Mogniss Abdallah, « Marseille : des « ratonnades » de 1973 à la Marche pour l’égalité et contre le racisme. Quelle(s) transmission(s) d’un héritage riche d’actions collectives ? », 8 avril 2014

Le 4 décembre 2013, café-théâtre Le Tabou chez Cid-Hamid à Marseille : des ami-e-s se retrouvent pour clore avec une soirée politico-culturelle cette année 2013 marquée à la fois par l’opération « Marseille, capitale européenne de la culture», par les 40 ans des « ratonnades » meurtrières dans le Midi et par les 30 ans de la Marche pour l’égalité et contre le racisme.

C’est aussi l’occasion de rendre hommage à Hamid Aouameur, tenancier de cet espace culturel près du Vieux port qu’il espère développer en lieu de mémoire vivante, et à sa compagne Andrée. Hamid, qui lutte contre une longue maladie, a connu le Mouvement des Travailleurs Arabes (MTA) et la Maison des Travailleurs immigrés (MTI), le journal Sans Frontière. Il a aussi soutenu la Marche initiée par les jeunes des Minguettes, partie de Marseille le 15 octobre 1983. Depuis, il s’est investi dans l’action culturelle, le théâtre en particulier.

Il a gardé le contact avec Mustapha Mohammadi, aujourd’hui actif notamment auprès des Chibani-a-s, qui a participé au bel ouvrage « Les Dames de l’exil », et avec Mogniss H. Abdallah, auteur du livre « Rengainez on arrive ». Ensemble, ils imaginent un petit événement culturel rassembleur, amené à trouver des prolongements. Tout un chacun est convié à participer, par la lecture de textes, des chansons, ou par l’évocation de souvenirs personnels.
Parmi les intervenants, il y aura Mohamed Bouzidi qui chante « Yaoulidi » en hommage à Lahouari Ben Mohamed, tué par un CRS le 18 octobre 1980 dans les quartiers Nord, accompagné à la guitare par Hassan, petit frère du défunt. A voir et à écouter ici :

« C’est moi l’Assassiné », clame un poème en arabe de Lazhar, travailleur immigré rendant hommage aux victimes de l’attentat meurtrier au consulat d’Algérie à Marseille, le 14 décembre 1973. Durant les années 70, plusieurs groupes politiques ou culturels exprimèrent sentiments et aspirations de l’immigration, et transmirent leurs pratiques « agit’prop’ » (journaux et théâtre d’intervention, chants pendant les rassemblements, etc.) aux enfants d’immigrés, du moins aux aînés.

Marilaure Mahé, ex-Marcheuse permanente en 1983, choisira des extraits du livre « La Marche, traversée de la France profonde » de Bouzid Kara, également présent avec son fils. Dans la foulée, Andrée lit des extraits du roman « En Marche » de Marilaure, évoquant l’onde de choc provoquée par la mort de Habib Grimzi, défenestré par des apprentis-légionnaires dans le train Bordeaux-Vintimille. Un débat s’ensuit sur les risques d’une indignation sélective : qui se souvient, en effet, de la mort de Laïd Khanfar, tué sur le port de la Joliette quelques jours après, par un douanier ?

Les luttes, cependant, aboutissent parfois à des acquis qu’il faut connaître et défendre, sans quoi ils risquent d’être remis en cause et vidé de toute substance, comme c’est le cas aujourd’hui pour la carte unique de 10 ans. Reste que les motivations racistes d’un crime sont désormais considérés comme circonstances aggravantes, et des associations peuvent se constituer partie civile. Mais attention à ne pas diluer le racisme dans une dénonciation des discriminations fourre-tout. Et la lutte pour l’égalité nécessite un rappel aux fondamentaux : historiquement, il s’agit de l’égalité des droits -sociaux, culturels et politiques- entre Français « de toutes les couleurs », hommes et femmes, mais aussi entre Français et immigré-e-s – ceux et celles qui ont une carte de résidents « étrangers ».

Pourquoi n’y a-t-il pas eu transmission de cet héritage de luttes ? s’exclame Haouaria Hadj Chikh, militante active dans les quartiers Nord. Une interrogation qui sonne comme un coup de semonce. On se quitte alors en se promettant à l’avenir de mutualiser davantage les expériences de chacun(e), et de mettre en commun les différentes traces existantes (enregistrements sonores, journaux, affiches, photos et images audiovisuelles etc.). Vaste chantier…

Mogniss Abdallah

« L’intersectionnalité au prisme des marches militantes », Paris, 2 décembre 2013

En passant

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Groupe de travail du GTM : Migrations, mobilités et pays du Sud

« Genre, travail, mobilités » est une équipe du laboratoire Cresppa (UMR 7217, CNRS-Paris 8)

À l’occasion du 30ème anniversaire de la

Marche pour l’Égalité et contre le racisme

Journée d’échanges et de témoignages

Lundi 2 décembre 2013 de 9h30 à 17h30

59-61 rue Pouchet. 75017 Paris

L’intersectionnalitÉ

au Prisme des MArches militantes

(1983-2013)

Journée animée par François Brun

Avec la participation de Saïd Bouamama, Alima Boumédienne, Houria Bouteldja, Ismahane Chouder , Albano Cordeiro, Jessy Cormont, Faouzi Dhaouadi, Issy Doukouré, Danièle Kergoat, Mustapha Mohammedi, Marwan Muhammad, Ndella Paye, Simone Rivolier, Sidyi Soumaré, Martine Tessard, Kaissa Titous…

Sous réserve : Mogniss Abdallah, Saimir Mile,

Au croisement des rapports de domination, témoignages d’acteurs de cette marche, mais aussi de militant.e .s de plus jeunes générations qui « continuent de marcher » au regard des réalités auxquels  ils (elles) sont encore aujourd’hui confronté.e.s. 

Cette session s’inscrit dans l’un des principaux champs d’étude de notre équipe sur « les effets de pouvoir et de domination en lien avec les questions de citoyenneté, au regard de l’imbrication des rapports sociaux de classe, de sexe et de race ».

En l’occurrence, nous demanderons aux intervenant.e.s de bien vouloir témoigner de leur « raisons de marcher », jadis, naguère et aujourd’hui, sous l’angle du (ou des) rapport(s) de domination au(x)quel(s) leur expérience les a rendu.e.s particulièrement sensibles et qui a (ont) été à la source de leur rébellion.

Nous tenterons à cette occasion de dégager à travers ces retours d’expérience, qui devront être intergénérationnels, le sens de la marche mythique de 1983, de celles qui ont suivi et de la célébration d’un anniversaire qui, au-delà des inévitables opérations de récupération, devrait être bien davantage qu’une commémoration, une sorte de « retour vers le futur ».

La date de ce séminaire a été choisie à dessein à la veille des 30 ans de l’arrivée de la marche et au début d’une semaine dont on peut escompter qu’elle sera riche en initiatives diverses.

Coordination : Fatiha Talahite, Marguerite Rollinde.

Pour tout renseignement : sandra.nicolas@gtm.cnrs.fr

Site CNRS Pouchet, 59 rue Pouchet, Paris 17ème [métro « Guy Môquet » ou « Brochant » (ligne 13) ; bus n°66 arrêt « La Jonquière »]

http://www.gtm.cnrs.fr

« La marche pour l’égalité et contre le racisme: qu’en reste t-il ? », Montpellier, 22-24 novembre 2013

En passant

Dans l’idée  de commémorer le  « 30 ème anniversaire de La  Marche pour l’Egalité et contre le Racisme », l’association KAINA TV a mis en place un événement sur le quartier de Montpellier- Mosson.
Les 22 23 et 24 novembre 2013, l’association s’est donnée pour objectif de changer le regard sur l’immigration, de transmettre et partager une histoire commune : un événement majeur qui a secoué toute la société française, lui mettant sous les yeux la présence de milliers de jeunes issus de l’immigration qui demandaient à être reconnus. Ils ont marché pendant 6 semaines pour dénoncer le racisme, réclamer une France multiculturelle et obtenir l’Egalité des droits pour les immigrés et leurs enfants.

Cette manifestation rassemblera un ensemble de personnalités politiques, de chercheurs, d’artistes, de militants associatifs et de citoyens de tout âge, autour de rencontres-débats, tables rondes, projections, expositions, spectacles vivants … l’objectif étant de donner l’envie aux plus jeunes comme aux plus anciens d’aller à la rencontre de leur histoire et de connaitre les luttes issues des quartiers populaires.

En espérant vous compter nombreux parmi nous.
N hésitez pas à diffuser l’information à l ensemble de votre réseau

Affiche et programme à télécharger:

montpellier_AFFKAINAfinal.CMJN de base

Pour tout renseignement :
lamarche.kainatv[at]gmail.com
Tel 04 67 56 30 54

Source: KAINA TV