facebook: https://www.facebook.com/CentreInterculturelDeDocumentation

Twitter: https://twitter.com/Originantes

L’événement: http://bit.ly/LaMarche30AnsApres

Source: CID

« La marche pour l’égalité et contre le racisme: qu’en reste t-il ? », Montpellier, 22-24 novembre 2013

En passant

Dans l’idée  de commémorer le  « 30 ème anniversaire de La  Marche pour l’Egalité et contre le Racisme », l’association KAINA TV a mis en place un événement sur le quartier de Montpellier- Mosson.
Les 22 23 et 24 novembre 2013, l’association s’est donnée pour objectif de changer le regard sur l’immigration, de transmettre et partager une histoire commune : un événement majeur qui a secoué toute la société française, lui mettant sous les yeux la présence de milliers de jeunes issus de l’immigration qui demandaient à être reconnus. Ils ont marché pendant 6 semaines pour dénoncer le racisme, réclamer une France multiculturelle et obtenir l’Egalité des droits pour les immigrés et leurs enfants.

Cette manifestation rassemblera un ensemble de personnalités politiques, de chercheurs, d’artistes, de militants associatifs et de citoyens de tout âge, autour de rencontres-débats, tables rondes, projections, expositions, spectacles vivants … l’objectif étant de donner l’envie aux plus jeunes comme aux plus anciens d’aller à la rencontre de leur histoire et de connaitre les luttes issues des quartiers populaires.

En espérant vous compter nombreux parmi nous.
N hésitez pas à diffuser l’information à l ensemble de votre réseau

Affiche et programme à télécharger:

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Pour tout renseignement :
lamarche.kainatv[at]gmail.com
Tel 04 67 56 30 54

Source: KAINA TV

Antoine Spire (Licra), « Un anniversaire plein d’espoir », Huffington Post, 11 octobre 2013

A moins d’un an d’échéances électorales, municipales et européennes, qui risquent de connaitre une forte poussée de l’extrême droite si l’on en croit les sondages, nous avons décidé, au cours de notre université d’automne (1) d’interroger le présent à la lumière de deux évènements majeurs qui ont marqué l’histoire du combat contre le racisme, outre atlantique et en France : la marche pour les droits civiques conduite par Martin Luther King en 1963 et la marche pour l’égalité, également appelée « Marche des Beurs », partie de Marseille le 15 octobre 1983. Si la première a permis, 45 ans plus tard, l’élection du premier président noir des Etats Unis, quels enseignements tirer de la seconde ?

Décembre 1983, Paris, à l’appel d’une poignée de jeunes issus de la banlieue lyonnaise, 100 000 personnes défilent contre le racisme et pour l’égalité. La « Marche des Beurs » a créé une prise de conscience. La France est devenu un pays métissé et multiculturel, « Black, Blanc, Beur », et ne s’en porte pas plus mal. En 1983, le message de ces jeunes est simple: nous sommes français et notre avenir est ici, là où nous avons grandi. Hélas, l’Histoire est chaotique.

A 30 ans de distance, les problèmes d’intégration que connaissait la France des années 80 sont demeurés les mêmes, la situation de certains quartiers d’où sont partis les marcheurs n’a fait qu’empirer et les revendications qu’ils portaient, notamment en terme de droits, n’ont pas avancé d’un iota. On a imperceptiblement glissé d’une affirmation tranquille d’identité française à une interrogation : « serons-nous un jour vraiment considérés comme de « vrais » Français ? » Les statistiques sont là : le racisme est en hausse contre les maghrébins comme contre les noirs et les juifs. Pour ne pas parler des roms. Il gangrène les territoires, les cités et les âmes.

Pourtant, malgré ce qu’il est convenu d’appeler l’échec de la politique de la ville, malgré les émeutes urbaines de 2005, malgré les divisions des mouvements issus plus ou moins de cette marche, malgré la montée en puissance d’un islam politique, militant et souvent intolérant, il semble que ce serait occulter la réalité que de parler d’échec de la marche pour l’égalité. Parce qu’à côté de ces effets il y a de toute évidence une visibilité acquise et une citoyenneté de fait des descendants de ces marcheurs.

Ce qui gêne, hors cet islam intégriste dans lequel sont loin de se reconnaître tous ceux qui s’affirment musulmans, c’est peut-être justement la présence, de plus en plus visible, à tous les niveaux de la société et de responsabilité, de ces descendants et enfants de la marche des Beurs. Présence politique, sociale, culturelle: les enfants et les petits-enfants des immigrés du Maghreb et d’Afrique ont changé l’aspect de la société française. Ils sont pour la plupart français et il va falloir s’y faire… n’en déplaise aux politiques qui tardent à les promouvoir.

Il y a bien pourtant un échec, qui n’est pas le seul apanage des jeunes français issus de l’immigration, et qui est partagé par tous, signe d’une relégation sociale inquiétante: c’est la montée en puissance de l’illettrisme et d’une forme d’aphasie linguistique de plus en plus répandue chez les jeunes générations: impuissance à dire le monde dans une langue commune, impuissance à l’exprimer qui peut se déchaîner en violence en lieu et place des mots. On devrait marcher aujourd’hui pour l’éducation pour tous (2)..

Mais il est une autre évolution tout aussi inquiétante. Au cours de l’été qui a précédé la marche, le Front National atteignait pour la première fois 16,72% des voix à l’occasion d’une élection municipale partielle à Dreux ; l’année suivante il obtenait 10 sièges aux élections européennes. On connait la suite… Près de 50% lors d’une élection partielle à Brignoles ! Nous ne pouvons pas aborder la période qui s’annonce sans nous demander pourquoi tant de nos concitoyens préfèrent les discours de haine du FN aux messages de fraternité de la Licra. Nous ne pouvons plus nous contenter de nos bons sentiments et de notre espoir en un monde meilleur. Nous devons voir la société telle qu’elle est et pas seulement telle que nous la rêvons. Comment aborder les prochaines échéances électorales face au danger des extrêmes?

Quoiqu’il arrive nous nous battrons contre la mise en cause de principes fondamentaux

L’intégration des français de toute origine est un programme que nous n’abandonnerons pas et que nous ne voulons pas remplacer par une assimilation qui écraserait les différences de tous ordres. De la même façon le droit du sol permet à quiconque est né en France d’être français à 16 ou 18 ans. Nous y sommes d’autant plus attachés dans cette période que certains extrémistes de droite remettent sur le devant de la scène le droit du sang. Pour nous, il n’en est pas question ; le français n’est pas arrimé à une nature biologique mais le fruit d’une histoire qui se déroule sur notre sol.

Le sondage que nous venons de commander à Opinion way montre que pour deux tiers de nos concitoyens il est difficile d’être d’origine maghrébine aujourd’hui en France. C’est clairement la minorité pour laquelle c’est le plus difficile à vivre aujourd’hui en France. Les raisons sont multiples à commencer par la haine et la peur de celui qui est différent au physique comme au culturel. Mais aujourd’hui les amalgames et notamment la confusion entre islam et islamisme aggravent la situation.

Le pire ennemi de l’immense majorité des musulmans qui n’aspirent qu’à vivre en paix est une infime minorité d’activistes prosélytes qui refusent les valeurs de la république et qu’il convient, tous ensemble, de combattre avec la dernière énergie. Pour autant nous n’utiliserons pas le mot « islamophobie », conscients que nous sommes de l’amalgame qu’il recouvre comme si islam et islamisme confondus devaient coïncider pour répondre à la même hostilité. Nous savons bien qu’entre des musulmans parfois victimes du racisme et des militants islamistes qui exploitent cette situation pour rassembler autour d’eux une grande part des musulmans il y a un gouffre. Nous devons tout faire pour nous solidariser avec toutes les victimes du racisme et parmi elles les musulmans agressés du seul fait de leurs convictions religieuses sans faiblir dans le combat idéologique contre les ennemis de la république laïque. Nous avons bien conscience que l’hostilité d’une partie de la population à l’islam est instrumentalisée par les extrémistes de tout bord pour communautariser les minorités. L’avenir des Français musulmans est à inventer dans un harmonieux mélange d’intégration et de respect de spécificités culturelles qui nous enrichissent tous.

Si nous avons fait de l’anniversaire de la marche pour l’égalité le fil rouge de notre université d’automne, c’est qu’il nous parait essentiel de faire revivre une espérance en l’adaptant au monde d’aujourd’hui.

(1) Université d’automne de la Licra au Pasino du Havre du vendredi 11octobre au soir au dimanche 13 octobre
(2) L’association AC LeFeu, née aux lendemains des émeutes de 2005, travaille à cette idée dans son projet Oxygène. Mohamed Mechmache, son fondateur, est aujourd’hui à la tête d’une mission de concertation du Ministère de la Ville qui vise à redonner aux habitants des cites la capacité d’être acteurs. Né à Nanterre dans un bidonville, il a vu ses oncles participer à la Marche pour l’égalité et lutter contre les bavures policières: pour lui, la Marche n’est pas finie.

Bertrand Enjalbal, « 30 ans de la Marche des beurs : « On risque une crise dans les quartiers pire qu’en 2005 », Carré d’info, 17 juin 2013.

Pour Mohamed Mechmache du collectif ACLEFEU "on risque une crise dans les quartiers plus grave qu'en 2005" / Photo Carré d'Info

1983-2013. 30 ans que la « Marche des Beurs » a traversé la France. Samedi 16 juin, des initiateurs du mouvement et leurs « enfants » de luttes dans les quartiers populaires étaient réunis lors du festival « Toucouleurs » à Lafourguette. 30 ans après le militantisme, les marches ne suffisent plus : les acteurs veulent entrer en politique. Notamment à Toulouse.

Un cri d’amour

Toumi Djaidja a la voix douce, posée, et le débit tranquille. Le crâne rasé, aussi. Il y a 30 trente ans, le phrasé était un peu plus rapide et la tignasse plus fournie. Président de l’association « SOS Avenir Minguettes » du nom d’un quartier de Vénissieux près de Lyon, il est l’initiateur de la «Marche pour l’égalité et contre le racisme» en 1983, appelée par les médias «Marche des Beurs».

En réponse aux violences des affrontements entre la police et les jeunes des quartiers cette année-là et malgré un tir policier qui le blesse, il décide d’entamer une lutte non-violente. Une grève de la faim puis une grande marche. Partie de Marseille en octobre, garnie d’à peine quelques âmes, celle-ci en comptera près de 100.000 à son arrivée à Paris le 3 décembre. Toumi Djaidja (à gauche sur le diaporama sonore) parle aujourd’hui de ce mouvement comme d’ «un cri d’amour» envoyé à la France.

Un mouvement porté par «le sentiment d’égalité» qui «ne demandait rien si ce n’est qu’on demandait tout». Il se souvient que le droit de vote des étrangers était déjà une promesse du président de l’époque, François Mitterrand, et trente ans après, il l’attend toujours. Certains problèmes demeurent «sinon la politique de la Ville aurait disparu».

Pas de récup, mais une OPA

30 ans après, la France a connu d’autres émeutes que les militants préfèrent appeler révoltes des quartiers populaires. Celles de 1998 à Toulouse et de 2005 un peu partout en France. Pour les « héritiers » comme Choukri El Barnoussi, président du mouvement politique Emergence basé en Essonne, la Marche de 1983 est «un acte fondateur de l’émancipation des quartiers populaires».

Mais pour eux le militantisme ne suffit plus désormais. L’année suivant la marche, SOS Racisme vit le jour. « Une agence d’intérim du Parti Socialiste », pour le président d’Emergence. «On n’a pas été récupéré par SOS Racisme, on a subi une OPA», converge Toumi Djaidja. Pour les plus jeunes qui ont pris le relais aujourd’hui, le temps des marches est terminé. «On marche toujours mais sous une autre forme, avec notre seule arme : la politique», précise Almany Kanouté, dit « Mam », conseiller municipal à Fresnes et candidat aux législatives de 2012 pour le mouvement Emergence. Pour lui, il n’y a plus de temps à perdre, «on est dans une logique de résistances».

Porter soi-même sa parole

Une urgence que partage Mohamed Mechmache, fondateur de ACLEFEU au lendemain des émeutes de 2005 après la mort de Zyed et Bouna à Clichy-sous-Bois. Une urgence qu’il espère que le pouvoir politique entendra sinon le risque d’une nouvelle révolte sera plus fort qu’en 2005, promet-il.

Mohamed Mechmache remettra le mois prochain au ministre de la Ville un rapport qui lui a été confié en collaboration avec l’urbaniste Marie-Hélène Bacqué. Un énième ? «Non, parce que celui-là n’est pas fait par des politiques ou des fonctionnaires de l’Etat mais par des gens de terrain.» Il ne veut pour le moment pas révéler les propositions qu’il formulera au ministre mais espère un créneau favorable pour que certaines soient retenues et appliquées. Son but : faire en sorte que les habitants des quartiers populaires soient associés aux décisions qui les concernent et qu’ils en deviennent les acteurs. «Ni plus, ni moins.»

Marre de la petite tape dans le dos

Un projet qui doit se poursuivre par l’entrée «dans le champ politique» encouragé par la lassitude envers tentatives de récupération des partis. En premier lieu de gauche. «La petite tape sur le dos on l’a eue souvent : ‘vous inquiétez pas on est avec vous’. Je ne sais pas si c’était sincère… » regrette « Mam ». Lui, Choukri El Barnoussi ou encore Mohamed Mechmache avec le mouvement Affirmation sont déjà entrés en politique. Mais ils ne veulent pas pour autant être cantonnés à être des «candidats des quartiers». «La première fois que je suis allé à la mairie et que j’ai demandé quelque chose, j’ai mis du temps à me rendre compte que j’étais dans une démarche politique et surtout que je voulais rassembler tout le monde avec moi, tous les quartiers », explique Almany Kanouté.

Ils viennent donc prêcher la bonne parole, encourager à «bousculer tout ça pour se faire entendre». «Quand on est stigmatisés par la droite dans les propos, par la gauche dans les lois, on ne sait plus où on en est», plaide Choukri El Barnoussi.

Un mouvement à Toulouse ?

A Toulouse, les prochaines élections municipales pourraient bien compter sur une liste issue de cette dynamique. Ahmed Chouki, originaire du quartier de la Reynerie, en a marre d’être vu «comme un agitateur social». «Tu présentes quelque chose aux institutions et eux ne voient que comment récupérer la chose. J’ai rencontré le cas d’un élu qui m’a fait comprendre que comme la mairie versait des subventions on devait faire allégeance ou presque. Ce n’est pas tolérable», poursuit-il.

Pour lui, comme pour les autres intervenants du débat, si des mouvements politiques locaux existent dans les quartiers populaires, rien ou presque ne les fédère au niveau national. Pour l’heure, il faut donc faire des listes locales indépendantes des partis politiques. Une vision que ne partage pas Jean-Christophe Sellin, conseiller municipal et porte-parole du Parti de gauche. «Il n’y a pas de mouvement politique autonome sur Toulouse. Faire des listes de quartiers, ça part d’un bon sentiment mais elles n’intègrent pas des problématiques sur toute la ville. C’est une erreur. » Pour Nicky Tremblay de la CLACQ, il y a un «mouvement politique en construction à Toulouse» et «il faudra compter avec [lui]».

30 ans après la «Marche des Beurs», si la nécessité de l’entrée en politique est évidente pour les nouvelles forces militantes, des mêmes souhaits persistent. «On veut un job et être traité comme tout le monde», affirme ainsi « Mam ». Le temps les a aguerris et ils ne veulent être «ni dupes ni soumis» pour Mohamed Mechmache qui «ne désespère pas que la prochaine présidentielle ait un candidat des quartiers».

Source: Carré d’info.

Conférence « 1983-2013: 30 ans de marche pour l’égalité »

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1 juin à 08:30

Espace Monceau – Ibis Paris Berthier 163 bis, avenue de Clichy 75017 Paris

 
Un événement en partenariat avec Radio Orient

 

Cette année 2013 verra commémorer les trente ans de la Marche de l’égalité et contre le racisme.

 

Initiée précisément aux Minguettes dans la région lyonnaise en conséquence des premières dénonciations issues des banlieues, la marche débuta le 15 octobre 1983 à La Cayolle au sein de la cité phocéenne avec une trentaine de marcheurs pour terminer à près de cent mille citoyens dans les rues de la capitale le 3 décembre suivant. Des premiers aux derniers, l’ensemble de ces citoyens courageux marquera à jamais l’histoire de la nation, de ses territoires et de ses enfants. Néanmoins, celle-ci est trop peu transmise. Trois décennies plus tard, au delà des récupérations et des désenchantements, les problématiques issues des banlieues ont difficilement évolué.

 

Fidèle à sa volonté d’éveil des consciences, BANLIEUE + et nos quartiers évoquera tout au long de cette année anniversaire cette histoire de France à travers différentes actions. Symboliquement, BANLIEUE + et nos quartiers rendra hommage le 15 octobre prochain à Marseille aux marcheurs d’il y a trente ans, puis s’associera à une marche commémorative à Paris le 3 décembre.

 

Tout au long de l’année, l’association continuera ses rencontres-débats notamment à travers ses nouvelles antennes lyonnaises et toulousaines.

 
Parallèlement, BANLIEUE + et nos quartiers organisera le premier juin prochain un forum lié aux trente ans de la marche de l’égalité et contre le racisme. Il ne s’agit nullement de faire un quelconque bilan; chacun a su et saura mener ses observations utiles. Notre ambition est d’apporter cette réflexion nécessaire à la transmission de cette histoire des banlieues – et – au delà – aux générations nouvelles et à venir. C’est ainsi que l’ensemble des sujets marquants tant la marche elle-même mais également son interaction avérée au sein de la société française seront abordée. BANLIEUE + et nos quartiers pourra compter sur son réseau de femmes, d’hommes, et d’entités associées.

 
Ce premier juin prochain, à Paris, le forum sera animé par cette volonté de retranscrire le plus fidèlement possible ces réalités parfois trop souvent biaisées. Le constat des situations policières présentes il y a plus de trente ans l’est encore largement souvent aujourd’hui. L’exploitation par certains et la philosophie les ayant conduit à alimenter la marche initiale sont trop peu évoquées. La lutte contre les discriminations a bénéficié des projecteurs de l’époque, mais également subi les travers de sa performance éphémère.

 
La politique dite «de la ville» née ultérieurement n’a toujours pas su être associée aux projets gouvernementaux de cohésion nationale. Enfin, trente ans après, la considération des quartiers et de leurs habitants se fait toujours attendre en dépit des évolutions partielles. Ce sont autant de raison pour lesquelles la transmission de cette histoire est un devoir.

 
Trente ans après, l’implication civique peut être caractérisée comme étant en marche à la vue de l’existence de plus en plus importante des entités associatives et autres démarches citoyennes à travers l’ensemble du territoire. Cette croissance, expiée des erreurs passées, qui se veut d’autant plus honnête et juste, symbolise par définition cette nouvelle marche: la marche vers la juste défense des intérêts des banlieues.

 

 
Le programme de la manifestation :

 
8h30: Accueil 

9h: La Marche de l’égalité: contexte et genèse, avec Toumi DJAÏDA, Rachid MOKRAN et Fouad CHERGUI
 

11h: La Marche de l’égalité: récupération politique et création de SOS Racisme, avec Serge MALIK et Philippe JUHEM.

 

14h30: Les luttes contre les discriminations en France et à l’étranger, avec Rokhaya DIALLO, Mohsein MOUEDDEN et Marwan MUHAMMAD.

 

16h: Les violences policières, avec Tarek KAWTARI, Tara DICKMAN et Manuel BOUCHER.

17h30: Banlieue ou l’impossible considération, avec Aziz SENNI, Mohamed MECHMACHE, Akim MIMOUN et Mohamed BOUKLIT.

Source: Banlieue +.