Mogniss H. Abdallah, « La Marche pour l’égalité et contre le racisme « n’est pas assez entrée dans l’histoire » », Vacarme, 1er mai 2014

La Marche pour l’égalité et contre le racisme « n’est pas assez entrée dans l’histoire »

Faut-il « marcher encore » ? Faut-il proclamer : « on ne marche plus ! » ? Les commémorations de la Marche pour l’égalité et contre le racisme ont illustré, jusque dans les œuvres de fiction et les volontés d’héroïsation de cette entreprise collective, la nécessité de lutter pour la transmission de la mémoire et pour l’autonomie des récits sur ce passé encore vif.

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Rokhaya Diallo et Majid El Jarroudi, « 30 ans après le « mai 68 des enfants d’immigrés »: jusqu’où faudra-t-il marcher? », Huffington Post, 15 octobre 2013

Le monde entier a retenu son souffle lors de l’hospitalisation récente de Nelson Mandela. A n’en pas douter, nombreux sont celles et ceux qui se réclameront de son héritage quand il nous aura quitté. Ce n’est pas juste un homme qui s’en ira mais bien plus, une véritable icône, figurant parmi les derniers héros contemporains. Sans lui, nous perdons un point cardinal de la justice et du combat pour l’égalité.

Partout dans le monde, lorsque les mouvements antiracistes manifestent, ce sont des panneaux ornés de son visage qu’ils brandissent aux côtés de ceux de Martin Luther King ou de Gandhi. Mandela incarne l’histoire de l’humanité, en particulier celle des minorités qui sont parvenues à se libérer du joug oppresseur par la lutte.

Dans une France toujours prompte à évoquer les noms de ces figures historiques, d’autres individus sont pourtant porteurs d’une parcelle d’histoire. Ce sont des anonymes, oubliés des manuels d’histoire mais dont les parcours nous habitent aujourd’hui, plus que jamais.

Le 15 octobre 1983, un élan inédit s’est emparé de la France: inspirés par les mouvements non-violents de Gandhi et Martin Luther King, de jeunes Français-es habitant-e-s du quartier populaire des Minguettes dans la banlieue lyonnaise, traversent le pays pour réclamer l’égalité inscrite au fronton de la République.

Ainsi commence, la Marche pour l’égalité et contre le racisme, véritable « mai 68 des enfants d’immigrés » selon les termes du sociologue Abdellali Hajjat et première marche antiraciste d’envergure nationale. Initiée par une demi douzaine de personnes, la marche, triomphalement accueillie à Paris, s’achève avec 100.000 participants le 3 décembre 1983 devant le Palais de l’Elysée, où le Président François Mitterrand recevra une délégation des marcheurs.

Hélas, trente ans plus tard, les noms de ces marcheurs héroïques n’ont pas rejoint ceux de leurs prédécesseurs au Panthéon de la lutte contre le racisme: ils sombré dans l’oubli. Pis, leurs revendications d’égalité martelées au rythme de leur pas n’ont toujours pas trouvé de traduction concrète. Trente ans après la Marche, les quartiers populaires d’Hexagone et d’Outre-Mer connaissent d’inacceptables taux de chômage tandis que leurs habitants sont exposés aux plus cruelles discriminations.

A la veille de la disparition d’une icône mondiale, il est temps d’éveiller les consciences, nous devons rendre justice à tous ces héros et héroïnes anonymes dont les visages ont été effacés de nos mémoires, mais dont les pas résonnent encore dans nos cœurs. Elles et ils sont nos « Nelson Mandela » de France. Ce sont nos mères, pères, sœurs, frères, ami-e-s, voisin-e-s… Elles et ils ont construit la France, notre France, sa conscience et son avenir. Ils ne se sont pas contentés de battre le pavé, ils ont marché symboliquement, à leur manière, contre le racisme quotidien, dans les usines, dans les associations, dans les universités, faisant preuve d’une détermination spectaculaire et pour vivre, tout simplement. Les marcheurs et marcheuses, que la frénésie médiatique a caricaturalement réduits à la qualité de « Beurs » avant qu’une amnésie collective ne les plonge dans l’oubli ont pourtant laissé une empreinte indélébile. Sans eux nous ne serions pas là. Nous sommes les héritier-e-s de ces explorateurs et exploratrices qui ont traversé tant d’épreuves avec dignité et abnégation. Leur histoire est aussi l’histoire de France.

Et cet héritage doit s’exprimer bien au delà des nostalgiques commémorations que le gouvernement ne manquera pas d’organiser, ce sont des mesures concrètes, contre les discriminations et agressions racistes, contre les contrôles au faciès, contre la paupérisation des quartiers populaires, qui sont attendues.

Trente ans après la Marche pour l’Egalité et contre le racisme, notre devoir, le devoir de la République, est d’honorer celles et ceux qui ont eu le courage de s’élever contre l’injustice. Il est temps d’écrire enfin ces pages d’histoires qui manquent au roman national.

Suivre Rokhaya Diallo sur Twitter: www.twitter.com/RokhayaDiallo

Source: Huffington Post

La Licra consacre ses Universités d’automne à l’anniversaire et à l’héritage des marches pour l’égalité, 11-13 octobre 2013

En passant

Que reste-t-il des marches pour l’égalité ?

15 octobre 1983 > 2013, anniversaire de la « Marche des Beurs » dite « Marche pour l’égalité ». 11,12, 13 octobre : Universités d’automne de la Licra au Havre.
50 ans après la Marche vers Washington de Martin Luther King et 30 ans après la Marche pour L’Egalité, dite « Marche des Beurs », la Licra invite le grand public et l’ensemble des associations antiracistes, qui seront toutes présentes lors de ses Université s d’automne au Havre, à s’interroger sur le bilan et les perspectives d’un combat plus que jamais d’actualité.

Temps fort de cette manifestation, la Licra recevra l’ensemble des représentants du combat antiraciste pour faire le bilan de 30 ans de lutte et poser les jalons de son évolution, pour une « Nouvelle Donne » contre le racisme et l’antisémitisme.

La Licra invite le public le plus nombreux à participer aux échanges et aux débats qui auront lieu au Pasino du Havre.

A noter : la Licra délivrera aà l’occasion de ses Universités d’automne les résultats d’un grand sondage Opinion Way sur le thème « Que reste-t-il de la ‘Marche des Beurs’ de 1983 ? ». La société française se pense-t-elle plus ou moins raciste qu’il y a trente ans ? Quel sens donne-t-elle au combat antiraciste et à la lutte des associations ? Quel rôle attribue-t-elle aux différents acteurs dans ce combat ? Où se mène-t-il ? Où se gagnera-t-il ?
* Convergeant vers Washington le 28 août 1963, c’est au terme de la « Marche pour le Travail et la Liberté » que Martin Luther King fit son discours historique « I Have a Dream ».
* Partie de Marseille le 15 octobre 1983 avec une trentaine de personnes, la marche pour l’Egalité et contre le racisme dite « des Beurs », drainera quelque 100 000 personnes à Paris quelques semaines plus tard le 3 décembre. Une délégation sera finalement reçue à l’Elysée. Il s’agit de la première manifestation nationale contre le racisme réunissant « la seconde génération d’immigrés ». Leurs revendications principales consistaient en l’obtention d’une carte de séjour pour 10 ans ainsi que du droit de vote pour les étrangers.

Intervenants, Le Havre, 11-12-13 octobre 2013

Représentants du mouvement antiracistes
Auprès de Alain Jakubowicz : président de la Licra
  • Jean Costil : pasteur et ancien délégué régional de la CIMADE Jonathan Hayoun : président de l’Union des Etudiants Juifs de France Cindy Leoni : présidente de SOS racisme
  • Malik Lounes : participant de la marche des Beurs et militant de la Licra Pierre Mairat : co-président du MRAP
  • Elisabeth Ronzier : présidente de SOS Homophobie
  • Pierre Tartakowsky : président de la Ligue des Droits de l’Homme Louis-George Tin : président du CRAN
  • Fodé Sylla : ancien président de SOS racisme
Experts
  • Sophie Bodry-Gendrot : professeur des Universités, américaniste, politologue
  • Jacqueline Costa-Lascoux : sociologue, directrice du CEVIPOF, directrice de recherche au CNRS Rokhaya Diallo : auteur et éditorialiste
  • Jacques Lévy : professeur à l’Ecole polytechnique de Lausanne
Personnalités qualifiées
  • Marc Chebsun : auteur, éditorialiste, fondateur de Respect Mag
  • Luc Gruson : directeur de la Cité nationale de l’histoire de l’immigration
  • Nacer Kettane : Directeur général de Beur TV et PDG de Beur TV
  • Yazid Sabeg : homme d’affaires, ancien commissaire à la diversité et à l’égalité des chances
Journalistes
  • Antoine Spire : rédacteur en chef du magazine Le Droit de vivre
  • Paul Nahon : ancien directeur de l’information de France 3
Représentants politiques
  • Azouz Begag : homme politique, ancien ministre, chercheur en économie et sociologie Julien Dray : conseiller régional d’Ile de France
  • Corinne Lepage : ancienne ministre de l’Environnement
  • Edouard Philippe : député et maire du Havre
  • Djida Tazdaït : ancienne députée européenne

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Source: Licra.