« L’intersectionnalité au prisme des marches militantes », Paris, 2 décembre 2013

En passant

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Groupe de travail du GTM : Migrations, mobilités et pays du Sud

« Genre, travail, mobilités » est une équipe du laboratoire Cresppa (UMR 7217, CNRS-Paris 8)

À l’occasion du 30ème anniversaire de la

Marche pour l’Égalité et contre le racisme

Journée d’échanges et de témoignages

Lundi 2 décembre 2013 de 9h30 à 17h30

59-61 rue Pouchet. 75017 Paris

L’intersectionnalitÉ

au Prisme des MArches militantes

(1983-2013)

Journée animée par François Brun

Avec la participation de Saïd Bouamama, Alima Boumédienne, Houria Bouteldja, Ismahane Chouder , Albano Cordeiro, Jessy Cormont, Faouzi Dhaouadi, Issy Doukouré, Danièle Kergoat, Mustapha Mohammedi, Marwan Muhammad, Ndella Paye, Simone Rivolier, Sidyi Soumaré, Martine Tessard, Kaissa Titous…

Sous réserve : Mogniss Abdallah, Saimir Mile,

Au croisement des rapports de domination, témoignages d’acteurs de cette marche, mais aussi de militant.e .s de plus jeunes générations qui « continuent de marcher » au regard des réalités auxquels  ils (elles) sont encore aujourd’hui confronté.e.s. 

Cette session s’inscrit dans l’un des principaux champs d’étude de notre équipe sur « les effets de pouvoir et de domination en lien avec les questions de citoyenneté, au regard de l’imbrication des rapports sociaux de classe, de sexe et de race ».

En l’occurrence, nous demanderons aux intervenant.e.s de bien vouloir témoigner de leur « raisons de marcher », jadis, naguère et aujourd’hui, sous l’angle du (ou des) rapport(s) de domination au(x)quel(s) leur expérience les a rendu.e.s particulièrement sensibles et qui a (ont) été à la source de leur rébellion.

Nous tenterons à cette occasion de dégager à travers ces retours d’expérience, qui devront être intergénérationnels, le sens de la marche mythique de 1983, de celles qui ont suivi et de la célébration d’un anniversaire qui, au-delà des inévitables opérations de récupération, devrait être bien davantage qu’une commémoration, une sorte de « retour vers le futur ».

La date de ce séminaire a été choisie à dessein à la veille des 30 ans de l’arrivée de la marche et au début d’une semaine dont on peut escompter qu’elle sera riche en initiatives diverses.

Coordination : Fatiha Talahite, Marguerite Rollinde.

Pour tout renseignement : sandra.nicolas@gtm.cnrs.fr

Site CNRS Pouchet, 59 rue Pouchet, Paris 17ème [métro « Guy Môquet » ou « Brochant » (ligne 13) ; bus n°66 arrêt « La Jonquière »]

http://www.gtm.cnrs.fr

« LA MARCHE POUR L’ÉGALITÉ ET CONTRE LE RACISME : QUELS HÉRITAGES ? », Institut du monde arabe, 14 novembre 2013

14 novembre 2013

Salle du haut conseil – 18h30

LA MARCHE POUR L’ÉGALITÉ ET CONTRE LE RACISME : QUELS HÉRITAGES ?


© Djida Tazdaït

Cette rencontre reviendra sur les conséquences sociales, politiques et culturelles du succès de la Marche pour l’égalité et contre le racisme, organisée en 1983 à l’initiative de militants – en majorité d’origine maghrébine –, habitants des Minguettes, à Vénissieux. Trente ans après, reprise du débat avec quelques-uns des acteurs de la Marche ainsi que des militants qui perpétuent ces luttes en faveur des droits et contre le racisme, notamment au sein des quartiers populaires.

Avec :
Farid Taalba, du Forum Social des Quartiers Populaires.

Souad Amidou, comédienne

Kaïssa Titous, de la Coordination anti-démolition des quartiers populaires.

Débat animé par l’historienne Naïma Yahi.

En partenariat avec Pangée Network et Remembeur

Source: IMA

« La marche pour l’égalité et contre le racisme: qu’en reste t-il ? », Montpellier, 22-24 novembre 2013

En passant

Dans l’idée  de commémorer le  « 30 ème anniversaire de La  Marche pour l’Egalité et contre le Racisme », l’association KAINA TV a mis en place un événement sur le quartier de Montpellier- Mosson.
Les 22 23 et 24 novembre 2013, l’association s’est donnée pour objectif de changer le regard sur l’immigration, de transmettre et partager une histoire commune : un événement majeur qui a secoué toute la société française, lui mettant sous les yeux la présence de milliers de jeunes issus de l’immigration qui demandaient à être reconnus. Ils ont marché pendant 6 semaines pour dénoncer le racisme, réclamer une France multiculturelle et obtenir l’Egalité des droits pour les immigrés et leurs enfants.

Cette manifestation rassemblera un ensemble de personnalités politiques, de chercheurs, d’artistes, de militants associatifs et de citoyens de tout âge, autour de rencontres-débats, tables rondes, projections, expositions, spectacles vivants … l’objectif étant de donner l’envie aux plus jeunes comme aux plus anciens d’aller à la rencontre de leur histoire et de connaitre les luttes issues des quartiers populaires.

En espérant vous compter nombreux parmi nous.
N hésitez pas à diffuser l’information à l ensemble de votre réseau

Affiche et programme à télécharger:

montpellier_AFFKAINAfinal.CMJN de base

Pour tout renseignement :
lamarche.kainatv[at]gmail.com
Tel 04 67 56 30 54

Source: KAINA TV

Projection-débat « Candidat pour du beurre », cinéma l’Ecran, Saint-Denis, 7 novembre 2013

En passant

Photo de l'évènement
20H00 //

CANDIDATS POUR DU BEUR ?

À l’aune du 30e anniversaire de la Marche pour l’égalité et contre le racisme (1983) : quelle place faite à celles et à ceux, vivant en banlieues ou qui en sont issu-e-s, désigné-e-s tantôt comme “Beurs-Beurettes, jeunes issus de l’immigration, musulman-e-s, filles voilées, deuxième génération…”? Quelles perspectives d’avenir pour tous? Quelles propositions et quels projets en lien ?   en présence du réalisateur, Samir Abdallah, de Kaissa Titous, militante associative, Coordination anti-démolition des quartiers populaires, d’Abdellali Hajjat, sociologue, d’Almamy Kanoute, militant politique, Émergences, et des membres des collectifs Femmes en luttes 93 (Saint-Ouen) et Nous Femmes d’Ici et d’Ailleurs (Blanc-Mesnil).

Ecran 2 : SAMIR ABDALLAH
Durée : 1h30 – tarif unique : 4,50€
Au regard de l’histoire des luttes pour une éga- lité réelle, nous suivons les filles et fils d’ou- vriers immigrés investis comme candidats de la “diversité” dans les différentes campagnes électorales depuis la présidentielle 2007. À tra- vers leurs meetings, sur le terrain, mais aussi lors de rencontres plus intimes…

Avec de nombreux acteurs des luttes des quar- tiers populaires, de Clichy-sous-Bois à Marseille, en passant par Roubaix et les candidats, Mouloud Aounit, Kamel Hamza, Faouzi Lamdaoui, Halima Boumedienne, Omar Slaouti, Samia Ghali, Karim Zeribi, Rama Yade…

Ces “nouveaux visages” de la République seront- ils sur la photo au moment de faire les comptes ou simplement “candidats pour du Beur” ?

Source: Cinéma L’Ecran

« Semaine pour l’Egalité et contre le racisme », Nord-Pas-de-Calais, 25 au 30 novembre 2013

En passant

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FUIQP Nord Pas-de-Calais

Semaine pour l’Egalité et contre le racisme25 au 30 novembre 2013 – reprenons la marche enclenchée en 1983

Evénements

Il y a 30 ans déjà, LA MARCHE POUR L’EGALITE ET CONTRE LE RACISME parcourait notre pays pour s’opposer au racisme et aux discriminations, dénoncer les crimes racistes et les politiques sécuritaires, et exiger l’égalité des droits pour tous les habitants de France.

Le petit nombre de marcheurs partis le 15 octobre de la banlieue lyonnaise dans l’anonymat l’isolement le plus complet se transforma progressivement en une marée humaine porteuse d’espoirs pour les habitants des quartiers populaires. Répondant à leurs appels, plus de 100 000 personnes convergèrent ainsi vers Paris le 3 décembre 1983 pour crier leurs exigences d’égalités. Dans notre région l’accueil des marcheurs fut l’occasion de soutiens massifs, de débats et d’initiatives multiples.

Trente ans après, force est de constater que l’espoir de ces dizaines de milliers de marcheurs de 1983 ne s’est jamais concrétisé. Les contrôles au faciès sont toujours d’actualité, les familles continuent d’être endeuillées par des crimes racistes, conséquences directes des politiques sécuritaires, exclusivement réservées aux quartiers populaires. Le racisme institué en système est devenu une « arme de destruction massive » des quartiers défavorisés en particulier, et de la France en général. Les résidents étrangers sont encore exclus du droit de vote, les conditions des sans-papiers (traités comme de la « chair à patron ») se sont détériorées gravement, et les actes islamophobes se banalisent et se multiplient, etc.

Du reniement à l’instrumentalisation, de la stigmatisation a la démagogie, les gouvernements socialistes ou de droite qui se sont succédés depuis 1983, construisent les « étrangers », leurs enfants « français » et plus largement tous les habitants des quartiers populaires, comme « une population dangereuse » à l’origine de tous les maux de la société. Ils ont tous contribué successivement à la construction d’un bouc émissaire, d’un « ennemi de l’intérieur » à surveiller et à contrôler. Commémorer la marche pour l’égalité et contre le racisme, c’est en tirer les leçons et poursuivre le combat. Reprenons la marche enclenchée en 1983, en participant à la Semaine pour l’Egalité et contre le racisme.

Le programme de la semaine disponible ICI.

L’affiche de la semaine disponible ICI.

L’affiche de la manifestation pour un féminisme anti-islamophobe du 28 novembre 2013 ICI et le tract d’appel ICI.

Source: Les figures de la domination

« 30 ans après, une « assise » de véritables « marcheuses » ! », Med’in Marseille,23 octobre 2013

Le 15 octobre 2013, cela faisait trente ans qu’une poignée de jeunes des Minguettes avait entamé à Marseille la longue marche pour l’égalité et contre le racisme qui devait rassembler 100 000 personnes à Paris le 3 décembre 1983. Rapidement rejoints par d’autres marcheurs de Paris, de Valence et d’ailleurs. Parmi eux, beaucoup de jeunes femmes que l’histoire a oublié. En ce 15 octobre 2013, l’EPI ou l’Espace Projets Interassociatifs de Vaulx-en-Velin décidait de leur rendre hommage en invitant plusieurs d’entre elles à participer à un débat dont cette structure inter associative dédiée à la citoyenneté et à l’égalité des droits a le savoir-faire.

C’est l’Aïd, ce 15 octobre 2013, ce qui n’empêche pas l’affluence au centre social George Levy qui reçoit Fatima de Lyon, Malika de Annonay, Marilaure de Marseille et Kaissa de Paris.

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De gauche à droite Kaissa Titous du collectif jeunes d’accueil de la Marche à Paris ; ensuite trois véritables marcheuses : au micro Marilaure Mahé – marcheuse permanente de Marseille à Paris ; Malika Boumédiene – marcheuse permante de St Valier à Paris ; Fatima Mehallel – marcheuse permanente de Marseille à Paris.
  • Nous étions plus nombreuses encore dit Marilaure, il y avait Cécile, Kheyra, Nacéra, Colette, Taoues, Dalila.
  • Les filles étaient importantes dans la marche, c’est ce que nous disent les marcheurs aujourd’hui encore quand on se rencontre, la marche n’aurait pas pu se faire sans vous.
  • Donc vous n’étiez pas cantonnées aux tâches domestiques, lance un jeune homme en souriant ?
  • Le fait est que notre emploi du temps était le même pour tous les marcheurs, puisque nous ne faisions que marcher et délivrer un message dans les rencontres informelles, les petites réunions, les gros meetings, plus rarement les réceptions municipales et les média… Nous étions accueillis avec le gîte et le couvert donc pas de tâches domestiques. Mais surtout nous prenions la parole – dans mon souvenir – autant qu’on le voulait.
  • Les filles sont-elles allées à l’Elysée ?
  • J’y étais – répond Malika – avec Cécile, nous étions donc deux femmes sur huit. Il est vrai que les initiateurs de la marche étaient des hommes.
  • Que diriez-vous des rapports hommes femmes ?
  • C’était des rapports égalitaires, ça allait de soi beaucoup plus que maintenant. Aujourd’hui, moi qui ai des enfants, dit Fatima, je ressens les regards ou même les propos réprobateurs des garçons dans les cités et autres lieux publics sur ma façon de m’habiller, de me maquiller etc. Je pense qu’on a régressé sur ce plan, vraiment.
  • Une jeune femme du public parle des progrès réalisés en trente ans, qu’elle constate quand elle entend parler ses parents sur ce qu’ils vivaient et dit que c’est d’autant plus difficile d’exprimer une plainte et donc de s’engager dans une action offensive parce qu’elle ne paraîtrait pas légitime, surtout quand, comme moi on habite le centre-ville, qu’on fait des études et que pourtant on sent bien une certaine discrimination mais insidieuse.

Beaucoup acquiescent

  • Oui c’était plus facile de riposter en 1983, quand c’était la vie qu’on devait défendre.
  • Ce racisme meurtrier a peut-être diminué mais il n’a pas complètement disparu, dans les cités enclavées on le ressent très fort – dit Marilaure. Il y a donc encore à se battre contre cela. Mais aussi contre les autres formes de discrimination très présentes dans le domaine du travail, de l’accès aux droits …

Kaissa poursuit sur les discriminations dans le logement et sur les programmes de rénovation urbaine sur lesquels elle est très engagée actuellement. Elle rappelle qu’elle n’a pas marché mais qu’elle était membre fondateur du Collectif jeunes parisien qui a soutenu les marcheurs. Elle était présidente de Radio beur à l’époque et avec d’autres associations comme l’ANGI (Association nouvelles générations immigrées) où les femmes étaient majoritaires et meneuses, elle a contribué à créer ce collectif d’accueil des marcheurs, autonome des autres organisations telles que la LDH, le MRAP etc.

Une éducatrice militante des JALB dans les années 90, rappelle que ce sont des femmes qui ont crée le groupe Zaama de banlieue dans les années 80, et que quand il s’est transformé en Jeunes Arabes de Lyon et Banlieue, les femmes étaient encore prépondérantes. La soirée s’est poursuivie dans un échange très inter actif avec une salle très diversifiée en âges et dans laquelle on trouvait des élus municipaux et régionaux.

Source: Med’in Marseille

L’EPI Kézaco :

l’EPI reprend les valeurs républicaines et démocratiques que sont la laïcité, la liberté de conscience et d’expression, l’égalité des droits et des devoirs et la solidarité. A partir de ces valeurs, les objectifs de l’Espace Projets Interassociatifs sont de lutter contre le racisme et toutes les formes d’exclusions ; d’encourager la réflexion et l’accès à la citoyenneté ; de promouvoir l’égalité entre les femmes et les hommes ; de faciliter l’insertion dans la société française des populations issues de l’immigration ; de favoriser la connaissance, l’échange et le dialogue entre les différentes composantes de la société française. Ses activités principales s’inscrivent dans une démarche d’éducation populaire et s’organisent autour de la formation des responsables et des bénévoles associatifs, d’un soutien technique et pédagogique aux projets associatifs, de l’organisation d’actions collectives à caractère culturel, du suivi et de l’accompagnement des porteurs de projets collectifs. Rien d’étonnant dès lors que l’équipe composée de six salariés décide de recevoir les marcheuses de 1983. Le 10 octobre précédent, l’EPI avait déjà reçu quatre femmes militantes de France, d’Algérie, de Tunisie et du Maroc.

Laurent Burlet, « Il y a 30 ans, la « Marche des beurettes » : elles ont encore des choses à dire », Rue89Lyon, 22 octobre 2013

Dans le flot des commémorations des 30 ans de la Marche pour l’égalité et contre le racisme, renommée « Marche des beurs », on oublie un peu vite que le quart de la cinquantaine de marcheurs étaient des marcheuses. Rencontre avec quatre d’entre elles qui ont encore des choses à dire.

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Kaïssa Titous : « Dans les années 80, ce sont les femmes qui dirigeaient les associations dans les quartiers »

Kaissa-titous-marche-beursComme Kaïssa Titous, toutes les femmes qui ont marché en 1983 ont une cinquantaine d’années ©Laurent Burlet/Rue89Lyon

La Marche pour l’égalité et contre le racisme
A l’origine, ils étaient une quinzaine, partis de Marseille en réaction à une énième bavure policière dont Toumi Djaïdja avait été la victime, dans son quartier de Monmousseau, aux Minguettes. Sur son lit d’hôpital, c’est lui qui avait lancé cette idée avec le père Christian Delorme. Cette marche se termina par une manif de 100 000 personnes à Paris. François Mitterrand avait rencontré une délégation de marcheurs.

Lorsque Kaïssa parle, elle harangue son auditoire. Question d’habitude. Kaïssa a trente ans de militantisme derrière elle. Quand la Marche pour l’égalité et contre le racisme s’est élancée, elle œuvrait à Radio Beur, à Paris. Elle pensait, comme nombre de militants des quartiers, plus politisés, que les marcheurs étaient « manipulés par les curés » car deux religieux (le père Delorme et le pasteur Costil) les accompagnaient.

Devant l’engouement populaire, ils se sont ravisés. Et Kaïssa est devenue la présidente du « Collectif jeune » qui a « accueilli » la Marche à Paris, rassemblant 100 000 personnes lors d’une dernière manif.

Aujourd’hui, elle rend hommage aux « Marcheurs » qui ont « ouvert un sillon » en créant une dynamique importante dans les quartiers, particulièrement chez les femmes :

« Dans les années 80, la majorité des associations étaient dirigées par des filles ».

Fathma et Hamida, deux travailleuses sociales de Vaulx-en-Velin, qui l’écoutent ce soir là, se reconnaissent dans ses paroles :

« Après la Marche, on était au Jeunes arabes de Lyon et de sa Banlieue (JALB). C’était l’époque des luttes sur les prisons ou contre la double peine ».

Trente ans après la Marche, « les femmes sont devenues invisibles dans l’espace public » selon Kaïssa :

« La position des femmes s’est détériorée dans les quartiers. Il faut le reconnaître. »

Malgré tout, elle n’a rien perdu de sa flamme. Elle qui habite toujours en banlieue parisienne, se bat contre les démolitions de logements sociaux dans les quartiers. Ce qu’on appelle des opérations de « renouvellement urbain » et qu’elle nomme, elle, des opérations de « blanchiment de la ville » :

« Mon père était ouvrier chez Renault. Après avoir fermé les usines où les maghrébins travaillaient, on détruit nos logements ».

Fatima Mehallel : « Mon quotidien, c’est mon combat »

Fatima-Mehallel-marche©Laurent Burlet/Rue89Lyon

Making-of
Pour les 30 ans de la « Marche pour l’égalité et contre le racisme », l’Espace projets interassociatifs (EPI) de Vaulx-en-Velin organisait une rencontre-débat autour des marcheuses de 1983. La soirée a réuni une cinquantaine de personnes au centre social de la Grappinière, l’un des quartiers vaudais.

C’était la grande timide du groupe. Jamais à se mettre en avant. Les grands discours, comme elle dit, elle les laisse toujours aux autres. Habitante du quartier Olivier de Serres à Villeurbanne (aujourd’hui démoli), elle a connu par hasard la Marche, par hasard, via le cousin du père Christian Delorme, « le curé des Minguettes », l’un de ses initiateurs.

« Nous, les filles maghrébines, nous ne sortions pas. Du coup, nous n’étions pas directement concernées par les crimes racistes alors que pour les garçons, la chasse était ouverte. »

Sa mère ne voulait pas que Fatima parte faire la Marche. Elle avait peur. Mais elle ne s’est pas opposée quand Fatima a posé les valises dans le couloir.

« Quand je suis rentrée, mes parents étaient fiers de moi. J’avais représenté mon quartier ».

Même si son quartier d’alors, elle le décrit comme une « poubelle ».

Après la Marche, Fatima est revenue à sa vie d’avant. Elle a déménagé de Villeurbanne pour connaître d’autres quartiers populaires : les cités de Vaulx-en-Velin puis celles de Gerland, à Lyon.

Comme beaucoup de monde, elle note une réelle amélioration sur le front des crimes racistes. Mais elle pointe aussi une transformation du racisme en islamophobie. Mais elle dit ne pas le subir :

« Je suis musulmane mais je suis moderne. La relation que j’entretiens avec Dieu ne regarde que Dieu ».

Elle se dit effrayée par le nombre de femmes qu’elle voit voilées :

« Les femmes sortent plus mais elles doivent porter le hijab ou un jogging. Sinon, elles se font traiter de putes. »

Après la Marche, elle n’a pas rejoint d’association. « Je veux être dans le concret », dit-elle. Son « âme est féministe » :

« Mon combat, c’est tous les jours que je le mène. Quand je suis arrivée à Gerland. Je ne m’habillais pas comme je voulais à cause des regards des hommes. Après, je me suis dit que je m’habillerai comme je veux. Il ne faut pas se laisser imposer une manière de se vêtir ou qui on doit fréquenter. »

À 51 ans, aide à domicile chez les personnes âgées, divorcée, elle est fière d’avoir transmis ses valeurs à ses enfant qu’elle a élevés seule :

« Si j’écoute certaines femmes du quartier, je devrais marier ma fille avec un musulman. Le chéri de ma fille est un Français (comprendre « européen », ndlr). Par notre intermédiaire, on fait changer les mentalités ».

Malika Boumediene : « Le quart d’heure de gloire puis l’anonymat »

Malika-Boumediene-marche-beurs©Laurent Burlet/Rue89Lyon

Malika a rencontré Dieu. Enfin, celui qu’on appelait comme ça dans les années 80 : François Mitterrand. Cette jeune Ardéchoise faisait alors partie de la délégation d’une dizaine de personnes qui a été reçue par le président de la République, après la manif parisienne.

A son retour à Annonay, dans le nord de l’Ardèche, un journaliste du Dauphiné Libéré l’attendait chez elle. Elle était devenue une star locale et la fierté de ses parents. Ces mêmes parents qui lui avaient interdits de rejoindre la Marche. « Mais je suis partie en cachette », raconte-t-elle :

« Ils avaient peur des réactions des gens que nous allions croiser. Il faut dire qu’il y avait tellement de crimes racistes que leur inquiétude était justifiée ».

Elle a finalement pris la Marche en route, le lendemain d’un débat à Valence.

« Je me sentais concernée car j’avais un frère ».

Elle se souvient particulièrement d’un fait divers qui l’avait fortement ébranlé. En juillet 1983, à la « Cité des 4000″, à la Courneuve, Taoufik Ouanès, neuf ans, qui jouait avec des pétards au pied de son immeuble, avait été abattu par un habitant de la cité. Après avoir été arrêté, le meurtrier avait été remis rapidement en liberté.

Aujourd’hui, elle vit toujours à Annonay. Elle est aide-soignante. Sa fille de 23 ans l’accompagne pour les commémorations de la Marche. C’est elle aujourd’hui qui tient les discours revendicatifs :

« On est toujours renvoyés à nos origines. Je suis la fille d’une fille d’immigré algérien. Mes enfants seront-ils qualifiés d’arrière petits enfants d’immigrés ? »

Marie-Laure Mahé : « Je ne voulais pas vivre en apartheid »

Marie-Laure-Mahe-Marche-beurs©Laurent Burlet/Rue89Lyon

Marie-Laure, comme son prénom le laisse supposer, n’est pas d’origine maghrébine, contrairement à l’immense majorité des marcheurs et marcheuses.

« Ma participation à la Marche n’était pas que du soutien. Je me sentais tout autant agressée par cette partition qui régnait à l’époque. Je ne voulais pas vivre en apartheid ».

Élève éducatrice à l’époque de la Marche, Marie-Laure a été de toutes les grandes luttes anti-racistes de l’époque. Elle a participé à Convergence 84, une sorte de seconde Marche contre le racisme mais cette fois-ci en mobylette, en application du slogan : « la France, c’est comme une mobylette, pour avancer il faut du mélange ».

Elle a œuvré à la création de l’association Mémoire fertile, qui se voulait une « riposte à la récupération par le PS via la création de SOS Racisme » du mouvement anti-raciste né de la Marche de 1983.

Marie-Laure s’auto-qualifie volontiers de « gauchiste » mais jamais de féministe.

« C’est normal qu’on parle moins des marcheuses que des marcheurs. Les jeunes femmes étaient beaucoup moins concernées par les crimes racistes ».

Il y a trente ans, les marcheuses représentaient un quart de l’ensemble des marcheurs.

Hier éducatrice spécialisée, aujourd’hui psycho-pédagogue, elle vit à Marseille dans une zone pavillonnaire « calme » non loin des cités des quartiers nord de la ville. On la sent un brin désabusée :

« Il y a de nombreuses familles maghrébines qui habitent le quartier. Elles votent FN et mettent leurs enfants dans le privé parce que, disent-elles, il y a de la « racaille » dans les établissement publics ».

Source: Rue89Lyon